HSC 2025 : stabilité dans les matières académiques, recul dans certaines filières

Par Annick Daniella Rivet
Publié le: 22 février 2026 à 06:59
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Des élèves en classe se préparant aux examens de fin d’année.
Des élèves en classe se préparant aux examens de fin d’année.

Les résultats du Higher School Certificate (HSC) 2025, publiés au début du mois de février, montrent une situation contrastée selon les matières. Si Chemistry et Mathematics restent solides, Travel and Tourism et Sociology reculent brutalement. À l’inverse, Art and Design tire son épingle du jeu. Un signal fort pour repenser la préparation et l’accompagnement des élèves.

Les derniers résultats du HSC montrent que la réussite globale se maintient, mais l’excellence peine à progresser. L’analyse des pourcentages de réussite et de la répartition des grades (A*, A, B, C, D, E) révèle que les matières académiques majeures restent globalement stables, tandis que certaines disciplines techniques et optionnelles enregistrent un recul notable. 

En Chemistry, le taux de réussite atteint 79,8 % en 2025, proche de 2024 (78,7 %) et supérieur à 2019 (75,6 %). Les grades élevés (A* et A) représentent 21,39 % des candidats, un niveau supérieur à celui de 2019 (16,27 %), signe d’une consolidation des meilleurs profils. En Mathematics, la réussite s’établit à 81,7 %, très proche de 2019 (81,4 %), avec 15,84 % de A* et A, confirmant une stabilité structurelle. 

En Biology, la réussite progresse à 64,2 % contre 58,4 % en 2024, mais reste en dessous du pic de 2023 (70,8 %). Globalement, les sciences montrent peu de variations brutales : ni effondrement, ni progression spectaculaire, mais une stagnation qui limite l’augmentation des grades d’excellence.

La situation est plus contrastée dans d’autres filières. En Travel and Tourism, le taux de réussite chute à 80,1 %, contre 93,2 % en 2023, et aucun A* n’est enregistré en 2025 ; les A et B combinés ne représentent que 6,79 %, contre plus de 17 % en 2023. En Sociology, le taux de réussite recule à 72,7 % (77,1 % en 2024) et près de 59 % des candidats se concentrent dans les grades C, D et E. 

À l’inverse, Art and Design progresse fortement avec 95,1 % de réussite en 2025, contre 84,2 % en 2024, grâce à une hausse marquée des grades B et C. Ces tendances traduisent une redistribution des performances : certaines matières consolident leurs résultats, d’autres voient un déplacement vers les grades intermédiaires. 

Dainshakti Jahajeeah, enseignant de Travel and Tourism à Phoenix SSS, fait ressortir que c’est en 2008, que cette matière a été introduite dans les collèges à Maurice. Le but étant de former une main-d’œuvre mauricienne pour le secteur émergent du tourisme.

« Après plusieurs années, Travel and Tourism a suscité beaucoup d’intérêt dans plusieurs collèges privés et d’État. Néanmoins, de nombreux élèves prennent ce sujet à la légère et ont la fausse perception qu’il ne s’agit que de sorties éducatives (« field trips »), sans réaliser qu’il exige beaucoup de recherche et d’analyse dans le domaine du voyage et du tourisme », fait-il ressortir.

L’enseignant avance que depuis son introduction, de nombreux élèves du HSC l’ont choisi et ont intégré le secteur pour leur carrière professionnelle, tant au niveau local qu’à l’international. Toutefois, il souligne qu’en ce qui concerne les performances au niveau du HSC, on constate malheureusement que les élèves éprouvent beaucoup de difficultés à obtenir la note A.

« Cela s’explique par le fait que la majorité des élèves a tendance à se limiter à la lecture des notes. Ils ne développent pas une culture de recherche dans le domaine du voyage et du tourisme. La recherche les aide énormément à mieux comprendre ce qui se passe dans les différentes destinations et les maintient connectés aux nouveautés du secteur touristique », indique-t-il.

Dainshakti Jahajeeah ajoute que la matière Travel and Tourism reste très intéressante et aide les élèves à s’épanouir différemment, surtout grâce à leur accès direct au secteur touristique. « J’ai moi-même plusieurs anciens élèves qui travaillent à l’étranger ou occupent des postes de haut niveau dans des organisations prestigieuses à Maurice. Cela nous rend fiers d’avoir pu les inspirer à s’engager dans ce secteur très prometteur », souligne l’enseignant.

Notons, que beaucoup d’élèves prennent le Travel and Tourism ou Sociology après le School Certificate (SC), même s’ils ne l’ont jamais fait auparavant, parce qu’ils n’ont pas d’autres choix de matière. Cela leur permet d’avoir une matière au niveau principal.

Améliorer les résultats  

Pour améliorer durablement la situation, plusieurs leviers sont identifiés :
Renforcer la préparation aux grades A* et A.
Accorder davantage de temps d’apprentissage aux matières exigeantes.
Investir dans la formation continue des enseignants.
Assurer un meilleur accompagnement des élèves dès les premières années du secondaire. 

L’enjeu n’est pas seulement de maintenir le taux de réussite, mais d’augmenter la proportion d’excellence sans creuser les écarts.

Parmi les facteurs, qui pourraient expliquer un changement dans les résultats, certains citent la révision qui a eu lieu en 2021-2022. À cette période, les notations avaient été revues à la hausse à cause de la pandémie de la Covid-19. Les élèves avaient obtenu de bonnes notes à ce moment-là. Cependant, par la suite, Cambridge a revu sa notation à la normale, ce qui pourrait justifier la baisse des résultats.

Un recteur d’un collège d’État explique, pour sa part, qu’il y a trop de différence de niveau entre les examens du Primary School Achievement Certificate (PSAC), le National Certificate of Education (NCE) et les examens de fin d’études au niveau du secondaire. « Nos programmes d’études ne reflètent pas la réalité. Les niveaux ont tellement baissé, ce qui n’encourage pas les élèves à fournir plus d’efforts. Du coup, ils n’arrivent pas à bien travailler au niveau du SC et du HSC. Les enseignants doivent absolument revoir le mode d’explication et de travail », indique-t-il.

Il ajoute aussi que beaucoup de candidats ne lisent pas suffisamment et ne comprennent pas ce qui leur est demandé dans les questions. Ils pensent avoir bien répondu, mais au final, ils sont passés à côté de la question.

De son côté, Dainshakti Jahajeeah souligne que les critères de notation de Cambridge sont très spécifiques et stricts. « Ils exigent que les élèves démontrent de la maturité dans leur analyse et qu’ils formulent des recommandations et des conclusions valables dans le contexte proposé », fait-il ressortir.

Par ailleurs, il déplore qu’en tant qu’enseignants, il est très rare d’avoir des ateliers de travail avec les auteurs des manuels ou les coordinateurs du curriculum. « Il est malheureux que cela se fasse uniquement lorsqu’il y a des changements dans le syllabus ou seulement un petit nombre d’enseignants à l’occasion d’y participer. Les autres doivent se fier aux chefs de département, aux collègues, ou apprendre par eux-mêmes en analysant les critères de notation ou les rapports des examinateurs de Cambridge », explique-t-il.

En tant qu’enseignant, il souhaite qu’il y ait davantage de formations de la part du Mauritius Examinations Syndicate (MES). Il plaide également pour une ligne de communication plus directe afin de pouvoir faire part des contraintes liées au « coursework » et aux épreuves d’examen.

Une enseignante d’un collège privé précise, pour sa part, que c’est une matière qui permet aux élèves de donner des réponses ouvertes, mais qui reste dans la thématique demandée. Cependant, avec les résultats obtenus lors de la dernière cuvée, elle se demande si les élèves doivent être entrainés à apprendre les concepts par cœur pour répondre correctement aux questions.

Formations

Au niveau du MES, nous apprenons qu’il y a eu une formation en ligne de cinq semaines en 2022 et un online webinar au mois d’avril 2023 pour la matière de Travel and Tourism. De plus, concernant la matière Sociology, il n’y a pas de changement dans le programme d’étude depuis 2024. La formation par rapport aux changements avait eu lieu en 2020. 

Il faut aussi noter que les différents syllabus ont un cycle de vie qui tourne autour de six ans. Ainsi, tous les changements qui sont faits par Cambridge sont communiqués au minimum de deux à trois à l’avance afin que les enseignants puissent en prendre connaissance et travailler en conséquence avec les élèves.


Dr Om Nath Varma : « Enseigner est un métier qui requiert une formation professionnelle »

Les résultats du HSC 2025 traduisent une évolution préoccupante : la baisse des mentions d’excellence et la progression de notes faibles. Au-delà des chiffres, le Dr Om Nath Varma, pédagogue, sociologue et ancien directeur du Mauritius Institute of Education (MIE), met en lumière des causes structurelles. Entretien. 

L'analyse des résultats du Higher School Certificate (HSC) 2025 indique que le nombre de notes D a augmenté, tandis que les notes A+ et A ont diminué. Comment expliquer cette baisse ?
Pour comprendre les résultats, il faut d’abord déterminer comment les examinateurs corrigent les copies. Chaque matière, au niveau du HSC et du School Certificate (SC), a des objectifs d’évaluation bien définis. Les enseignants doivent bien connaître le programme (le syllabus) et préparer les élèves à atteindre tous ces objectifs.

Prenons un exemple. En physique, l’accent est mis sur la compréhension des concepts et la capacité à appliquer les idées à des situations nouvelles. Il ne suffit pas de mémoriser : il faut réfléchir, analyser et résoudre des problèmes. Le même principe s’applique à toutes les matières.

Les objectifs d’évaluation sont clairs :
AO1 : connaissances et compréhension
AO2 : capacité à utiliser et à évaluer les informations
AO3 : compétences expérimentales et recherche.

Le programme demande également aux enseignants de lier la physique à des aspects sociaux, environnementaux, économiques et technologiques. Le contenu est divisé en 24 parties, et pour chacune, il est précisé ce que l’élève doit être capable de faire : comprendre, expliquer, utiliser, calculer, etc.

Si un élève comprend bien les concepts et développe les compétences requises, il peut obtenir la note maximale. Il est donc essentiel que les élèves connaissent bien le programme : le syllabus. Le rôle de l’enseignant est de les aider à le comprendre. C'est le cas pour toutes les matières.

Quelle est la responsabilité des enseignants ?
En théorie, les enseignants apprennent à le faire lors de leur formation pédagogique. On débat souvent de la nécessité du Post Graduate Certificate in Education. Enseigner est un métier qui requiert une formation professionnelle. Beaucoup ne le comprennent pas encore à Maurice. Si l’on regarde uniquement les résultats du point de vue de l’enseignement, on peut se demander si le problème vient des compétences ou des méthodes pédagogiques. Mais ce n’est pas toute l’histoire. À Maurice, beaucoup pensent que mémoriser de nombreuses notes est plus important que de comprendre. Les élèves suivent plusieurs cours particuliers et, souvent par manque de temps, on leur donne les réponses sans explication approfondie. Les élèves aiment parfois les enseignants qui « donnent tout », sans les obliger à faire un effort.

Or, apprendre demande un effort constant tout au long de l’année, pas seulement à l’approche des examens. On parle souvent du stress avant les examens, mais l’apprentissage est un travail régulier. Les élèves qui réussissent sont ceux qui font l’effort, en classe et pendant les cours particuliers. On ne peut pas rattraper en quelques heures, dans les cours particuliers, ce qu’on a raté durant toute une année à l’école.

Je connais un élève qui voulait bien comprendre. Il posait des questions en classe, mais ses camarades trouvaient que c'était gênant. Il a obtenu 800 sur 800 au SATS 2 en Upper Six et un A à l’examen de Cambridge en juin, avant les examens finaux de fin d’année. Ce qui montre que la réussite requiert un engagement réel.

Nous constatons également que le nombre d’élèves qui prennent part aux examens a diminué. Est-ce que cette situation n’aurait pas dû améliorer les résultats ?
La baisse du nombre d’élèves est liée au déclin démographique. La population mauricienne augmente très peu, bien en deçà du taux nécessaire pour assurer le renouvellement de la population. Ce qui pose des défis économiques importants.

Avec l’intelligence artificielle, beaucoup d’emplois peu qualifiés vont disparaître. Nous aurons moins besoin de nombreux travailleurs peu qualifiés, mais davantage de personnes très compétentes. Avec moins de jeunes, il devient encore plus important de miser sur la qualité.

Autrefois, on disait que les grandes classes empêchaient un suivi individuel. Aujourd’hui, les classes sont plus petites, mais les résultats ne montrent pas une nette amélioration de la qualité. Ce qui signifie que le problème est plus profond.

Il est temps de tirer parti du nombre réduit d’élèves pour mettre l’accent sur la qualité. La qualité demande plus d’efforts de la part des élèves, des enseignants et des parents. Il faut aussi repenser le modèle traditionnel des cours particuliers, ainsi que les accusations mutuelles entre enseignants et élèves. Mais on doit aussi se demander si l’école offre le climat et le temps nécessaire pour développer une pédagogie moderne ? 

Selon vous, comment améliorer les résultats pour les prochaines années ?
Il faut privilégier l’apprentissage en profondeur, fondé sur la compréhension. Parents, élèves et enseignants doivent revoir leurs méthodes. Il faut redonner confiance dans l’école, encourager les élèves à utiliser pleinement le temps en classe, revoir l’emploi du temps à l’école, et assurer une régularité dans le travail des apprenants comme des enseignants. 

Il faut également un bon leadership académique dans les écoles. Il existe encore une résistance au changement. Trop souvent, les enseignants se contentent d’expliquer ou de dicter, au lieu de véritablement enseigner. Comme le disait un ancien collègue du MIE, Jacqueline Nunkoo, « enseigner, ce n’est pas seulement dire ». Si nous n’affrontons pas la vraie cause des problèmes auxquels nous faisons face, nous poserons les mêmes questions dans dix ans.

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