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Guerre, flambée du pétrole, défis économiques…Maurice peut-il encore se permettre des tensions politiques ?

Par Christina Vilbrin
Publié le: 17 mars 2026 à 11:29
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guerre

Les tiraillements politiques entre les Mauves et les Rouges interviennent au pire moment : alors que la guerre au Moyen-Orient fait grimper le prix du pétrole et accentue les incertitudes économiques, de nombreux observateurs avertissent que le pays ne peut pas se permettre d’instabilité au sommet. Pour eux, l’heure est aux décisions fortes pour protéger l’économie et rassurer la population.

3 fois en presque 4 mois 

C’est la 3e fois en presque quatre mois que Paul Bérenger menace de quitter le gouvernement. En novembre et janvier, après des tensions et des déclarations fortes, il a choisi de rester.

Ces dates où il a décidé de rester 

  • 19 novembre 2025
  • 17 janvier 2026
  • 17 mars 2026 : c’est à cette date qu’il devrait communiquer sa décision finale. 

Ces épées de Damoclès qui pèsent sur le pays

Ces tensions politiques entre partenaires mauves et rouges surviennent à un moment particulièrement délicat pour le pays. Alors que Maurice fait déjà face à plusieurs défis économiques, la guerre au Moyen-Orient est venue aggraver une situation déjà fragile. Ses répercussions pourraient peser lourdement sur plusieurs indicateurs économiques et sur le quotidien des Mauriciens.

Ces défis qui nous guettent 

  • La guerre au Moyen-Orient et son impact sur l’économie mondiale.
  • La flambée du gaz et du pétrole : le baril du Brent oscillait autour de 100 dollars ce lundi 16 mars, contre 72,48 dollars avant le conflit. 
  • Des risques de pénuries et de perturbations dans l’approvisionnement en produits pétroliers, en denrées alimentaires et en médicaments, avec le blocage du détroit d’Ormuz.
  • Une hausse généralisée des prix avec l’augmentation du coût du fret maritime.
  • Une montée de l’inflation et une érosion du pouvoir d’achat des Mauriciens si la guerre s’intensifie.
  • Un ralentissement possible de la croissance économique.
  • Un creusement du déficit commercial si la facture pétrolière et alimentaire s’alourdisse si la guerre perdure.
  • La perturbation du trafic aérien, la hausse du prix des billets d’avion et les annulations de voyages, qui pourraient pénaliser le tourisme mauricien.
  • Moody’s qui surveille le niveau de la dette du pays.

Regard des observateurs économiques et politiques sur les tensions actuelles  

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dharam

Dharam Fokeer : « La conjoncture économique actuelle exige une solidarité de toute la population. Avec les tensions liées à la situation avec l’Iran, les semaines à venir risquent d’être très difficiles. L’homme de la rue ne comprend pas forcément les mécanismes de l’économie, mais il sait qu’il va ressentir les conséquences de cette guerre. Dans un tel contexte, on ne peut pas parler sans cesse de séparation au sein du gouvernement. Depuis novembre, on entend les mêmes menaces. Cette situation ne peut pas durer. On ne peut pas gouverner un pays de cette manière. Si c’était Sir Anerood Jugnauth au pouvoir, il aurait réglé la question depuis longtemps. Cela dit, je comprends la position de Navin Ramgoolam, qui ne veut pas mettre Paul Bérenger dehors. Si quelqu’un veut partir, qu’il parte de lui-même. Selon moi, Bérenger cherche surtout à susciter de la sympathie. Il aurait peut-être même souhaité que Navin Ramgoolam le mette dehors. Par ailleurs, ce n’est pas la première fois que Paul Bérenger envisage ou quitte une coalition. Il l’a fait en 1983, en 1993 et aujourd’hui on retrouve la même situation. La seule fois où il est resté durablement dans une alliance, c’était avec Sir Anerood Jugnauth, lorsqu’il avait l’assurance de devenir Premier ministre après trois ans. Pour revenir aux tensions actuelles, les militants avec qui je suis en contact ne sont pas d’accord avec ce que Paul Bérenger est en train de faire. Si une cassure devait se produire, le MMM se retrouverait, selon eux, dans une situation très difficile sur le terrain. Je suis convaincu que si une assemblée des délégués était convoquée aujourd’hui, elle donnerait le même signal que celui du comité central en février. Par ailleurs, l’appel lancé par Navin Ramgoolam le 12 mars - lorsqu’il a affirmé qu’il ne faut pas qu’il y ait des divisions en période de difficultés économiques – semble être un message adressé à Paul Bérenger. Pour ma part, je demanderais à Navin Ramgoolam de ne pas abandonner le ministère des Finances. Dans la situation actuelle, il doit garder les rênes et gérer l’économie du pays. »

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tahir

Tahir Wahab : « Le monde traverse actuellement une période particulièrement incertaine et volatile. Dans ce contexte, Maurice doit impérativement projeter une image de stabilité afin d’attirer les investisseurs. Alors que de nombreux investisseurs cherchent à quitter le Moyen-Orient, c’est pour nous une occasion de démontrer que notre île peut leur offrir un environnement sûr et stable. Les tensions au sein du gouvernement devraient être réglées avec davantage de communication, mais aussi à travers un plan d’action concret assorti d’échéances claires. Ce serait un signal fort envoyé aux investisseurs qui envisagent de s’implanter à Maurice. Par ailleurs, pour attirer les investissements, il est essentiel de démontrer une bonne gouvernance au sein de nos institutions, et surtout au niveau du gouvernement. C’est cette confiance que recherchent les investisseurs avant de prendre la décision de s’installer dans un pays. Le signal doit venir d’en haut. Dans une période de crise comme celle-ci, il est important d’afficher de la stabilité. Les conflits internes n’envoient pas un message positif, surtout lorsqu’ils pourraient être résolus avec une certaine concession, dans l’intérêt supérieur du pays. Aujourd’hui, l’intérêt de Maurice et celui de la population doivent primer, surtout dans un contexte aussi incertain. »

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Clensy Appavoo : « Je ne pense pas que ce soit du tout le moment pour avoir des tensions politiques. Les dirigeants du pays doivent consacrer toute leur attention à une situation économique qui devient chaque jour plus complexe et plus incertaine. Les querelles politiques et les malentendus entre partenaires devraient passer au second plan. La priorité doit être de voir comment sécuriser notre approvisionnement en produits pétroliers, et de gérer la situation au niveau de l’alimentation. Les bateaux risquent de ne pas venir ou d’arriver en retard sans compter que les coûts du fret vont flamber. C’est un problème majeur et cela devrait être la priorité du moment. Les questions politiques - partir ou rester au gouvernement - doivent passer au second plan. Il faut des solutions politiques et économiques pour garantir la sécurité de l’approvisionnement en produits pétroliers et en denrées alimentaires, gérer les problèmes qui vont surgir dans le sillage de cette guerre et surtout rassurer la population. Des mesures doivent être prises dans ce sens. La population doit sentir que l’on s’occupe d’elle. Il n’y a pas de place pour des querelles internes entre partis politiques. »

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Dan Maraye : « Des tensions politiques sont toujours néfastes pour l’avancement d’un pays. Des politiciens responsables devraient en être conscients. D’ailleurs, la situation dans laquelle nous nous trouvons aujourd’hui est le résultat de certains mécontentements au sein de l’équipe dirigeante du pays au cours des douze derniers mois. Aussi longtemps que l’équipe dirigeante ne regardera pas dans la même direction et n’accordera pas ses violons, tous nos compatriotes en souffriront, surtout ceux au bas de l’échelle. L’harmonie des objectifs des partis politiques au pouvoir est une condition indispensable au bien-être de l’ensemble de la population. »

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Nalini Burn : « Lorsqu’il y a des tensions, il faut d’abord regarder ce qui se cache réellement derrière celles-ci. Il peut s’agir d’éléments superficiels, de querelles politiciennes ou d’enjeux purement politiques. Actuellement, dans le pays, de nombreux dossiers importants restent en souffrance. Les questions géopolitiques rendent la situation encore plus interpellante et critique. Mais que se cache-t-il réellement derrière ces tensions ? Avons-nous la capacité et les moyens d’y faire face ? Avons-nous surtout la volonté d’agir ? Certains évoquent la nécessité de changer la manière de faire et de renforcer nos moyens d’action. D’autres disent qu’il faut être soudés, mais soudés pour faire quoi exactement ? Si nous ne nous donnons pas les moyens nécessaires, nous ne pourrons pas affronter efficacement les défis géopolitiques ni les crises multiples auxquelles nous faisons face, plus récemment celles liées au changement climatique qu’on a vu ce week-end à Rodrigues. Sommes-nous réellement outillés avec la résilience et les mécanismes nécessaires pour répondre à ces défis et régler nos problèmes ? Lorsque l’on observe ce cycle répétitif - où l’on dit tour à tour que tout va bien on va rester au gouvernement ou que tout va mal on ne va pas rester- cela ne nous fait pas avancer. La véritable question est de savoir ce qui se passera ensuite, qu’il y ait rupture ou non, et qui prendra réellement les choses en main. Ce qui est le plus regrettable, c’est que beaucoup avaient placé leurs espoirs dans un changement capable de mobiliser les citoyens désireux d’agir. Or, ces énergies sont souvent mises de côté, éclipsées par des querelles de palais. Pourtant, nous avons besoin d’une véritable transformation. Depuis le départ, on ne la voit pas venir. Beaucoup de citoyens se sentent aujourd’hui désemparés face à l’ampleur des crises. Et ces crises politiques ne peuvent certainement pas être résolues de cette manière. » 

Ce que devraient être les priorités du pays, selon…

  • …Dharam Fokeer : « La priorité, c’est l’économie du pays. Le gouvernement a été élu avec un 60-0 et a bénéficié d’une immense confiance de la population. On ne peut pas décevoir et abandonner cette confiance aujourd’hui. Ce n’est pas possible. »
  • …Tahir Wahab : « Les priorités doivent être principalement d’améliorer le pouvoir d’achat des Mauriciens, d’attirer davantage d’investissements et de créer de nouveaux piliers pour l’économie. »
  • …Clensy Appavoo : « La priorité, c’est la gestion de l’économie et des crises qui s’annoncent. Ce n’est que le début. La flambée du pétrole aura un effet domino qui touchera d’autres secteurs, notamment l’alimentation, les médicaments et bien d’autres domaines. La situation est assez dramatique. Il ne faut pas s’endormir sur nos lauriers, mais agir rapidement et de manière décisive sur le plan économique. »
  • …Nalini Burn : « La gouvernance est la priorité des priorités. Sans une gouvernance solide et transparente, on ne pourra pas résoudre les problèmes auxquels le pays est confronté. Il faut repenser la manière de gouverner pour mieux faire face aux défis. »
  • …Dan Maraye : « Il est indispensable qu’on ait des ministres honnêtes et compétents à plein temps fonctionnant en toute transparence car ils sont redevables envers tous les Mauriciens. » 
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