Hadj 2026 – Le président de l’Islamic Cultural Centre dénoncé à la FCC : des «complementary visas» pour son épouse et son fils
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Deux visas, deux membres d’une même famille et une question désormais soumise à la Financial Crimes Commission : par quelle démarche précise Shabana Ayoob Saab, l’épouse, et Mohummad Sajjad Ayoob Saab, le fils du président de l’Islamic Cultural Centre, Shamad Ayoob Saab, les ont-ils obtenus ? Un dossier a été transmis à la Commission.
Un dossier accompagné de plusieurs documents a été adressé cette semaine à la Financial Crimes Commission. Il réclame l’ouverture d’une enquête sur l’origine de deux visas délivrés, pour le Hadj 2026, à l’épouse et au fils de Shamad Ayoob Saab, président de l’Islamic Cultural Centre et responsable de l’organisation du pèlerinage. Les dénonciateurs demandent notamment d’établir s’ils proviennent de la demande de cinq visas additionnels formulée par le président auprès de l’ambassade d’Arabie saoudite. Dans le cas contraire, la FCC est appelée à déterminer par quel autre canal ces deux « complementary visas » ont été obtenus.
Les dénonciateurs évoquent un possible usage de l’autorité officielle pour faire bénéficier des proches d’une faveur. Ils demandent à la Commission de ne pas s’arrêter à l’existence des visas, mais d’en retracer l’origine exacte. Leur demande d’enquête repose sur deux hypothèses.
Soit ces deux visas proviennent des cinq visas additionnels réclamés par le président, Shamad Ayoob Saab, à l’ambassade d’Arabie saoudite pour renforcer l’équipe mauricienne du Hadj. Soit ils ont été obtenus par une autre voie. Dans ce second cas, les dénonciateurs demandent à la FCC d’établir d’où venaient ces deux visas complémentaires, qui les avait sollicités, sous quelle autorité et pour quel motif. C’est autour de cette question que tout le dossier s’organise.
Deux documents versés au dossier comportent des références précises. Le premier visa a été délivré à Shabana Ayoob Saab, épouse du président de l’ICC. Il porte le numéro 6166204455 et est valide à partir du 20 avril 2026. Le second a été accordé à Mohummad Sajjad Ayoob Saab, fils de Shamad Ayoob Saab. Il porte le numéro 6166280606 et est valide à partir du 24 avril 2026. Les dénonciateurs demandent à la FCC de retracer le parcours administratif de chacun de ces visas.
Ils veulent savoir à quelle date les demandes individuelles ont été préparées, qui a transmis les passeports, qui a rempli les formulaires, quelle autorité a validé les noms et sous quelle catégorie les visas ont été émis. Ils demandent également que soit établie la nature exacte de ces documents : s’agissait-il de visas ordinaires de pèlerinage ou de visas additionnels obtenus pour les besoins de l’équipe administrative mauricienne ? Cette distinction est essentielle, car la justification avancée pour obtenir des visas supplémentaires était liée au renforcement de la mission officielle du Hadj.
Trois jours avant l’entrée en validité du visa accordé à son épouse, Shamad Ayoob Saab avait lui-même écrit à l’ambassadeur du Royaume d’Arabie saoudite à Maurice, Fayez Meshel Altemyat. La lettre est datée du 17 avril 2026. Elle est rédigée sur du papier à en-tête de l’Islamic Cultural Centre et porte la signature du président.
Dans cette correspondance, Shamad Ayoob Saab rappelle que 15 visas avaient déjà été accordés à l’équipe administrative chargée d’accompagner les pèlerins mauriciens. Il en sollicite cinq supplémentaires. La justification est formulée sans ambiguïté : « These extra visas would enable us to strengthen the core team deployed in Saudi Arabia to better supervise and support the Mauritian pilgrims. » Le président indique ainsi que les visas additionnels doivent servir à renforcer l’équipe centrale déployée en Arabie saoudite afin d’améliorer la supervision et l’assistance accordées aux pèlerins mauriciens.
Il demande à l’ambassadeur saoudien d’intervenir auprès du ministère du Hadj et de l’Omra pour faciliter leur délivrance.
La démarche est officielle. Elle est faite au nom de l’ICC. Elle porte la signature de son principal responsable. Elle invoque les besoins de la mission mauricienne. Les dénonciateurs demandent maintenant à la FCC de déterminer si les visas accordés à Shabana Ayoob Saab et à Mohummad Sajjad Ayoob Saab faisaient partie de ce contingent de cinq visas supplémentaires.
C’est la première question de fond soumise à la Commission. La lettre du président est datée du 17 avril. Le visa de son épouse est valide à partir du 20 avril. Celui de son fils entre en validité le 24 avril. Les dénonciateurs demandent à la FCC de comparer les références, les dates, les listes de bénéficiaires et les échanges avec l’ambassade pour établir si les deux visas sont directement issus de la démarche du 17 avril. Ils veulent notamment savoir si les noms de l’épouse et du fils figuraient déjà parmi les cinq bénéficiaires envisagés lorsque la demande officielle a été rédigée.
La lettre adressée à la FCC formule l’un des points de cette manière : « Whether the Chairman requested the five additional visas with the prior knowledge or intention that two of them would be allocated to his wife and son. » Les dénonciateurs demandent ainsi de déterminer si la demande de cinq visas additionnels avait, dès son origine, pour effet ou pour objet de réserver deux places à l’épouse et au fils du président. Ils réclament la liste complète des cinq bénéficiaires initiaux, avec les dates auxquelles les noms ont été proposés, ajoutés et approuvés.
L’autre possibilité doit également être examinée. Si les visas délivrés à Shabana Ayoob Saab et à Mohummad Sajjad Ayoob Saab ne faisaient pas partie des cinq visas réclamés par le président, les dénonciateurs demandent à la FCC d’en établir la provenance. Qui avait alors demandé ces deux « complementary visas » ? L’ICC avait-il adressé une autre correspondance ? Une demande séparée avait-elle été formulée auprès de l’ambassade saoudienne ? Une autre autorité mauricienne ou saoudienne était-elle intervenue ? Les visas avaient-ils été accordés dans le cadre d’un autre quota ou relevaient-ils d’une autre catégorie ?
La question ne peut, selon les dénonciateurs, rester sans réponse. Deux visas avaient été délivrés à des proches du président. Leur origine administrative doit donc pouvoir être retracée à travers un document, une liste, une demande ou une instruction.
Les dénonciateurs veulent que la Commission établisse le rôle exact du président, Shamad Ayoob Saab, dans le processus. Ils demandent s’il a personnellement proposé, sélectionné, recommandé ou approuvé son épouse et son fils comme bénéficiaires. La lettre soumise à la FCC formule ce point ainsi : « Whether the Chairman personally proposed, selected, recommended, approved or instructed that his wife and son be included among the five beneficiaries of the additional Hajj visas. »
La Commission est donc appelée à vérifier si le président a donné des instructions pour que leurs noms soient ajoutés à une liste, si leurs dossiers ont été préparés sous son autorité et s’il en a facilité le traitement. Les dénonciateurs demandent aussi si le lien familial avait été déclaré au conseil d’administration de l’ICC, au ministère responsable du Hadj, à l’ambassade d’Arabie saoudite ou aux autorités ayant examiné les demandes. Ils souhaitent enfin savoir si Shamad Ayoob Saab s’était retiré du processus au moment où les dossiers de son épouse et de son fils étaient traités.
Pour retrouver l’origine de ces deux visas au cœur de la dénonciation, les dénonciateurs demandent à la FCC de suivre leur parcours documentaire. Qui a recueilli les passeports de Shabana Ayoob Saab et de Mohummad Sajjad Ayoob Saab ? Qui a préparé leurs demandes ? Qui a transmis les formulaires ? Qui a fourni les pièces justificatives ? Qui a communiqué avec l’ambassade ? Qui a assuré le suivi jusqu’à la délivrance ?
La Commission est invitée à vérifier si Shamad Ayoob Saab a autorisé, facilité ou fait accélérer le traitement des dossiers. Les dénonciateurs réclament pour cela l’examen des courriels, des messages WhatsApp, des notes internes et des instructions données au sein de l’ICC. Ils demandent également que soient examinés les échanges entre le président, l’ICC, l’ambassade d’Arabie saoudite et le ministère saoudien du Hadj et de l’Omra.
Le dossier adressé à la FCC évoque un possible « alleged use of official position », soit l’utilisation alléguée d’une fonction officielle. Les dénonciateurs demandent à la Commission d’établir si l’autorité du président, sa position à la tête de l’ICC et son accès aux canaux diplomatiques ont joué un rôle dans l’obtention des deux visas. Le cœur de leur demande est résumé ainsi : « It concerns an official request personally made under the authority of the Chairman, for a stated public and operational purpose, from which two members of his immediate family allegedly stood to benefit. »
La Commission est donc appelée à vérifier si une démarche présentée comme nécessaire à une mission officielle a procuré un avantage à deux membres de la famille immédiate de celui qui l’avait engagée. Les dénonciateurs demandent aussi de déterminer si ces deux personnes auraient pu obtenir les mêmes visas sans l’intervention, l’autorité ou l’accès institutionnel du président. Ils posent la question en ces termes : « Whether the Chairman’s wife and son would have received the visas without the Chairman’s official request, authority, influence or access to diplomatic and administrative channels. »
L’épouse et le fils du président ne se sont finalement pas rendus en Arabie saoudite dans le cadre de cette mission. Selon les éléments soumis à la FCC, une intervention en haut lieu aurait eu lieu après la délivrance des visas. Cette intervention aurait visé à éviter une polémique autour de la participation de deux proches du président à une mission constituée au moyen de visas officiellement sollicités par celui-ci.
Les dénonciateurs demandent à la FCC d’identifier la personne ou l’autorité qui est intervenue, la date de cette intervention et les motifs invoqués.Mais cette intervention pose une autre question : qu’est-il advenu des visas ? Ont-ils été annulés ? Ont-ils été retirés ? Ou ont-ils simplement été laissés inutilisés ? Pour les dénonciateurs, le non-départ des deux proches ne met pas fin au dossier. Ils écrivent : « The fact that the Chairman’s wife and son may ultimately have been prevented from travelling should not, in itself, bring the matter to an end. » Le voyage a été abandonné, mais les visas avaient déjà été délivrés. C’est cette étape qu’ils demandent à la FCC d’examiner. Avant l’abandon du voyage, les dossiers avaient été préparés, les demandes avaient été transmises, les autorisations avaient été obtenues et deux numéros de visa avaient été attribués.
La suite du dossier dépend désormais de la Financial Crimes Commission. Si elle décide de donner suite à la dénonciation, l’enquête devra remonter toute la chaîne ayant conduit à l’octroi des deux visas, depuis la demande officielle jusqu’à leur délivrance. Les responsables de l’ICC impliqués dans le traitement du dossier pourraient alors être appelés à fournir leurs explications et à remettre les documents réclamés. Le président, signataire de la demande adressée à l’ambassade saoudienne, devrait figurer au centre de ces vérifications.
Dans un souci d’équilibre, nous avons sollicité la version du président de l’ICC, Shamad Ayoob Saab, sur les éléments soulevés dans ce dossier. Un questionnaire lui a été adressé afin qu’il puisse préciser l’origine des deux visas accordés à son épouse et à son fils et indiquer s’ils faisaient partie des cinq visas additionnels qu’il avait sollicités auprès de l’ambassade d’Arabie saoudite.
Nous lui avons également demandé de préciser le rôle qu’il avait joué dans la sélection des bénéficiaires, les fonctions que ses deux proches devaient exercer au sein de la mission mauricienne du Hadj, ainsi que les critères ayant conduit à leur désignation.
Parmi les autres questions soumises figuraient la déclaration éventuelle du lien familial, la transmission des passeports et des formulaires, la prise en charge prévue des frais, ainsi que le statut final des visas après l’abandon du voyage.
Au moment de mettre sous presse, le président de l’ICC n’avait pas répondu à nos questions.