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Anabelle Savabaddy : «Il faut secouer la baraque pour faire bouger les choses»

Par Jean-Marie St Cyr
Publié le: 14 June 2026 à 07:57
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Anabelle Savabaddy

Ancienne voix de Radio One, aujourd'hui députée, Anabelle Savabaddy assume une présence militante sur le terrain, au Parlement et sur les réseaux sociaux. Entretien avec une élue qui revendique le droit de bousculer, même au sein de la majorité.

Animatrice à Radio One, maintenant députée : le fond du travail a-t-il changé, ou faites-vous finalement la même chose avec un autre titre ?
Je fais mon travail avec beaucoup plus de responsabilité envers mon électorat, mes mandants et envers la République de Maurice. Rien n’a changé dans l’engagement : c’est un engagement profond, sincère et digne que je rends à la nation qui m’a élevée au rang de députée.

On dit de vous que vous êtes sur tous les fronts : terrain, réseaux sociaux, Parlement. Certains de vos collègues, ministres ou députés, sont moins visibles. Est-ce un choix militant ou simplement votre façon d’être ?
Je n’ai jamais recherché la visibilité pour elle-même. Pour moi, la fonction de député est un sacerdoce que j’exerce avec passion, rigueur et discipline. Je ne travaille pas pour accumuler des « likes » ou des commentaires positifs ; je travaille pour répondre aux attentes de mes mandants. Informer la population de mes actions, de mes déplacements et de mes rencontres fait partie de ce devoir : mes questions au Parlement naissent souvent des échanges que j’ai sur le terrain.

Concrètement, qu’est-ce qui change pour un citoyen quand une députée comme vous s’implique ? Quels changements notables avez-vous obtenus ?
Je n’avais pas mesuré l’ampleur du travail au début, mais une fois engagée, je ne peux pas reculer. Le député doit être présent là où on a besoin de lui. Par exemple, je suis intervenue pour un mandant en difficulté dans un hôpital ; ces démarches sincères visaient à améliorer le service, et non pas à accuser les travailleurs ou les fonctionnaires. 

Parfois, un simple changement d’attitude suffit à améliorer les choses. Mes interventions ont débloqué des dossiers. Il y a notamment des permis de construction obtenus grâce à ma question au ministre Ajay Gunness. Récemment, le ministre Avinash Ramtohul a rappelé mon interpellation sur les réseaux sociaux, et cela a conduit à des réflexions et décisions gouvernementales importantes, comme mettre fin aux faux profils et à la diffamation sur les réseaux sociaux.

Plusieurs mois après votre élection, heurtez-vous déjà les murs de l’administration ? Des dossiers qui n’avancent pas malgré vos interventions ?
Dans tout champ d’action, il y a des obstacles. Parfois, il faut « secouer la baraque » pour faire bouger les choses. L’immobilisme ou le « bouz-fix » n’est pas acceptable quand la population attend mieux. Il y a des dossiers qui avancent et d’autres qui traînent. Mes interventions ont permis d’améliorer des situations difficiles. Par exemple, dans les cas des enfants maltraités par le système de Sécurité sociale, ou le dossier des squatters de Singamanie, où des familles ont retrouvé le sourire après des années dans les ténèbres. J’ai porté les cas des planteurs au Parlement. Je suis intervenue pour l’incinérateur de Crève-Cœur ou encore pour le problème de transport à Vallée-des-Prêtres. La cause des enfants et l’éducation nationale me préoccupent.

N’est-ce pas un dysfonctionnement que des citoyens doivent passer par un député pour faire avancer leurs dossiers ? Tout le monde a-t-il cette chance ?
Ce n’est pas toujours idéal, mais souvent, quand on frappe à la porte d’un député, c’est après avoir frappé à beaucoup d’autres sans résultat. Ce n’est pas une chance, mais une opportunité d’obliger cette personne qui a obtenu votre vote à faire son travail. Le député intervient quand une personne a droit à ce qu’elle demande : légitimement, légalement et moralement. Mon rôle n’est pas d’accorder des faveurs ou des passe-droits, mais de garantir que les droits des citoyens soient respectés.

Critiquer publiquement les hôpitaux ou certains fonctionnaires tout en étant dans la majorité : certains vous demandent-ils de baisser le ton ?
Ce que vous appelez « critique », je le conçois comme un appel à améliorer le service. Être au sein de la majorité ne signifie pas fermer les yeux. Je ne veux pas être comme celles qui, avant moi, n’avaient pas le même courage politique, de peur de ne pas plaire à leur leader. Je viens d’un milieu modeste, je connais la misère, la souffrance dans nos hôpitaux ; mes enfants eux-mêmes fréquentent les hôpitaux publics. Personne ne m’a demandé de « baisser le ton », et je ne le ferai pas : je n’ai pas le temps pour cela.

Le Premier ministre a-t-il déjà réagi à vos prises de position publiques ?
Non, le Premier ministre ne m’a jamais demandé de me contenir. C’est une des forces du Parti travailliste : la liberté d’expression y est réelle. Jamais on ne m’a demandé de ne pas poser une question ou d’assouplir ma position. Cela va de soi venant d’un membre du PTr, qui comprend ce principe sacré.

Entre soutien au gouvernement et vigile des dysfonctionnements, où placez-vous la limite ?
Je ne vois pas de tension. Mon rôle, comme celui des backbenchers au Royaume-Uni, est de demander des comptes au gouvernement. Je ne viens pas au Parlement pour plaire ou pour tirer un profit politique ; je pose des questions pour améliorer les choses afin que mes mandants vivent mieux. C’est ma boussole.

L’enquête sur l’incident impliquant votre fille a conclu qu’elle n’avait pas reçu le médicament incriminé. Pourquoi avoir choisi un live Facebook plutôt que les canaux internes ?
J’ai exprimé ce qui, en tant que mère et citoyenne, m’a touchée. Le live Facebook a suscité des réactions ; certaines personnes se sont senties visées, mais je n’ai fait que constater une situation personnelle vécue. Aurais-je dû rester silencieuse et contacter le ministre en catimini ? Ce n’est pas mon style. J’utilisais déjà les lives avant d’être députée et je continuerai à les utiliser pour conscientiser le public et rappeler aux responsables leurs devoirs.

Prête à assumer si le Premier ministre vous convoque, dites-vous. Ces sorties publiques ne risquent-elles pas d’être perçues comme de l’indiscipline au sein de votre camp ?
Ma position est claire : je dois faire mon travail de député au service de la majorité. Nous ne sommes pas élus pour faire plaisir avec de belles paroles. Nous sommes là pour travailler, trouver des solutions et parfois secouer les choses quand c’est nécessaire.

Et si le Premier ministre vous demandait explicitement de faire profil bas, lui obéiriez-vous ?
Vous semblez connaître le Dr Navin Ramgoolam mieux que moi. Je ne pense pas qu’il demanderait à ses députés de se taire sur des dénonciations légitimes. Le souci est que chaque roupie dépensée pour le pays produit des services équivalents ; là où ce n’est pas le cas, il faut le corriger. Le Premier ministre n’encouragerait pas le maintien du statu quo.

L’alliance au pouvoir avait promis un changement de méthodes, pas seulement de personnes. Est-ce que ce changement se concrétise ?
Je travaille pour que le changement promis devienne réalité. Nous ne devons pas rester statiques ni reproduire des méthodes qui ont échoué. Le changement doit être visible et tangible.

La population reproche au gouvernement de ne pas avoir assez changé. Que répondez-vous ?
Je réponds que chacun doit être tenu responsable. La question doit être posée à qui de droit. Le jugement sur le changement doit venir des citoyens.

Cette popularité grandissante sur les réseaux sociaux vous aide-t-elle ou crée-t-elle une pression supplémentaire ?
Je ne travaille pas pour la popularité. Mon action se fait sur le terrain avec mes mandants. De plus en plus de personnes se tournent vers moi pour être éclairées ou pour demander que certaines décisions gouvernementales soient prises. Je fais office de courroie de transmission : je dis tout haut ce que beaucoup pensent tout bas.

Quel dossier vous tient le plus à cœur en ce moment et pour lequel les résultats ne sont pas encore au rendez-vous ?
Il y en a beaucoup. Je ne veux pas en singulariser un seul ; plusieurs dossiers sont en cours et n'ont pas encore produit les résultats escomptés, mais le travail a commencé.

Dans trois ans, à l’heure du bilan, quel verdict attendez-vous de votre électorat pour vous considérer comme une bonne députée ?
Ce n’est pas à moi de dire si j’ai été une bonne députée. Le bilan reviendra à mon électorat, à mes mandants et à la population, qui porteront leur jugement. J’accepterai leur verdict avec humilité. Mon objectif demeure d’être au service des citoyens et de rester digne de leur confiance.


 

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