Au cœur de l’info - Rama Poonoosamy : «Le mauricianisme, c’est l’ouverture d’esprit»

Par Le Défi Quotidien
Publié le: 14 mars 2026 à 09:53
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Rama Poonoosamy

Dans le cadre de la fête nationale, l’émission Au cœur de l’info a abordé une question fondamentale : Maurice est-il une nation ? L’ancien ministre Rama Poonoosamy, l’ancien vice-président de la République Raouf Bundhun et le jeune activiste Jonathan Chatigan ont abordé ce qui façonne le mauricianisme. Ashna Nuckcheddy-Rabot animait l’émission.

Cinquante-huit ans après l’accession de Maurice à l’indépendance, le pays continue de s’interroger sur son identité et sur la direction qu’il souhaite prendre. L’histoire rappelle que l’indépendance n’a pas été un processus simple, marqué par des tensions politiques et sociales. Le 12 mars 1968, le drapeau mauricien a été hissé à midi plutôt qu’à minuit, dans un contexte d’émeutes qui avaient fait plusieurs morts. Aujourd’hui, dans une société toujours plus diverse et ouverte sur le monde, la question de l’identité nationale se pose différemment : comment préserver l’esprit d’un seul peuple et d’une seule nation en répondant aux attentes de la jeune génération, confrontée à de nouveaux défis économiques et sociaux ?

Pour Rama Poonoosamy, l’histoire de Maurice rappelle que l’identité nationale s’est construite progressivement, au-delà des clivages. Il souligne notamment le symbolisme du 12 mars, date qui fait écho à la marche du sel menée par Mahatma Gandhi en 1930. Selon lui, le véritable défi aujourd’hui est de dépasser les barrières qui ont parfois marqué la société mauricienne. Il rappelle que certains secteurs, comme le sport ou le football, ont longtemps été marqués par des divisions communautaires. « Aujourd’hui, c’est le mauricianisme qui doit primer. Il ne doit pas y avoir de barrières religieuses et linguistiques. Être Mauricien, c’est avant tout être ouvert d’esprit et respecter notre multiculturalité. »

Mémoire historique

De son côté, Raouf Bundhun insiste sur la nécessité de se souvenir du chemin parcouru pour parvenir à l’indépendance. Il rappelle que cette étape historique n’a pas fait l’unanimité à l’époque, avec l’opposition farouche du Parti mauricien social-démocrate (PMSD). Toutefois, l’indépendance du pays a finalement été adoptée à l’unanimité à l’Assemblée nationale, en l’absence des députés du PMSD qui avaient quitté l’hémicycle. Pour lui, la mémoire historique joue un rôle essentiel dans la construction de l’identité nationale. « Les jeunes ont parfois tendance à ignorer cette histoire, alors qu’elle fait partie de ce que nous sommes. Le principe du One People, One Nation doit continuer à guider notre société, fondée sur la diversité culturelle et raciale. »

Pour Jonathan Chatigan, représentant de la nouvelle génération engagée, le mauricianisme se vit avant tout au quotidien.

Selon lui, le vivre-ensemble n’est pas qu’un slogan : il se manifeste dans les interactions de tous les jours, dans le partage des cultures et des traditions entre les différentes communautés. « Nous sommes fiers de ce mélange culturel qui fait la richesse de Maurice. »

Mais le jeune activiste rappelle que l’avenir du pays passe par la prise en compte des réalités sociales. Il évoque notamment la pauvreté, la marginalisation et le problème de la drogue, qui touchent certaines franges de la population. Pour lui, il est essentiel de développer des politiques sociales plus inclusives et de s’inspirer d’exemples internationaux, comme celui de l’État indien du Kerala, souvent cité pour ses politiques efficaces de lutte contre la pauvreté.

Entre mémoire du passé, affirmation d’une identité commune et défis sociaux à relever, le débat pose une question centrale : Maurice peut-il continuer à renforcer son unité tout en répondant aux attentes d’une société en mutation ?

  • Retrouvez l’intégralité de l’émission Au cœur de l’info sur les plateformes numériques de Défimedia, sur notre chaîne YouTube et sur www.defimedia.info.
     
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