Hassan Alibakhshi ambassadeur sortant de l’Iran à Maurice : «Le peuple iranien est debout, l’ennemi est entré dans un bourbier»
Par
Eshan Dinally
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Eshan Dinally
Dans une interview exclusive accordée à l’hebdomadaire Star, dimanche, Hassan Alibakhshi ambassadeur sortant de l’Iran à Maurice, actuellement à Téhéran, livre avant tout un récit de résistance. Lorsqu’il parle de l’Iran, ce n’est ni d’un pays brisé ni d’une nation à bout de souffle qu’il dresse le portrait. Bien au contraire. Il estime que l’Iran a déjà gagné la bataille.
Pour Hassan Alibakhshi, il n’y a ni ambiguïté ni nuance possible sur la lecture iranienne du conflit en cours : son pays n’est pas l’agresseur, mais la cible d’une guerre qui lui a été imposée. Tout de même, dit-il, les États-Unis et Israël « sont très étonnés de voir cette résistance et cette riposte iraniennes. Pas de peur, pas de panique : le peuple est debout. L’ennemi est entré dans un bourbier ». « Nous avons déjà gagné la bataille et les agresseurs ont beaucoup perdu. Aujourd’hui, ils cherchent une sortie honorable. Ils sont sous pression interne et externe, parce qu’ils ont créé beaucoup de problèmes pour leur pays et pour le monde », ajoute-t-il.
Le diplomate déroule un discours de résistance, de souveraineté et de contre-offensive, en présentant l’Iran comme un « peuple debout », convaincu de vivre une séquence historique majeure. À ses yeux, cette guerre ne fragilise pas Téhéran. Elle le soude, le radicalise et pourrait même, selon lui, renforcer sa place dans le nouvel équilibre régional.
Cette image d’un Iran soudé face à l’épreuve revient avec insistance. Pour Hassan Alibakhshi, la menace extérieure agit comme un puissant facteur de cohésion nationale. Il explique qu’en Iran, lorsqu’un danger étranger surgit, « on oublie les différends et on se rassemble unanimement pour défendre l’intérêt national et l’intégrité territoriale du pays ».
L’ambassadeur va même plus loin en décrivant un peuple mu par la dignité et par une mémoire historique profonde. « Les Iraniens sont très sensibles à leur dignité. Ils ne supportent pas l’agression ni le complot étranger », dit-il. Cette phrase est centrale, car elle éclaire la grille de lecture qu’il propose : pour lui, le comportement du peuple iranien ne se comprend pas seulement à travers l’actualité militaire, mais aussi à travers un sentiment national ancien, forgé par l’histoire, les pressions extérieures et la volonté de ne pas céder.
C’est dans ce même registre qu’il évoque l’attachement viscéral au territoire. Il rapporte ce slogan repris dans les manifestations : « Nous donnons notre sang, mais nous ne donnons pas notre sol. » La formule est forte. Elle résume à elle seule l’idée qu’il veut transmettre : celle d’un peuple prêt au sacrifice, mais pas à l’abandon. Le sol iranien, dans son discours, n’est pas simplement un espace géographique, il devient le symbole de l’honneur national et de la continuité historique du pays.
Hassan Alibakhshi décrit également une mobilisation populaire presque permanente. Selon lui, « toutes les places publiques du pays sont envahies, nuit et jour, par des Iraniens de tous bords ». Cette image d’un peuple présent dans l’espace public, en masse, sert son argument principal : l’Iran, tel qu’il le raconte, ne serait pas un pays replié dans la peur, mais une société mobilisée, vigilante et engagée dans une forme de défense collective.
Quand il parle des citoyens ordinaires qu’il rencontre à Téhéran, le diplomate insiste sur leur détermination. Il affirme que « la plus grande partie des Iraniens » qu’il voit « quotidiennement» demandent la poursuite de la bataille, parlent de vengeance et souhaitent en finir avec les menaces extérieures. Même s’il reconnaît qu’ils ont subi « des pertes morales et matérielles », il soutient que leur volonté ne s’effrite pas. Au contraire, dit-il, « chaque jour leur enthousiasme pour une victoire finale augmente ».
Cette vision débouche sur une lecture presque héroïque du moment actuel. L’ambassadeur parle d’« un tournant décisif de l’histoire de l’Iran et de notre région ». Il dit voir « des scènes exceptionnelles et exemplaires », évoque des gens qui « se précipitent pour donner leur vie et leur sang », et insiste sur « une solidarité et une cohésion très fortes ».
Ce portrait repose aussi sur une certaine idée de l’identité iranienne. Hassan Alibakhshi rappelle que l’Iran est « une civilisation millénaire ». Cette référence n’est pas anodine. Elle inscrit la résistance actuelle dans une continuité historique longue. L’Iran qu’il décrit n’est pas une construction politique récente ou fragile, c’est un vieux pays, une vieille nation, consciente de son rang, de son passé et de sa capacité à encaisser les chocs sans se renier.
Même sur le plan économique, là où d’autres verraient une vulnérabilité, lui parle de résilience. Il affirme que malgré « une accumulation de sanctions occidentales », le pays a continué à progresser. Il soutient que « le pays est riche » et que les blocus n’ont pas produit les effets espérés par ses adversaires. Le récit de Hassan Alibakhshi est celui d’un Iran non pas affaibli par la guerre, mais renforcé dans sa conscience de lui-même. « Le peuple iranien résiste héroïquement », dit-il.
Autre enseignement de cet entretien : l’Iran, par la voix de son ambassadeur, ne ménage pas plusieurs pays arabes du Golfe. Hassan Alibakhshi affirme que Téhéran leur avait demandé de « ne pas faciliter l’agression américano-israélienne » et d’appliquer « véritablement le bon voisinage ». Selon lui, certains ont non seulement ignoré cet appel, mais « encouragent et financent les opérations ». Il les accuse même d’être devenus « l’arrière-base de nos ennemis ».
La conséquence, dans son raisonnement, est limpide : « C’est eux qui ont mis en danger notre sécurité ». Autrement dit, Téhéran justifie aussi par là l’extension de sa logique de représailles dans l’espace régional.
L’un des passages les plus sensibles de cet entretien concerne Diego Garcia, territoire mauricien au cœur des enjeux militaires dans l’océan Indien. Sur l’éventualité d’une frappe iranienne contre l’île, Hassan Alibakhshi reste d’abord prudent. Il déclare que « l’affirmation selon laquelle des missiles balistiques iraniens auraient été tirés sur l’île de Diego Garcia n’a été mentionnée dans aucune déclaration officielle des forces armées iraniennes » et qu’« aucun responsable iranien n’a confirmé cette opération ». Conclusion : « Dans ma position, je ne peux pas confirmer cette information. »
Mais la prudence s’estompe lorsqu’il est interrogé sur l’avenir. Là, le diplomate rappelle la doctrine iranienne telle qu’il la présente : « On frappe là où l’on est frappé, et sans distinction ». Et il poursuit par une phrase d’une extrême gravité : « On peut frapper le sol d’Israël, mais pas le sol américain. Donc, on est obligé de frapper les positions que les Américains utilisent pour nous frapper. » Avant de résumer cette logique par une formule implacable : « Œil pour œil, dent pour dent ».