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Il se faisait passer pour un avocat - Anand Kissoon : portrait d’un maître-escroc

Anand Kissoon Il y a quelques années, Anand Kissoon avait été arrêté pour avoir escroqué les parents d’un enfant atteint d’une tumeur.

Tantôt médecin, tantôt agent recruteur ce maître-escroc a fait plusieurs victimes au fil des années. Ces derniers temps, il se faisait appelé Me Kissoon. Il a été coincé après avoir berné une femme qu’il devait représenter en cour dans un litige entourant la gestion d’un restaurant à Flic-en-Flac. Le flair des policiers a permis de mettre fin aux activités d’Anand Kissoon.

Il est passé maître dans l’art de berner son monde. Sa dernière victime en date que nous prénommerons Mala l’a appris à ses dépens. Elle n’y a vu que du feu. Elle a rencontré Anand Kissoon pour la première fois « à son étude » à Ville-Noir, Mahébourg. Maîtrisant parfaitement la langue de Shakespeare et celle de Molière, portant un rabat, sa robe noire suspendue au mur et sa secrétaire collée à son téléphone, Anand Kissoon est le portrait de l’avocat.

Ne se doutant de rien, Mala lui a exposé ses soucis. Elle a expliqué à « Me Kissoon » qu’elle a porté plainte au poste de police de Flic-en-Flac après qu’elle s’est vu refuser l’accès au restaurant que tenait son défunt époux dans ce village côtier. Après la mort de ce dernier, c’est son beau-père qui avait repris les rênes du commerce. « Il a aussitôt a téléphoné au poste de police de Flic-en-Flac. Il s’est présenté comme Me Kissoon et il a cherché des informations sur la déposition que j’avais consignée. Le policier lui a fourni tous les détails. J’ai été impressionnée par son sérieux et la promptitude avec laquelle il travaillait », confie Mala. 

Sans le savoir, Mala avait retenu les services d’un faux avocat. Elle a déboursé une somme de Rs 80 000 qu’elle a réglée en plusieurs tranches. Le pot aux roses a été découvert quand l’avocat lui a réclamé de l’argent afin d’accéder à un compte secret que détenait son défunt époux. Elle s’est alors confiée à un proche qui est policier.

La robe de « Me Kissoon » saisie

Les limiers de la Central Investigation Division (CID) de Rose-Hill ont mis fin au petit jeu de « Me Kissoon ». Ils ont pris l’escroc la main dans le sac lors d’une séance de travail avec sa cliente, le 12 juillet dernier. Il a été arrêté, ainsi que sa secrétaire Julia S. et son chauffeur. La robe dont se servait « Me Kissoon  » pour amadouer ses victimes a été saisie sur place. Une somme de Rs 70 000, trouvée sur lui, a aussi été placée sous scellé par la police, mais ce n’est pas tout. Lors d’une descente à son domicile, la police a découvert un sceau sur lequel était imprimé « Anand Kissoon bar-at-law ».

Le suspect est passé aux aveux. Sa secrétaire et son chauffeur ont obtenu la liberté conditionnelle. Anand Kissoon est, lui, maintenu en détention policière. Il fait l’objet d’une charge provisoire d’escroquerie.

Ce n’est pas la première fois qu’Anand Kissoon a des démêlés avec la police. Il s’est rendu tristement célèbre dans l’affaire du petit Ali Lazer.  Atteint d’une tumeur à l’abdomen, l’enfant devait subir une intervention chirurgicale à l’étranger. Pour cela, les parents du petit avaient récolté la somme de Rs 80 000, mais, pour leur plus grand malheur, ils ont croisé le chemin d’Anand Kissoon.

Se faisant passer pour un médecin, il leur a soutiré Rs 80 000. Cette affaire, qui avait valu l’arrestation d’Anand Kissoon par la CID de Curepipe après l’enquête menée par feu Prem Raddhoa, avait fait grand bruit en 2006. Ce n’était pas la première fois que l’escroc se faisait passer pour un médecin. Anand Kissoon s’était auparavant glissé dans la peau d’un cardiologue dans le but d’extorquer une somme de Rs 42 000 à une victime.

Plusieurs cordes à son arc

« Anand Kissoon est quelqu’un de très rusé. Il roule ses victimes dans la farine avec une aisance déconcertante », raconte un homme de loi qui l’a connu dans le passé. 

Tantôt médecin, tantôt agent recruteur ou encore avocat, Anand Kissoon peut aisément enfiler plusieurs manteaux. « Quand il parle, il cite toujours des lois. Cela donne l’impression à son interlocuteur qu’il s’y connaît », explique un policier. 

Anand Kissoon est de ceux qui font le va-et-vient dans nos prisons. Il a été condamné pour divers délits. En 1999, il a été trouvé coupable d’escroquerie. Il avait arnaqué une somme de Rs 32 000 d’une personne qui caressait le rêve de s’installer  en Angleterre et d’y obtenir un permis de travail. Ce ne serait pas la dernière fois qu’il se ferait passer pour un agent recruteur.

En 2006, Anand Kissoon a écopé de cinq ans de prison pour avoir escroqué une autre victime. Cette dernière lui avait même remis son ordinateur portable contre la promesse qu’il allait entamer des démarches pour qu’elle puisse mettre le cap sur la Grande-Bretagne, obtenir un permis de travail et être payée en devises étrangères. Bien évidemment, ce n’était qu’un coup monté.

Possession d’arme à feu

Dans sa carrière criminelle, Anand Kissoon ne cumule pas que des déboires pour des cas d’escroquerie. Dans ses antécédents judiciaires, figure également une affaire pour laquelle il a été condamné à une amende de Rs 100 000 pour possession d’armes à feu. La cour lui avait également infligé une amende de Rs 50 000 pour possession de balles. 

Et ce n’est pas fini. Après la découverte de 25 comprimés de Rivotril dans la maison qu’il occupait à Lower Vale en 1998, Anand Kissoon avait écopé d’une amende de Rs 2 000.

Anand Kissoon a également un sale caractère. Un fonctionnaire auquel il s’en est pris en 1994 l’a appris à ses dépens. 

Le dernier méfait d’Anand Kissoon ne fait que s’allonger à sa longue liste d’affaires criminelles et lui vaudra un nouveau séjour en prison.