Live News

Hissen Caramben : le policier qui refuse l’indifférence

En sus d’être très appliqué dans son travail, Sivaraj Caramben est un amoureux du culturisme.

Du numérique aux rues de Maurice, Hissen Caramben veille sur les plus vulnérables. Policier discret mais engagé, il choisit d’agir, guidé par une seule règle : ne jamais fermer les yeux.

Il a 33 ans, un visage fatigué, l’allure sobre. Sivaraj Caramben – Hissen pour les proches – ne ressemble pas aux héros de série télé. Pas de posture, pas de grande déclaration. Juste cette manière de parler posément, comme quelqu’un qui a vu défiler trop de drames pour en rajouter.

Dix ans maintenant qu’il arpente le monde numérique comme terrain d’enquête. Constable à la cybercriminalité, attaché à la force policière régulière mais aussi « Research officer » pour une agence internationale spécialisée, il passe ses journées à traquer les prédateurs du web. Les sextorsions, les faux profils, les challenges dangereux lancés à des adolescents qui se croient invincibles. 

Au boulot, il décortique ce que la plupart utilisent sans y penser. Là où l’utilisateur lâche un commentaire, lui lit un indice. Là où l’ado voit un jeu, lui perçoit une faille. « Le danger ne vient plus seulement de la rue. Il vient du téléphone dans votre poche », dit-il sans emphase.

Son obsession du moment : la naïveté numérique des jeunes. Ces ados persuadés d’être invincibles derrière un écran, qui découvrent trop tard que l’Internet ne pardonne pas l’imprudence. « Ne partage pas ta vie avec des inconnus en croyant partager des ‘moments’ », martèle-t-il. « Il faut apprendre à se protéger avant d’apprendre à poster. »

Mais c’est une autre histoire qui a marqué les esprits l’an dernier. Un bus entre Bagatelle et Petite-Cabane. Une femme enceinte qui tremblait sans oser parler. Un homme trop insistant. Hissen Caramben n’était pas en service ce jour-là. Il aurait pu détourner le regard, s’occuper de ses affaires. 

Il a plutôt griffonné un mot sur un bout de papier, l’a glissé discrètement à la jeune femme. L’homme a compris, il est descendu au prochain arrêt. « J’ai juste fait mon travail », lâche-t-il quand on lui en parle. Pas de fausse modestie, juste une gêne sincère face au micro. « Je suis la création du peuple mauricien », ajoute-t-il avec une émotion qu’il ne cherche pas à masquer.

La police, avant d’être un uniforme, c’est une présence. Une promesse.»

Son parcours ne s’est pas écrit en ligne droite. Avant l’uniforme, il y a eu les petits boulots : marchand ambulant, laveur de voitures. Étudiant en langue et culture allemandes aussi. Ces heures sous le soleil ou dans le bruit des moteurs ont forgé quelque chose que l’uniforme n’a jamais effacé. Une humilité, peut-être. Ou juste la conscience que rien n’est jamais acquis.

La carrière, elle, a connu ses secousses. La promotion de sergent, il l’a eue. Puis perdue, du jour au lendemain. Rétrogradé sans préavis, sans explication publique. Une nuit a suffi pour lui retirer ses galons. Il n’en dit pas plus, sinon cette pudeur quand le sujet arrive : « Je veux juste faire mon travail. Servir. Je n’ai jamais fait ce métier pour les grades. » D’autres auraient claqué la porte, alimenté les réseaux sociaux de rancœur. Lui a continué. Sans posture martyrisante, sans grand récit de résilience.

En 2020, sa mère est morte. Depuis, il est devenu le pilier. Son père, malade et malentendant, compte sur lui. « On n’a pas le droit de s’écrouler quand d’autres comptent sur vous », dit-il simplement. Cette phrase résume peut-être tout le personnage : pas de choix que de tenir, alors on tient.

Sa méthode de travail reflète cette philosophie. Observer sans se montrer, intervenir sans s’imposer, aider sans humilier. Pas d’effet, juste le résultat. Il parle d’algorithmes et de prévention comme un soldat qui a troqué le bitume contre les routeurs. « La police, avant d’être un uniforme, c’est une présence. Une promesse », rappelle-t-il. Promesse de non-indifférence, dit-il encore. « Le respect du serment, c’est ce qu’il nous reste quand le reste vacille. »

Il aurait pu se taire pour se protéger. Il a choisi d’agir pour protéger les autres. Il aurait pu réclamer justice pour sa carrière. Il préfère réclamer prudence pour la jeunesse. Bientôt, il quittera la force. Pas par lassitude, assure-t-il. Pour relever un nouveau défi, avec la même rigueur. « Je dois être utile », résume-t-il. Pas « je suis policier », mais « je dois être utile ». Nuance.

Le soir, quand la rue s’endort et que les écrans continuent de pulser, il veille encore. Un homme penché sur un écran, éclairé par le bleu froid des notifications. Quelqu’un doit bien continuer de surveiller.

Notre service WhatsApp. Vous êtes témoins d`un événement d`actualité ou d`une scène insolite? Envoyez-nous vos photos ou vidéos sur le 5 259 82 00 !