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Guerre au Moyen-Orient : des opérateurs touristiques s’adaptent entre hausse des coûts aériens et clients hésitants

Par Leena Gooraya-Poligadoo
Publié le: 4 May 2026 à 14:30
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Isabelle Descroizilles, directrice générale de MJ Holidays. Eva Naidu de Legend Hill.  Désiré Elliah de Lux Island Resorts.
Isabelle Descroizilles, directrice générale de MJ Holidays. Eva Naidu de Legend Hill. Désiré Elliah de Lux Island Resorts.

Face aux tensions au Moyen-Orient, le secteur touristique mauricien avance avec prudence. Malgré perturbations et coûts en hausse, la destination Maurice séduit toujours et enregistre une progression des arrivées.

La situation au Moyen-Orient continue d’avoir des répercussions directes et indirectes sur le tourisme mauricien, principalement à travers les perturbations du transport aérien et les fluctuations des coûts des billets. Isabelle Descroizilles, directrice générale de MJ Holidays, souligne un impact immédiat lors de l’escalade du conflit.  « Nous avons subi des annulations immédiatement après l’arrêt des vols en provenance de Dubai, et dans certains cas des reports de date de séjour. Un net ralentissement des confirmations a été constaté au début du conflit, même si la demande a repris depuis », indique-t-elle. 

Elle insiste également sur la sensibilité accrue des familles face à la hausse des prix aériens. « Chaque centaine d’Euro de plus sur le prix du billet est multipliée par le nombre de voyageurs et cela pèse lourd dans le budget », explique-t-elle. 

Du côté de Legend Hill, Eva Naidu nuance l’impact, estimant qu’il reste contenu, mais perceptible. « À ce stade, l’impact direct sur nos activités reste modéré, mais bien perceptible sur la destination. La situation géopolitique au Moyen-Orient a surtout affecté l’industrie touristique à travers des perturbations du transport aérien et une certaine prudence des voyageurs », fait-elle ressortir. 

Elle note toutefois un changement de comportement. « Nous observons davantage de réservations de dernière minute et quelques hésitations de la part de certains marchés, notamment ceux du GCC (Arabie saoudite, Oman, le Koweït, Bahreïn, les Émirats arabes unis et le Qatar) », soutient-elle. 

Pour le groupe Lux Island Resorts, l’impact varie selon les destinations. Dans un communiqué, son CEO, Désiré Elliah précise : « La guerre au Moyen-Orient n’a pas eu d’impact significatif sur notre chiffre d’affaires à Maurice et à La Réunion à ce stade, tandis que les Maldives ont été davantage touchées ».

Une demande toujours présente

Les opérateurs touristiques constatent une évolution du comportement des voyageurs, marquée par l’incertitude et l’hésitation, mais sans effondrement de la demande. Pour MJ Holidays, Isabelle Descroizilles met en avant deux tendances opposées. « Difficile à dire, et pourtant la demande est là, mais les clients mettent plus de temps à se décider. Deux phénomènes sont observés : la tendance à la dernière minute… L’autre tendance est au contraire la réservation très en avance », affirme-t-elle. Cette dualité traduit un climat d’attentisme, influencé par les incertitudes économiques et géopolitiques.

Du côté de Legend Hill, la prudence domine également les prévisions, même si des signaux positifs existent. « Les perspectives restent étroitement liées à l’évolution du contexte géopolitique. Si la situation se stabilise, nous pouvons nous attendre à une reprise progressive de la confiance et des réservations », explique Eva Naidu. Elle ajoute toutefois, « nous continuons d’enregistrer des réservations pour le mois de mai et de nouvelles collaborations sont en cours de signature ».

Pour Lux Island Resorts, les indicateurs financiers restent solides malgré la prudence du marché. « Les réservations anticipées pour le dernier trimestre sont en baisse par rapport à 2025. L’impact final dépendra de la gravité et de la durée du conflit », précise Désiré Elliah. Le groupe reste néanmoins confiant. « Nous prévoyons que l’exercice se terminant le 30 juin 2026 sera au moins à la hauteur des résultats de l’année dernière », explique-t-il.

Les marchés les plus touchés 

La hausse des prix du transport aérien ne touche pas tous les marchés de la même manière, certains étant plus sensibles aux variations tarifaires ou aux connexions via le Moyen-Orient. Isabelle Descroizilles identifie un marché particulièrement affecté. « La France, pourtant l’une des destinations les mieux desservies par voie aérienne, traverse actuellement une certaine morosité. Cet été, de nombreux Français semblent privilégier des vacances dans leur propre pays », souligne-t-elle.

Chez Legend Hill, l’analyse est plus segmentée. « Les marchés les plus touchés sont surtout certains marchés émergents, particulièrement sensibles aux variations de prix. S’y ajoutent ceux fortement dépendants des connexions aériennes via le Moyen-Orient », explique Eva Naidu. 

Elle met en évidence un cas spécifique. « L’Arabie Saoudite, qui affichait jusqu’à récemment une progression très positive d’année en année, enregistre actuellement un ralentissement », indique-t-elle. En revanche, certains marchés montrent une résilience notable. « À l’inverse, le marché britannique montre des signes encourageants de reprise progressive, notamment grâce aux vols directs opérés par British Airways et Air Mauritius », avance notre interlocutrice. 

Malgré ces tensions, les chiffres globaux restent positifs pour Maurice. « 348 000 touristes ont foulé le sol mauricien au cours du trimestre clos le 31 mars 2026, soit une hausse de 6,7 % par rapport à l’année dernière », souligne Désiré Elliah.

Répartition des marchés 

Europe273 989 touristes
Afrique82 878 touristes
Asie37 220 touristes
Source : Statistics Mauritius

En chiffres : une fréquentation en progression

1er janvier – 15 avril 2025386 212 touristes
1er janvier au 15 avril 2026406 808 touristes

Des stratégies d’adaptation pour préserver l’attractivité de la destination

Face à un contexte incertain, les opérateurs touristiques mauriciens multiplient les stratégies pour maintenir la compétitivité et l’attractivité de la destination. Pour MJ Holidays, la priorité est de renforcer la visibilité de Maurice. « Il nous faut exister, occuper l’espace, c’est-à-dire les médias. Nous communiquons le plus possible afin de capter l’attention de ceux qui continuent à se projeter dans leurs prochaines vacances », affirme Isabelle Descroizilles.

Elle souligne également un enjeu structurel majeur. « La question du coût des vacances à l’île Maurice va continuer à se poser de manière plus soutenue, car nos coûts opérationnels vont subir des hausses importantes », fait-elle ressortir. 

Chez Legend Hill, la stratégie repose sur la diversification et la flexibilité. « Les opérateurs touristiques à Maurice adoptent plusieurs stratégies : flexibilité dans les conditions de réservation, diversification des marchés, renforcement de la valeur ajoutée à travers des expériences personnalisées », explique Eva Naidu. Cette dernière insiste aussi sur la coopération sectorielle. « Une collaboration étroite est maintenue avec les partenaires aériens et les tour-opérateurs afin d’optimiser l’offre et de soutenir la demande touristique », dit-elle. 

Malgré les défis, le pays conserve des atouts structurels forts. Isabelle Descroizilles le rappelle : « L’île apparaît encore une fois comme une option pérenne : vols directs, pas de perturbations majeures, destination solide et rassurante ».

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