Hossny Abdur-Raheem : l’homme qui grave des histoires sur le temps
Par
Azeem Khodabux
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Azeem Khodabux
Ingénieur de formation, Hossny Abdur-Raheem transforme l’horlogerie en héritage intime. À 31 ans, il crée des montres uniques et personnalisées, prouvant que le luxe mauricien peut rimer avec émotion et précision.
«Si vous pouvez l’imaginer, je peux le créer. » Derrière cette phrase, Hossny Abdur-Raheem, 31 ans, ne vend pas du rêve – il le fabrique. Formé à l’ingénierie biomédicale, ce Mauricien a fait le pari audacieux de transformer la montre en objet émotionnel. Entre gravures intimes et pierres précieuses, son entreprise prouve qu’à Maurice aussi, on peut réinventer le luxe.
Dans l’atelier de Hossny Abdur-Raheem, une montre n’est jamais qu’une montre. C’est une photo de mariage gravée sur un cadran. Un prénom d’enfant ciselé au fond d’un boîtier. Un saphir serti pour célébrer une réussite. Une date qui marque un avant et un après. Là où l’industrie horlogère standardise, lui personnalise. Là où d’autres vendent du temps, lui vend des histoires.
Cet entrepreneur mauricien a construit son entreprise sur une intuition simple : personne ne veut porter la même montre que son voisin. Pas quand on peut porter la sienne, celle qui raconte quelque chose de soi. Le parcours de Hossny ne laissait pourtant rien présager de cette trajectoire. Scolarisé au collège Doha, il se distingue déjà par sa rigueur et sa curiosité intellectuelle. Ses proches le décrivent comme quelqu’un qui aime comprendre comment les choses fonctionnent, démonter, analyser, reconstruire.
Après le collège, direction l’Inde pour des études en Biomedical Engineering. Un choix exigeant, tourné vers la science et la technologie de pointe. Cette formation lui apporte une discipline de fer, une compréhension fine des mécanismes complexes et surtout une obsession du détail. Une qualité qui, sans qu’il le sache encore, deviendra la signature de son futur métier. « L’ingénierie m’a appris la précision, la patience et le respect du détail. Aujourd’hui, je les applique dans chaque montre que je crée », confie-t-il.
Mais comment passe-t-on de l’ingénierie biomédicale à l’horlogerie personnalisée ? Le virage se dessine en 2020, en pleine pandémie mondiale. Alors que le monde traverse une période d’incertitude, Hossny prend un risque calculé : celui de se lancer dans l’entrepreneuriat.
Son entreprise ne naît pas d’un coup de tête. Elle repose sur une vision claire : sortir la montre de l’ordinaire, en faire un objet émotionnel, intime, presque identitaire. Chez lui, une montre n’est pas un simple accessoire de mode ou un outil pour lire l’heure. C’est une extension de la personnalité de celui ou celle qui la porte.
Le concept qu’il propose à Maurice est inédit : des montres entièrement personnalisables, conçues sur mesure selon les désirs du client. Et quand il dit « sur mesure », il ne plaisante pas. Une photo gravée sur le cadran ou le fond du boîtier ? Possible. Un prénom, une date, un message intime ? Fait. Une montre sertie de pierres précieuses – saphir, diamant ou autres gemmes choisies avec soin ? Sans problème. Un bracelet conçu selon les goûts, le style de vie et la symbolique recherchée ? Évidemment.
Chaque pièce est unique. Chaque montre raconte une histoire : un mariage, une réussite professionnelle, un héritage familial, un souvenir précieux. C’est cette dimension émotionnelle qui fait la force de sa marque.
Rapidement, la réputation de ses créations dépasse le cercle des amateurs de montres. Le marché local répond présent, séduit par cette approche innovante. Mais ce sont aussi les touristes, en quête d’un souvenir unique de l’île Maurice, qui tombent sous le charme. Offrir ou s’offrir une montre personnalisée devient une expérience, un luxe différent, loin des productions industrielles standardisées.
Le succès ne se fait pas attendre. L’année dernière, l’entreprise enregistre un chiffre d’affaires de Rs 2,5 millions, avec un profit net avoisinant les Rs 700 000. Des résultats remarquables pour une structure encore jeune, portée par une vision claire et une exécution rigoureuse. Aujourd’hui, Hossny emploie trois personnes, contribuant ainsi à l’économie locale et à la création d’emplois. Pour lui, l’entrepreneuriat n’est pas seulement une réussite personnelle, mais aussi une responsabilité sociale.
Ce qui distingue Hossny, c’est son refus de la facilité. Chaque commande est traitée avec le même niveau d’exigence, qu’il s’agisse d’une montre sobre ou d’une pièce sertie de pierres précieuses. « Je ne veux pas vendre quelque chose de banal. Je veux que la personne se dise : cette montre, c’est la mienne, elle me ressemble », explique-t-il.
Cette philosophie se reflète dans le choix des matériaux, la qualité des finitions et le dialogue constant avec le client. Le processus de création devient une collaboration, un échange entre l’artisan et celui qui porte la montre. Pas de production en série. Pas de catalogues figés. Juste une écoute, et un savoir-faire au service d’une vision unique.
À 31 ans, Hossny ne compte pas s’arrêter. Il nourrit de grandes ambitions : élargir sa gamme, renforcer sa présence à l’international, et positionner Maurice comme un acteur crédible de l’horlogerie personnalisée de luxe. Il envisage également de former de jeunes talents, de transmettre son savoir-faire et de créer, à terme, une véritable signature mauricienne dans un univers dominé par les grandes maisons étrangères. Un pari audacieux, mais cohérent pour quelqu’un qui a déjà prouvé qu’il savait transformer une idée en réalité tangible.
Plus qu’un entrepreneur, Hossny Abdur-Raheem est un créateur de temps symbolique. Ses montres ne mesurent pas seulement les heures et les minutes. Elles capturent des instants de vie, des émotions, des histoires personnelles. Et c’est peut-être là, au-delà des chiffres et du succès, que réside sa plus belle réussite : avoir transformé un objet banal en héritage intime.
Parce qu’au fond, quand on porte une montre gravée du prénom de son enfant ou sertie d’une pierre choisie pour marquer un tournant de vie, on ne regarde plus l’heure de la même façon. On regarde son histoire. Et ça, aucune production industrielle ne pourra jamais le reproduire.