Huile lourde : une facture de Rs 2,46 milliards pour sécuriser l’électricité
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Defimedia.info
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Face à la crise énergétique, le gouvernement déploie une série de mesures d’urgence pour préserver l’approvisionnement du pays.
La situation énergétique de Maurice entre dans une zone de turbulences. Lors d’une conférence de presse tenue le lundi 23 mars 2026, le ministre de l’Énergie et des Services publics Patrick Assirvaden a détaillé les décisions prises en urgence pour garantir la continuité de la production d’électricité, dans un contexte marqué par les tensions géopolitiques internationales. Derrière ces mesures, c’est aussi une facture particulièrement élevée qui se profile pour le pays.
Au cœur de la stratégie gouvernementale : l’importation rapide d’huile lourde afin d’éviter toute rupture dans la production électrique. Deux cargaisons en provenance de Singapour sont attendues en avril. La première, estimée à 33 500 tonnes, devrait arriver autour du 1er avril, alors que les stocks disponibles sont jugés critiques, avec environ 19 jours de réserve à Fort Victoria et 27 jours à Fort George. La seconde cargaison, de 32 000 tonnes, est prévue entre le 14 et le 16 avril.
Mais cette solution d’urgence a un coût. La première cargaison est évaluée à environ 1,2 milliard de roupies, soit un surcoût de 500 millions de roupies. La seconde atteindra près de 1,26 milliard de roupies, avec une hausse similaire. Au total, ces deux opérations représentent une dépense de l’ordre de 2,46 milliards de roupies pour le Central Electricity Board (CEB). Un montant conséquent, mais que le ministre assume pleinement, estimant qu’une interruption de l’approvisionnement électrique aurait des conséquences bien plus graves sur l’économie et la vie quotidienne.
Au-delà de l’approvisionnement, le gouvernement mise sur une série de mesures concrètes pour faire face à cette crise énergétique. La première consiste à diversifier les sources d’importation. À travers la State Trading Corporation (STC), les autorités ont engagé des démarches sur plusieurs marchés afin de réduire la dépendance à une seule région du monde, devenue instable.
Dans le même temps, une stratégie de réduction de la consommation d’huile lourde a été mise en place. Les producteurs indépendants d’électricité ont reçu pour instruction d’augmenter temporairement leur recours au charbon. Une décision pragmatique, même si elle va à l’encontre des objectifs environnementaux, mais qui permet de préserver les réserves de carburant essentielles au fonctionnement du réseau.
Le Central Electricity Board a également revu ses paramètres de gestion. La réserve énergétique a été abaissée, passant d’un niveau habituel de 30 à 35 MW à environ 20 à 25 MW. Cette réduction permet d’économiser de l’énergie, mais implique une gestion plus fine du réseau électrique afin d’éviter tout déséquilibre.
Par ailleurs, certaines opérations de maintenance ont été réorganisées pour optimiser les performances des centrales et limiter la consommation excessive de carburant. L’objectif est clair : tirer le maximum des infrastructures existantes dans un contexte de ressources contraintes.
Sur le plan institutionnel, un High-Level Crisis Committee a été mis en place. Ce comité stratégique regroupe plusieurs institutions clés, dont le ministère des Finances, la STC, le CEB et la Banque de Maurice. Sa mission est d’assurer un suivi constant de la situation et de proposer rapidement des ajustements en fonction de l’évolution de la crise.
Parmi les mesures envisagées à moyen terme figure le renforcement des capacités de stockage. Actuellement limitées à environ 50 jours, les réserves nationales pourraient être étendues à deux voire trois mois. Une telle évolution permettrait au pays de mieux absorber les chocs liés aux fluctuations du marché international.
Le gouvernement entend également durcir le cadre réglementaire afin de lutter contre le gaspillage énergétique. Des amendements législatifs sont en préparation pour permettre des sanctions contre les abus, notamment dans les espaces publics et commerciaux où l’électricité est souvent utilisée de manière excessive.
Dans cette optique, une campagne nationale d’efficacité énergétique sera intensifiée. Elle visera à sensibiliser la population à la nécessité d’économiser l’énergie, en mettant l’accent non plus seulement sur la gestion des pics de consommation, mais sur une réduction globale et durable de l’usage de l’électricité.
Des mesures concrètes sont déjà à l’étude, notamment la régulation de l’utilisation des climatiseurs et la suppression progressive des appareils énergivores. Le ministre a évoqué la possibilité d’interdire, à partir de septembre, certains équipements comme les réfrigérateurs à forte consommation d’énergie.
Les grands consommateurs d’électricité ne seront pas en reste. Des audits énergétiques obligatoires pourraient leur être imposés afin de les contraindre à adopter des pratiques plus responsables et à réduire leur consommation.
Enfin, le gouvernement explore des partenariats internationaux, notamment avec l’Inde, pour sécuriser l’approvisionnement en produits pétroliers. Des appels d’offres ont également été lancés à l’échelle internationale afin d’identifier de nouveaux fournisseurs capables de répondre aux besoins spécifiques du pays.
À travers cet ensemble de mesures, Patrick Assirvaden a tenu à souligner que la priorité reste la sécurité énergétique. Dans un contexte marqué par l’incertitude et la volatilité des marchés, il a lancé un appel à la responsabilité collective, rappelant que chaque geste compte pour préserver l’équilibre énergétique du pays.
Si ces décisions impliquent un coût financier important, elles traduisent surtout une volonté de protéger l’économie nationale et d’assurer la continuité d’un service essentiel. Une équation délicate, mais jugée incontournable dans les circonstances actuelles.