Inclusion scolaire : la SENA sous le feu des critiques après une rentrée ratée
Par
Sharone Samy, Patrick Hilbert
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Sharone Samy, Patrick Hilbert
Depuis la grande rentrée scolaire, plusieurs enfants autistes se voient refuser l’accès aux écoles publiques faute de personnel qualifié. Une situation qui souligne les difficultés de mise en œuvre d’une politique pourtant affichée comme prioritaire.
Sept enfants renvoyés trois jours de suite. À l’école gouvernementale de Vallée-des-Prêtres, la scène s’est répétée lundi, mardi, puis mercredi. Les parents, venus inscrire leurs enfants autistes pour la rentrée de janvier, se sont vu opposer un refus de la direction. Motif : l’établissement ne dispose pas du personnel d’accompagnement nécessaire.
« Des parents qui ont finalement amené leurs enfants à l’école ont vu leurs enfants être renvoyés par la direction. On leur a dit qu’on ne pouvait pas accueillir leurs enfants », rapporte Anabelle Savabaddy, députée travailliste de la circonscription de Port-Louis Nord/Montagne-Longue. Dans un message publié sur Facebook en fin de semaine, elle dénonce une « situation révoltante ». Depuis le début de la semaine, elle affirme avoir reçu « plusieurs appels de parents qui ne peuvent pas envoyer leurs enfants à l’école ».
Le cas de Vallée-des-Prêtres n’est pas isolé. Selon la députée, qui s’est rendue sur le terrain auprès de plusieurs familles, de nombreux parents se retrouvent dans la même impasse depuis la rentrée. « Des parents souffrent parce qu’ils ont l’impression que leurs enfants sont mis de côté, que les enfants autistes sont rejetés par le système éducatif », affirme-t-elle.
La polémique intervient sept mois après des engagements formels du gouvernement. Le 17 juin 2025, interpellé au Parlement par Anabelle Savabaddy, le ministre de l’Éducation Mahend Gungapersad avait promis « une série de facilités, notamment des aides spécialisées et des services de thérapie, qui devaient être mis en place dans des classes dédiées sous la responsabilité de la Special Education Needs Authority (SENA) ».
Cet organisme public, créé pour piloter l’inclusion des enfants ayant des besoins spécifiques, est aujourd’hui au cœur des critiques. Anabelle Savabaddy interpelle directement sa directrice, Caroline Arekion, nommée l’année dernière : « Que fait-elle depuis qu’elle a pris ses fonctions ? Si elle n’est pas capable de faire ce travail comme il se doit, alors qu’elle quitte ses fonctions et laisse la place à quelqu’un d’autre. »
Ali Jookhun, président de l’African Down Syndrome Network et figure de la défense des droits des personnes en situation de handicap à Maurice, partage ce constat sévère. « Depuis l’an dernier, je dénonce l’incompétence de la directrice de la SENA. Aujourd’hui, cette instance n’est plus ce qu’elle était », affirme-t-il. Selon lui, « l’inclusion est pratiquement à l’arrêt. La SENA est une instance dans le coma ».
Le militant pointe parti-culièrement le manque d’accompagnants qualifiés – les carers – à la rentrée scolaire, une carence qu’il juge inadmissible pour des enfants nécessitant un suivi quotidien. « Ce n’est pas possible qu’à la rentrée des classes, ces enfants subissent une telle situation. Qu’en est-il du recrutement ? Est-ce que la SENA est devenue une barrière à l’inclusion au lieu d’en être le moteur ? » Il n’exclut pas d’alerter des instances internationales, si aucune amélioration n’est observée.
Interrogée, Caroline Arekion, directrice de la SENA, conteste l’idée d’une paralysie de l’institution. Selon elle, la situation actuelle s’explique par une période de transition entre la fin de 2025 et le début de 2026, marquée par une réorganisation du dispositif d’accompagnement. Plusieurs ONG opèrent désormais sous la supervision de la SENA pour l’encadrement des enfants en situation de handicap.
« À ce stade, il y a 19 écoles qui ont officiellement fait la demande de carers, certaines relevant du système mainstream et d’autres étant des écoles spécialisées », précise-t-elle. La directrice insiste sur la nécessité d’un processus de sélection rigoureux : « Nous avons constaté une augmentation significative des demandes, mais nous ne pouvons pas recruter n’importe qui. Les officiers doivent effectuer un travail de terrain, observer la période d’adaptation, puis procéder au recrutement. » La qualité de l’accompagnement, assure-t-elle, reste une priorité.
Caroline Arekion promet un « retour à la normale » d’ici le début du mois de février. Une échéance qui laisse sceptiques les critiques de la SENA. Entre les annonces institutionnelles et les attentes des familles, le dossier de l’inclusion scolaire demeure sous tension. Pour les sept enfants de Vallée-des-Prêtres et leurs parents, février semble encore loin.