Hausse de 300 % dans les services financiers : offensive pour attirer les sociétés enregistrées à Maurice vers les Seychelles
Par
Eshan Dinally
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Eshan Dinally
La hausse des frais imposés aux Authorised Companies à Maurice commence déjà à faire le jeu de la concurrence. S’appuyant directement sur les nouvelles charges décidées par la Financial Services Commission, la compagnie Abacus propose aux clients mauriciens de transférer leurs structures vers les Seychelles, avec exonération de ses frais professionnels d’incorporation. Ce qui n’était jusqu’ici qu’un risque théorique de délocalisation prend désormais une forme très concrète.
Les inquiétudes exprimées dans le secteur financier mauricien commencent à prendre une tournure concrète. À peine les nouveaux frais imposés aux Authorised Companies sont-ils entrés en vigueur le 1er juillet qu’une offensive commerciale est déjà lancée pour attirer vers les Seychelles les structures actuellement établies à Maurice.
La compagnie Abacus propose directement à ses clients de transférer leurs sociétés mauriciennes vers une International Business Company (IBC) enregistrée dans l’archipel voisin. Dans un courriel adressé à sa clientèle, Abacus s’appuie ouvertement sur la décision de la Financial Services Commission de Maurice pour promouvoir son offre. « The FSC Mauritius has announced a significant increase in the fees for maintaining an Authorised Company », écrit la compagnie.
Autrement dit, Abacus met en avant la hausse considérable des frais de maintien d’une Authorised Company à Maurice pour présenter les Seychelles comme une solution de rechange moins coûteuse.
La proposition est formulée sans détour. « Abacus is pleased to offer a migration opportunity to the Seychelles », indique la compagnie, avant d’inviter ses clients à déplacer leur structure : « Move your Mauritius Authorised Company to a Seychelles International Business Company (IBC). »
Pour rendre cette migration encore plus attractive, Abacus affirme qu’elle renoncera à ses propres frais professionnels d’incorporation. « We will waive our professional incorporation fees », précise le courriel.
Au moment du transfert, les clients n’auraient ainsi à régler que les frais gouvernementaux et les débours. « You will only be required to pay government fees and disbursement costs », ajoute la compagnie.
Les frais ordinaires de renouvellement et de maintien de l’IBC seychelloise ne commenceraient à s’appliquer qu’à partir du 1er janvier 2027.
Cette démarche constitue un premier signal concret des effets redoutés par les professionnels mauriciens. La hausse des frais décidée à Maurice ne relève plus d’une simple question réglementaire interne. Elle devient désormais un argument commercial utilisé par une juridiction concurrente pour convaincre les entreprises de quitter le centre financier mauricien.
Les chiffres permettent de mesurer l’écart. À Maurice, les frais gouvernementaux annuels d’une Authorised Company passent de 350 à 1 400 dollars, tandis que les frais de traitement augmentent de 150 à 600 dollars. Dans les deux cas, la hausse atteint 300 %.
Lorsqu’un groupe décide de transférer son Authorised Company, il peut être tenté de déplacer en même temps ses trusts, ses Global Business Companies...»
Le coût réglementaire annuel total d’une Authorised Company mauricienne s’élèverait désormais à environ 2 000 dollars. Aux Seychelles, le coût annuel total d’une IBC est estimé à 270 dollars. Maurice devient ainsi près de sept fois plus chère que sa concurrente régionale.
La comparaison avec d’autres juridictions n’est guère plus favorable. Le coût annuel total est évalué à 410 dollars aux Îles Vierges britanniques, à 901 dollars au Delaware et à 1 768 dollars à Ras Al Khaimah, aux Émirats arabes unis.
Parmi les juridictions citées, Maurice affiche donc le coût réglementaire le plus élevé. Cette situation pourrait inciter les investisseurs à privilégier des centres financiers proposant des structures similaires à des tarifs nettement inférieurs.
L’enjeu est considérable, puisque plus de 6 300 Authorised Companies opèrent actuellement à Maurice. Ces structures sont utilisées notamment pour la gestion de patrimoine privé, les investissements tournés vers l’Afrique, le commerce international, les sociétés de portefeuille et l’organisation de groupes transfrontaliers.
Elles complètent également le régime des Global Business Licences en répondant aux besoins des structures qui ne recherchent ni la résidence fiscale mauricienne ni l’accès aux conventions fiscales.
Une migration significative de ces sociétés pourrait entraîner une baisse des recettes publiques. Les opérateurs évoquent une exposition potentielle d’environ 2,5 millions de dollars de revenus gouvernementaux. Ils évoquent également une baisse éventuelle des investissements directs étrangers (FDI) d’environ 10 millions de dollars.
La hausse des frais pourrait ainsi produire un résultat opposé à celui recherché : en voulant augmenter les montants perçus par société, les autorités risqueraient de provoquer des départs et, à terme, une diminution des recettes globales.
Selon des opérateurs, les conséquences pourraient aller bien au-delà des seuls frais versés à l’État. Les Authorised Companies alimentent tout un écosystème comprenant les banques, les management companies, les cabinets juridiques, les comptables, les auditeurs, les administrateurs de sociétés et les activités de change. Leur départ pourrait ainsi réduire les transactions bancaires, les honoraires professionnels, les revenus administratifs et les entrées de devises étrangères.
Le risque d’un effet domino est également soulevé. Lorsqu’un groupe décide de transférer son Authorised Company, il peut être tenté de déplacer en même temps ses trusts, ses Global Business Companies, ses fonds d’investissement et ses autres véhicules financiers. Maurice pourrait donc perdre non seulement une société, mais plusieurs structures liées au même groupe.
L’offensive d’Abacus donne ainsi un contenu immédiat aux craintes de délocalisation. Les Seychelles ne se contentent plus de proposer des frais plus bas. Elles s’adressent directement aux clients mauriciens, prennent en charge une partie du coût de leur migration et utilisent la hausse décidée à Maurice pour renforcer leur propre positionnement. Pour le centre financier mauricien, l’alerte est désormais bien réelle.