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Hyder Raman : «Le Victoria Urban Terminal assurera l’avenir des marchands ambulants» 

Les marchands ambulants ne veulent plus être considérés comme des « dezorder ». Propos de Hyder Raman, après la présentation de la maquette du Victoria Urban Terminal. Le président de la Street Vendors Association (SVA) juge qu’il est hors de question pour les marchands ambulants de « retourn lor trotwar ou dan kanal ».

La maquette du Victoria Urban Terminal a été rendue publique cette semaine et les travaux débuteront le 7 mars. Quel est votre sentiment ?
C’est un sentiment de fierté qui nous anime, avec la présentation du projet et la date annoncée pour le début des travaux. Durant les 15 années d’existence de la Street Vendors Association (SVA), nous avons côtoyé différents Premiers ministres, ministres et maires. Chacun avait sa façon de faire et sa vision pour résoudre le problème des marchands ambulants. Après 15 années de lutte inlassable, que ce soit contre les autorités, le public ou les intempéries, j’ai envie de dire que c’est une mission accomplie.  

Ne ressentez-vous pas aussi de la fierté pour les marchands ambulants qui seront logés dans un bâtiment flambant neuf ?
Depuis plus de 40 ans, les marchands ambulants font face à de nombreuses difficultés. Il y a eu des hauts et des bas. Avec l’émergence de la SVA, les marchands ambulants ont obtenu une voix qui leur permet de s’exprimer. Ils ont eu le soutien d’une équipe dirigeante. Après tant de souffrances, nous avons le mérite de quitter trottoirs et canaux pour un bâtiment couvert, aéré, situé sur un Prime Site, au cœur d’une station de métro, voire d’une gare moderne, où transitent 50 000 à 80 000 personnes en moyenne quotidiennement. 

Obtenir un étal dans ce bâtiment permet aux marchands ambulants de sécuriser leur avenir et celui de leurs enfants. Le Local Government Act a été amendé de sorte à ce que les conjoints et les enfants puissent hériter de l’étal à la mort du détenteur, voire du propriétaire. Les marchands ambulants quittent le secteur informel pour le formel. Ils sont fiers d’être partie prenante du dynamisme que le gouvernement apporte au développement économique. 

Donc, vous êtes d’accord que le gouvernement avait eu raison de vider les trottoirs des marchands ambulants ?
Personnellement, je n’étais pas d’accord avec la manière de procéder du gouvernement en ce qu’il s’agit de la délocalisation des marchands ambulants. Nous avons toujours prôné le dialogue entre les autorités et les marchands ambulants. Cependant, nous étions tous surpris, voire attristés par cette façon de faire. 

Trop brutale, selon vous ?
Avant de déraciner les marchands ambulants, je pense que le gouvernement aurait pu trouver une formule dans le calme. Ce fut une dure étape. Un coup terrible pour les marchands ambulants. Moralement et financièrement, nous n’étions pas prêts à la traverser, surtout de cette manière. On aurait pu nous accorder quelques mois pour nous préparer. Avec du recul, on voit que ce fut un mal pour un bien, même si je suis conscient que mes collègues marchands ambulants pourront ne pas être tous d’accord avec la SVA sur ce sujet. 

Vous ne pouvez pas non plus nier qu’à un moment donné, Port-Louis était un véritable ‘bazaar’ à ciel ouvert ?
Il y avait environ 1 400 colporteurs à Port-Louis. Ces derniers ne souhaitaient pas aller sur les trottoirs, mais on peut dire que la capitale était quelque peu négligée à un moment donné. Faute d’obtenir un emploi, beaucoup de citadins se sont lancés dans le commerce après leurs études. On peut aussi dire qu’à l’époque, les marchands ambulants ont été tolérés par les politiciens sans vision. Ces derniers voyaient en nous un bank vote acquis de Port-Louis. Ces politiciens irresponsables donnaient carte blanche à certains groupuscules. Parfois, lorsque des problèmes surgissaient, ils intervenaient même en leur faveur pour des intérêts purement politiques. En revanche, je dois dire qu’il y a aussi eu des politiciens qui ont voulu apporter des solutions, à l’instar du lord-maire Mahen Goondeea. 

Quand même, le gouvernement a pris pas mal de temps pour venir de l’avant avec ce projet. Aviez-vous douté à un moment donné ?
De par notre expérience acquise à travers l’ancien projet de Hawkers Palace, nous pensons qu’à partir de sa conception, la finalisation du projet a pris deux ans.  Nous n’avons pas obtenu le Hawkers Palace pour des raisons politiques, mais nous avons acquis l’expérience nécessaire pour nous permettre d’être dans l’attente de ce projet de 2016 à 2018. Nous avons été consultés tout au long de l’évolution du projet. à aucun moment n’avons-nous ressenti que nous étions menés en bateau. En ce qui concerne l’espace, la présentation et le loyer, nos requêtes et recommandations ont été discutées avec les architectes et le ministre Nando Bodha. 

Vous parlez de « raisons politiques » pour expliquer pourquoi le projet Hawkers Palace a capoté. Est-ce que ce ne sont pas plutôt les marchands ambulants qui avaient refusé de s’y installer ? 
Lorsqu’il y a eu un changement de régime en 2005, nous nous sommes retrouvés dans le flou, au niveau de l’association, concernant l’allocation des étals. Certains marchands ambulants étaient pour, tandis que d’autres se sont laissés influencer par des hommes politiques de l’époque, à l’effet que leurs affaires ne marcheraient pas à l’intérieur d’un bâtiment. Ainsi, nous n’avons pas eu l’unanimité parmi les marchands ambulants. Et l’association prend en considération l’avis de la majorité des membres. Le gouvernement a ainsi décidé d’allouer le bâtiment à d’autres opérateurs, étant donné que les marchands ambulants ne démontraient aucun intérêt à s’y installer. 

Nous sommes dans une année électorale. Ainsi, nous ne sommes pas à l’abri d’un changement de régime. L’expérience du Hawkers Palace en 2005 ne vous pousse-t-il pas à craindre que l’histoire puisse se répéter ?
Au niveau de la SVA, nous veillons au grain tous les développements entourant ce projet. Comme on dit : Sat bwar dile so enn sel fwa. Si jamais un changement de régime intervient, nous ferons de sorte que ces 1 400 familles obtiennent leur dû. De l’autre côté, si ce gouvernement est réélu pour un autre mandat, je souhaite qu’il tienne sa promesse. Quelle que soit la configuration politique, ces familles doivent obtenir ce qui leur revient de droit. Nous veillerons à ce que tous les documents et engagements légaux soient en bonne et due forme. 

Depuis leur relogement à la place Decaen et à la place de l’Immigration, comment se débrouillent les marchands ambulants ?
Nous avons connu des périodes difficiles, sombres et critiques. Presque 20 % des marchands ambulants ont perdu la totalité de leur capital. Ayant perdu leur clientèle habituelle, ils ne parvenaient plus à travailler. Certains ont abandonné le métier. D’autres, qui étaient financièrement plus stables, ont pu s’accrocher. Quoi qu’il en soit, nous avons tous désormais le regard tourné vers l’avenir. Il est hors de question de retourner sur les trottoirs ou dans les canaux. De plus, nous ne voulons plus être perçus comme des dezorder et des personnes indisciplinées par le public, mais plutôt comme des commerçants et des entrepreneurs de demain.

Comment s’annonce la transition entre maintenant et la fin des travaux ?
Afin de libérer l’espace pour les travaux, les marchands opérant à la place Decaen vont être relogés. Il y a eu un travail de conscientisation en amont auprès de ces marchands. Au nombre de 556, ces derniers sont d’accord pour être relogés sur les quatre sites identifiés par la mairie de Port-Louis. 35 seront relogés en face des Casernes centrales, à côté du nouveau flyover. 35 autres seront à la rue Monneron, soit à l’arrière du bâtiment de la Life Insurance Corporation of India (LIC). Environ 135 seront au ruisseau du Pouce, en face du supermarché Winners, et les 350 restants seront transférés à la place de l’Immigration, en face du poste de police de Trou Fanfaron. Un espace couvert y sera aménagé avec toutes les aménités nécessaires. Cela se fera après un exercice de tirage au sort à la mairie de Port-Louis, sous la supervision d’un huissier de la cour. 

Ne craignez-vous pas une deuxième vague de départs parmi les marchands ambulants après cet exercice de relogement ?
Effectivement ! Mais je dois faire ressortir que la décision de bouger sur ces quatre sites n’a pas été prise au petit bonheur. C’est après de nombreuses rencontres avec la vice-Premier ministre Fazila Jeewa-Daureeawoo que nous sommes parvenus à un accord. Il est bon de savoir qu’au départ, il y a eu d’autres sites proposés. à titre d’exemple, un terrain privé à la rue Labourdonnais, que le gouvernement comptait louer à Rs 200 000 par mois. Le gouvernement contemplait La Citadelle pour nous caser. Le Champ-de-Mars a été un moment envisagé pour la totalité des 1 400 ambulants. Nous leur avons fait comprendre que ces trois sites allaient être néfastes pour les marchands ambulants, en comparaison avec les quatre sites sur lesquels nous sommes finalement tombés d’accord.