Hausse du coût de la vie : dans les foyers mauriciens, la colère et la résignation
Par
Melanie Duval
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Melanie Duval
Avant même que la hausse de 15 % des tarifs de l’électricité n’entre en vigueur, le 1er mai, elle est déjà dans toutes les têtes. Rencontrés samedi, des Mauriciens de différentes régions de l’île dressent un tableau unanime : le quotidien est devenu une équation impossible, et les mesures d’accompagnement, annoncées vendredi par le gouvernement, ne convainquent personne.
Les Rs 121 d’allocation mensuelle à l’intention des bénéficiaires du Social Register, prévues pour amortir la hausse du prix du pain, sont devenues le symbole de ce décalage. « Un simple sachet de lait coûte déjà bien plus cher que cela », lâche Sheila Dursoniah, 53 ans, habitante de Pailles. Pour elle, le problème dépasse la seule électricité : « Le prix du gaz a aussi subi une hausse. Cela devient de plus en plus insoutenable. »
Sirone Acheemootoo, 74 ans, abonde dans le même sens. La Portlouisienne élève seule son petit-fils qui prépare le Higher School Certificate. « La vie est devenue un véritable combat », dit-elle simplement. Elle ne parle pas en termes abstraits : le pain est un aliment de base dans son foyer, et chaque centime compte. « Avec la hausse du prix du pain, le quotidien va devenir encore plus étouffant. »
Ce que ces témoignages révèlent, c’est moins la surprise face aux annonces que l’épuisement face à une tendance qui dure. Menon Aniacaroomben, 69 ans, habitant de Pointe-aux-Biches, parle d’une « spirale sans fin » : « Les prix ne cessent de grimper, et la facture d’électricité a aussi explosé. » Il établit une ligne de fracture nette : « Les Mauriciens aisés parviennent à garder la tête hors de l’eau, mais ceux qui sont au bas de l’échelle sont condamnés à sombrer dans la pauvreté. » Les mesures annoncées ? « Des paroles en l’air, du pur blabla. »
Swadeck Bundhoo, 58 ans, de Phoenix, traduit l’impact en chiffres concrets. « Alors que je dépensais environ Rs 10 000 pour les provisions, je crains de devoir débourser Rs 15 000 désormais pour le même panier », calcule-t-il. Il attendait une baisse sur les produits de première nécessité. « C’est l’inverse qui se produit : tout flambe. »
Entre ces quatre témoignages, un fil conducteur : aucun de ces Mauriciens ne se sent concerné par les dispositifs annoncés vendredi. Pas par indifférence, mais parce qu’ils ne s’y reconnaissent pas : trop loin de leur réalité, trop étroits pour englober la masse de ceux qui, sans figurer dans aucun registre social, vivent pourtant chaque fin de mois comme une course contre la montre.