Agressions envers le personnel hospitalier : une riposte syndicale se prépare
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Le Défi Quotidien
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Après l’agression de membres du SAMU lors d’un accident de la route dimanche 10 mai à Petite-Rivière, syndicats et associations médicales haussent le ton. Une action syndicale commune est envisagée pour exiger des mesures concrètes de sécurité.
«Trop, c’est trop. » C’est le cri du cœur du personnel hospitalier après l’agression dont ont été victimes des membres du Service d’ambulance médicalisé d’urgence (SAMU) lors d’un accident de la route survenu dans la matinée du dimanche 10 mai à Petite-Rivière. Après concertation, une action syndicale commune est envisagée dans les jours à venir pour dénoncer ce que les représentants syndicaux qualifient d’attitude déplorable du public envers les employés du service de santé public.
Ce n’est pas un incident isolé. Outre l’agression du 10 mai, un groupe d’une vingtaine d’individus a voulu s’en prendre à un médecin à la médiclinique de Stanley le mardi 5 mai. Cela sans compter les autres cas d’agressions antérieurs. Ram Nowzadick, président de la Nursing Association (NA), recense une trentaine de cas d’agressions physiques depuis le début de cette année, dont la plupart ne sont pas rapportés. « Dans bien des cas, aucune suite n’est donnée. C’est pour éviter les longues procédures et les pressions additionnelles qu’ils risquent de subir par la suite », explique-t-il, faisant le parallèle avec les violences domestiques, où les chiffres officiels ne représentent que le sommet de l’iceberg.
Quant aux agressions verbales et aux menaces, elles ont lieu quotidiennement dans les divers services des hôpitaux selon lui. « Les menaces, les agressions verbales et physiques sont devenues monnaie courante dans les hôpitaux du service public malgré les divers appels qui ont été lancés pour davantage de retenue et de respect envers le personnel hospitalier », déplore-t-il.
« Nous vivons ces cas d’agressions avec beaucoup d’inquiétude et d’appréhension. Les infirmiers et les infirmières viennent travailler avec la peur au ventre et nous ne savons pas ce qui nous est réservé pendant les heures de travail », affirme Ram Nowzadick. Selon lui, nombreux sont ceux qui craignent non seulement pour leur sécurité, mais aussi pour leur vie, avec l’escalade de violence en bandes organisées observée ces derniers temps. « Nous vivons ces cas d’agression avec beaucoup de frustration et beaucoup de mal », insiste-t-il.
Le Dr Meetheelesh Abeeluck, de la Government Medical and Dental Health Officers Association (GMDOA), partage ce sentiment. « Mes collègues sont assez démoralisés. Ils ne savent pas comment, pendant combien de temps encore, cette situation va perdurer. » Face au découragement qui gagne du terrain parmi le personnel, il s’interroge sur l’avenir du service de santé si certains agents décidaient de se retirer, alors que le secteur fait déjà face à un manque aigu de personnel. « C’est difficile de fonctionner dans une situation de terreur quand des membres du personnel font l’effort de prendre leur service même si leurs heures supplémentaires n’ont pas été payées depuis plusieurs mois », ajoute-t-il.
Pour Ram Nowzadick, la montée de cette violence s’explique en partie par un décalage entre les promesses du ministère de la Santé et la réalité vécue sur le terrain. « Ce que présente le ministère de la Santé aux membres du public est comme un mirage. D’un côté il évoque un service de santé moderne avec le e-health entre autres, mais qui ne se reflète pas dans la réalité », dit-il.
Ce qui exaspère le plus les syndicats, c’est le sentiment que les promesses restent lettres mortes. « Après les cas d’agressions au SAJ Hospital et au Jawaharlal Nehru Hospital, le renforcement de la sécurité avait été annoncé avec davantage de policiers et plus de contrôle aux points d’entrée. Cela n’a pas encore été fait », déplore Ram Nowzadick. Il regrette également le manque de consultation avec les syndicats du secteur pour définir des mesures concrètes. « On n’a pas encore trouvé des solutions pour mettre fin à ces agressions », constate-t-il.
Face à cette situation, les syndicats et associations se mobilisent. Outre les actions concertées, la Nursing Association envisage un « sitting » dans l’enceinte d’un hôpital pour dénoncer l’inaction du ministère de la Santé. Les Dr Abeeluck de la GMDOA et Vinesh Sewsurn de la Medical and Health Officers Association (MHOA) se disent eux aussi favorables à des actions syndicales. « Nous sommes en pourparlers pour cela et nous allons en faire état très prochainement », affirme le président de la GMDOA. Krishnadev Boodia se réjouit de cette plateforme commune. « Nous ne pouvons continuer à subir les agressions. Chaque cas d’agression est un cas de trop », conclut-il.
« Je suis vraiment inquiet à propos des membres du personnel qui ont été agressés par des personnes qui ont agi vraiment très mal envers eux. » C’est ce que soutient le Dr Aswamed Dinassing, directeur général des services de santé. Il souligne que le SAMU est là pour donner un service à toute la population et que ce n’est pas la faute des ambulanciers si, dans certains cas, ils arrivent tardivement, car ils font tous leurs efforts pour arriver le plus rapidement possible. Il souligne que parfois il y a des embouteillages. Dans d’autres cas, l’ambulance peut être déjà prise pour le transfert d’un autre patient.
Le Dr Dinassing fait aussi ressortir que dans certains accidents, des membres du public ont conduit eux-mêmes les blessés à l’hôpital. Pour lui, ce n’est pas parce que le SAMU a pris du temps pour arriver selon eux qu’il faut pour autant agresser le personnel. « Le personnel de la santé attend davantage la collaboration des membres du public car nous donnons notre temps, notre santé, notre cœur et on se donne corps et âme au service du public », affirme-t-il.
Le directeur général des services de santé espère ainsi un changement d’attitude de la part des membres du public afin qu’il y ait un partenariat entre les deux parties. « Son pa fer avek enn sel lamin, fer avek de lamin », dit-il. Pour lui, si les membres du public apportaient leur collaboration, le service de santé aurait pu mieux progresser. « Nous faisons notre maximum pour être au service du public mais nous avons besoin de l’aide de la population », insiste le Dr Dinassing.
« C’est vraiment inquiétant ce qui arrive à nos médecins, aux infirmiers et aux autres membres du personnel de l’hôpital », souligne-t-il. « Nous condamnons ces incidents. Nou demann dimoun pa pran lalwa dan zot lamin », ajoute le Dr Dinassing.