Héros malgré lui : le constable Legris risque sa vie pour sauver une mère attaquée au sabre
Par
Ajagen Koomalen Rungen
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Ajagen Koomalen Rungen
Face à un homme armé qui agressait Tatiana Appasamy, une mère de trois enfants, le constable Abdulah Nazir Legris, pourtant hors service, n’a pas hésité à intervenir. Blessé au cours de l’affrontement, il est resté sur place jusqu’à l’arrivée des renforts dépêchés sur les lieux.
En l’espace de quelques minutes, une simple fin de journée s’est transformée en une intervention à haut risque. Le lundi 13 juillet, alors qu’il venait de terminer son service et rentrait chez lui à moto, le constable Abdulah Nazir Legris, 37 ans, affecté à la Traffic Branch de Rose-Hill, a choisi d’intervenir pour secourir une femme agressée par un homme armé d’un sabre. Blessé au poignet, poursuivi à pied et visé par un camion, ce policier comptant seize années de service a tenu bon jusqu’à l’arrivée de ses collègues du poste de police de Vacoas. Son intervention a permis de sauver Tatiana Appasamy, une mère de trois enfants. Elle lui a également valu les félicitations publiques du Premier ministre au Parlement, ainsi qu’un appel personnel de ce dernier. Derrière cet acte de bravoure se trouve pourtant un homme simple, un époux et un père qui, ce soir-là, devait simplement rentrer chez lui retrouver les siens.
Pour Abdulah Nazir Legris, le 13 juillet avait commencé comme n’importe quelle autre journée de travail. Depuis seize ans, il sert au sein de la Mauritius Police Force avec la même rigueur et la même discipline. Affecté à la Traffic Branch de Rose-Hill, il est habitué à gérer les imprévus, les accidents et les situations d’urgence qui rythment le quotidien d’un policier. Mais rien ne laissait présager l’intervention à laquelle il serait confronté ce jour-là.
En fin d’après-midi, une fois son service terminé, il enfourche sa moto et prend la route vers Hollywood, à Vacoas, où son épouse Preety et leurs deux enfants, Ayaan, âgé de sept ans, et Zia, âgée de quatre ans, l’attendent pour le dîner. Après une longue journée de travail, il ne pense qu’à retrouver sa famille et à profiter de quelques heures de tranquillité avant de reprendre le service le lendemain. Mais son trajet sera interrompu par des appels au secours.
Alors qu’il circule en uniforme de motard de la police à proximité d’un supermarché de Vacoas, vers 18 heures, son regard est attiré par un attroupement inhabituel. Une foule s’est formée au bord de la route. Il ralentit sa moto et tente de comprendre ce qui se passe. C’est alors qu’il entend une femme crier : « Sov mwa… li pou touy mwa… Sov mwa… li pou touy mwa… » À cet instant, il comprend que chaque seconde compte. Bien qu’il ait terminé son service, il décide immédiatement de lui porter secours.
« Mon travail passe avant tout. Mon épouse Preety et mes deux enfants m’attendaient pour le dîner, mais quand j’ai entendu cette femme appeler au secours, je n’avais plus le choix. Je suis policier avant tout et je ne pouvais pas continuer ma route en faisant comme si je n’avais rien vu », raconte-t-il. Pour lui, l’engagement d’un policier ne prend pas fin avec son service : il implique de protéger les autres, quelles que soient les circonstances.
En se dirigeant vers les lieux, Abdulah Nazir Legris découvre une femme blessée et terrorisée qui tente d’échapper à son compagnon. L’homme est armé d’un sabre et la menace de mort. Autour d’eux, plusieurs personnes assistent à la scène sans intervenir, apparemment retenues par la peur. Pour le constable, il ne fait aucun doute que la situation peut tourner au drame.
Sans attendre l’arrivée des renforts, il décide de s’interposer entre l’agresseur et la victime. Son premier réflexe est de mettre la femme en sécurité. Il demande aux témoins présents de l’éloigner pendant qu’il garde l’individu sous surveillance. Son objectif est de sauver la victime et de gagner suffisamment de temps pour permettre aux policiers du poste de Vacoas d’arriver sur place. Seul face à un homme armé et imprévisible, il refuse toutefois de battre en retraite.
L’intervention du constable provoque la colère de l’agresseur, qui abandonne momentanément sa victime pour se tourner vers le policier. Les insultes et les menaces se multiplient. L’homme lui intime de quitter les lieux et de ne pas se mêler d’une affaire qu’il considère comme relevant de sa vie privée. Mais, pour Abdulah Nazir Legris, il ne s’agit plus d’une simple dispute de couple : une femme blessée et terrorisée se trouve en danger.
« Je savais que si je quittais les lieux, cette dame risquait de mourir. Mon objectif n’était pas de jouer au héros, mais simplement de gagner du temps jusqu’à l’arrivée des policiers du poste de Vacoas. Je voulais empêcher qu’il ne s’en prenne de nouveau à elle », explique-t-il. Malgré le danger, il garde son calme et observe les mouvements de l’agresseur, tout en veillant à ce que la victime soit éloignée par les personnes présentes.
La situation s’aggrave lorsque l’homme se dirige vers un camion stationné à proximité. Il démarre le véhicule et accélère en direction du policier. Abdulah Nazir Legris comprend qu’il est devenu la cible. « Il voulait me rouler dessus parce que j’avais empêché son agression. Pendant une fraction de seconde, je me suis dit que cela pouvait être la fin », confie-t-il. Grâce à un réflexe rapide, il parvient à s’écarter de la trajectoire du poids lourd. Le véhicule le heurte néanmoins légèrement avant de poursuivre sa course.
L’agresseur descend ensuite du camion et se lance à la poursuite du constable, toujours armé de son sabre. Abdulah Nazir Legris tente de garder une distance de sécurité tout en surveillant son poursuivant. Il sait qu’il doit tenir encore quelques minutes, le temps que les renforts arrivent. L’homme le rattrape toutefois et le blesse au bras gauche.
« Lorsque j’ai vu le sang, je me suis rendu compte que j’étais blessé, mais je ne pouvais pas abandonner. Tant que cet homme n’était pas maîtrisé, il représentait un danger pour tout le monde. » Malgré la douleur, le policier garde son sang-froid et court vers le poste de police de Vacoas. L’agresseur est finalement maîtrisé puis arrêté, mettant fin à une intervention qui n’aura duré que quelques minutes.
Une fois le danger écarté, Abdulah Nazir Legris prend pleinement conscience de ses blessures. Il est conduit à l’hôpital Victoria, à Candos, où il reçoit les soins nécessaires pour son poignet. Éprouvé par l’intervention, il reste néanmoins convaincu d’avoir pris la bonne décision.
« J’aurais pu perdre la vie ce soir-là, mais lorsque je repense au visage de cette femme, je me dis que cela en valait la peine. Je suis persuadé que si je n’étais pas intervenu, cette mère de trois enfants ne serait peut-être plus en vie aujourd’hui. C’est cette pensée qui me donne la force d’avancer et qui me rappelle pourquoi j’ai choisi ce métier il y a seize ans. »
« Mon plus grand soulagement, c’est d’avoir sauvé une vie »
Après avoir reçu les soins nécessaires à l’hôpital Victoria, à Candos, Abdulah Nazir Legris a enfin pu retrouver les siens. À Hollywood, Vacoas, l’inquiétude avait remplacé l’impatience. Son épouse Preety, qui l’attendait pour le dîner avec leurs deux enfants, Ayaan et Zia, ignorait encore la gravité de l’incident qui venait de se produire.
« Je savais que ma famille allait s’inquiéter. En tant que policiers, nous savons que chaque intervention peut comporter des risques, mais lorsqu’on est marié et père de famille, on pense aussi aux personnes qui nous attendent à la maison. Malgré tout, si la même situation se présentait demain, je referais exactement la même chose. Je ne pouvais pas abandonner cette femme à son sort », affirme-t-il.
Le constable ne cherche pourtant ni les projecteurs ni les éloges. Lorsqu’on évoque son intervention, il minimise spontanément son rôle. Pour lui, il ne s’agit pas d’un acte héroïque, mais de l’accomplissement de la mission qu’il s’est juré de remplir en rejoignant la Mauritius Police Force il y a seize ans.
« Beaucoup de personnes me disent que j’ai été courageux. Moi, je considère simplement que j’ai fait ce que tout policier doit faire lorsqu’une vie est menacée. Nous avons prêté serment de protéger la population. Ce serment ne s’arrête pas lorsque notre service est terminé. »
Quelques jours après cette intervention, le courage du constable Abdulah Nazir Legris a trouvé un écho jusque dans l’hémicycle de l’Assemblée nationale. Lors de la Prime Minister’s Question Time, le député Dr Farhad Aumeer a évoqué cette affaire, donnant au Premier ministre, Navin Ramgoolam, l’occasion de rendre hommage au policier. Devant les députés, le chef du gouvernement a salué son sang-froid, son professionnalisme et son sens du devoir, rappelant que le constable n’était pas en service lorsqu’il est intervenu pour sauver cette femme.
Quelques heures après les débats parlementaires, Abdulah Nazir Legris a reçu un appel du Premier ministre. « Il m’a félicité pour mon intervention et m’a surtout demandé de prendre soin de ma santé après mes blessures. Honnêtement, je ne m’attendais pas à recevoir un appel personnel du Premier ministre. Cela m’a énormément touché. Ses paroles m’ont encouragé et elles resteront gravées dans ma mémoire. »
Pour ce père de famille, cette reconnaissance représente bien plus qu’un honneur personnel. Il y voit un message adressé à l’ensemble des policiers mauriciens qui, chaque jour, accomplissent leur mission loin des regards et parfois au péril de leur vie.
À 27 ans, Tatiana Appasamy porte encore les traces physiques et émotionnelles de l’agression dont elle affirme avoir été victime. Mère de trois enfants âgés de neuf ans, trois ans et 18 mois, elle raconte avoir vécu un moment de terreur lorsqu’elle a été agressée par Salaoudin Khodadeen, âgé de 33 ans, avec qui elle entretenait une relation.
Selon son témoignage, les deux se trouvaient à bord d’un camion à Hermitage. Sur le chemin du retour, ils se sont arrêtés pour effectuer un retrait bancaire. C’est à ce moment qu’ils auraient aperçu l’ancien compagnon de Tatiana, qui souhaitait lui parler. Cette rencontre aurait provoqué la colère et la jalousie de Salaoudin Khodadeen. Malgré les explications de la jeune femme, qui lui aurait assuré qu’elle n’avait plus aucun lien avec cet homme, la situation aurait rapidement dégénéré.
Tatiana raconte avoir été frappée à plusieurs reprises. Elle affirme également que le camion aurait été utilisé pour tenter de la renverser. « Je n’avais jamais vu cette violence auparavant. C’est la première fois qu’il agit ainsi envers moi », confie-t-elle.
Elle explique toutefois que Salaoudin Khodadeen aurait déjà eu des comportements violents dans le passé envers un autre homme et que la police serait déjà intervenue dans cette affaire. Habitant à Vacoas, Salaoudin Khodadeen, père de deux enfants, travaillait dans la confection de produits en aluminium.
Tatiana tient à remercier les policiers ainsi que les personnes présentes qui sont intervenues pour lui porter secours. Selon elle, leur réaction a été déterminante. « S'il n'était pas intervenu, je ne sais pas ce qui aurait pu m'arriver », dit-elle.
La jeune mère affirme également ne plus vouloir reprendre contact avec cet homme, préférant désormais se concentrer sur sa sécurité et celle de ses trois enfants. « Je veux tourner cette page et protéger ma famille », confie-t-elle.
L’intervention du constable Abdulah Nazir Legris a été évoquée à l’Assemblée nationale par le Premier ministre Navin Ramgoolam lors de la Prime Minister’s Question Time. Répondant à une question du député Dr Farhad Aumeer sur les agressions impliquant des armes blanches, le chef du gouvernement a rendu hommage au policier qui, alors qu’il n’était pas en service, est intervenu pour sauver une femme victime d’une attaque au sabre à Vacoas.
Navin Ramgoolam a déclaré : « Je voudrais remercier le PC Legris, qui est intervenu avec courage alors qu’il rentrait chez lui à moto. » Il a expliqué que le policier avait aperçu un groupe de personnes rassemblées autour d’un individu qui agressait une femme avec un sabre et qui avait même tenté de la renverser avec son véhicule. Le Premier ministre a souligné que plusieurs personnes présentes assistaient à la scène sans intervenir, tandis que le constable Legris a choisi d’agir.
Le chef du gouvernement a également salué le sang-froid du policier, rappelant que celui-ci avait lui-même été blessé au cours de l’intervention, sans que cela l’empêche de poursuivre son action afin de mettre fin à l’agression. « This is the kind of behaviour we expect from police officers and these are the police officers that will be high on the list for promotions », a déclaré Navin Ramgoolam, soulignant que de tels actes illustrent l’engagement et les valeurs attendus des forces de l’ordre.