Gris-Gris : 100 kg de déchets plastiques arrachés à la mer
Par
Jenna Ramoo
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Jenna Ramoo
Entre randonnée guidée et action écologique, les sorties « Enn Ti Balad Ek Yan » mobilisent les Mauriciens. À Gris-Gris, les volontaires ont extrait 100 kilos de déchets, alliant sport et conscience.
Sous le soleil du Sud sauvage, une trentaine de volontaires se sont retrouvés en janvier 2026 pour la première « Ti Balad Ek Yan ». En quelques heures, le constat tombe : près de 100 kilos de déchets ramassés sur la plage de Gris-Gris. Dont 90 % de plastique.
Bouteilles, sacs, objets flottants ramenés par la mer… parfois même des brosses à dents ou des fragments de plastique usés par les vagues. À cela s’ajoutent des canettes de bière et autres détritus. Le plastique est partout, mélangé, abîmé, souvent trop vieux pour être recyclé. « C’est révélateur. Le plastique est partout et finit toujours par se retrouver dans la nature », souligne Yan de Maroussem, randonneur aguerri et ambassadeur de ce projet environnemental soutenu par Small Step Matters, une plateforme de récolte de dons en ligne pour les ONG.
Face à cette montagne de déchets, impossible de faire le tri. « Nous avons déposé les déchets dans les poubelles prévues à cet effet sur la plage de Gris-Gris », explique-t-il. Mais la prochaine étape sera de structurer davantage la collecte en séparant les recyclables. « Idéalement, il faudrait tendre vers le recyclage. Mais pour l’instant, l’essentiel est de ramasser et de sensibiliser. »
Pour comprendre comment Yan en est arrivé là, il faut remonter à 2004. Cette année-là, il revient à Maurice après quatre années passées dans une abbaye en France, plongé dans la théologie et la vie spirituelle. Une retraite qui l’a façonné, lui donnant le goût du silence, de la contemplation et de l’essentiel.
Mais à peine revenu, une évidence s’impose : ce silence, il veut le vivre au cœur des montagnes, des forêts et des rivières de Maurice. Il fonde Yanature et guide ses premiers visiteurs dans les Gorges de la Rivière-Noire, sur la Tourelle de Tamarin, puis sur la montagne du Morne, encore fermée au public à l’époque. Yan ne se contente pas de montrer des paysages, il raconte une histoire, celle d’une île où la nature est mémoire, héritage et avenir.
Il devient aussi l’un des initiateurs du trail à Maurice. En 2012, il réalise le tour de l’île en courant. Treize ans plus tard, en 2025, son amie Tina Staub lui propose de relever à nouveau ce défi en duo. Ensemble, ils s’associent à Small Step Matters. C’est lors de ses échanges avec la manager Marie-Laure Ziss-Phokeer que Yan exprime son attachement viscéral à l’écologie. Elle lui propose alors de devenir ambassadeur.
En 2026, il lance son calendrier de sorties mensuelles : des randonnées guidées qui se terminent par un geste concret, le ramassage de déchets. « L’objectif est de sensibiliser les Mauriciens à la fragilité de leur environnement et à l’importance de garder l’île propre. C’est tellement plus agréable de marcher dans un endroit préservé. »
Grâce à vingt ans d’expérience, Yan encadre les participants sur des parcours accessibles à tous. « Lors de la première sortie, le rythme de la marche était doux, personne n’a eu de difficulté. L’important, c’est que chacun participe à sa manière », raconte-t-il. Les sorties sont limitées à une quarantaine de participants pour garder une ambiance conviviale.
Pendant deux à trois heures, le groupe marche, échange, rit et partage. « Ce n’est pas seulement une activité physique, c’est aussi un moment de communion », dit Yan. Les discussions autour de la protection de l’environnement s’insèrent naturellement dans la marche. Le Sud sauvage, loin du tumulte des villes, offre un cadre idéal. « L’air y est pur, les paysages bruts et majestueux. Chaque geste positif nous fait du bien. »
Pour lui, « Enn Ti Balad Ek Yan » n’est pas seulement une randonnée, ce sont aussi des moments de conscience où l’on se reconnecte à soi-même, aux autres et à notre île. « Maurice est beau mais fragile, et il appartient à chacun de préserver notre pays. »
Il espère que chaque participant deviendra à son tour un ambassadeur. Son ambition : créer un effet boule de neige pour que la sensibilisation se propage et que Maurice continue à briller par sa beauté naturelle. « Ce qui a commencé comme une initiative simple – marcher ensemble et ramasser des déchets – pourrait bien devenir un mouvement plus vaste. J’en suis convaincu. Ces ‘Ti Balad’ ont le potentiel d’inspirer bien au-delà des sorties mensuelles. »
Les randonnées sont ouvertes à tous, sans distinction d’âge ou de niveau sportif. « Même si vous êtes timide ou débutant, venez découvrir », encourage Yan. Les inscriptions se font via la page Facebook de Small Step Matters. Participation : Rs 500 par personne, reversées à parts égales à des ONG comme WeCycle, Hidden Disabilities-Sunflower et Shoals Rodrigues.
La prochaine randonnée de quatre kilomètres est prévue le samedi 28 février à partir de 7 h 45 au Souffleur. Point de ralliement : le poste de police de Savannah.
Pour Yan de Maroussem, « la beauté de Maurice ne se contemple pas seulement, elle se protège, elle se défend, elle se vit ». Et ces 100 kilos de déchets ramassés en une matinée le prouvent : nos actes ont toujours une conséquence. Alors autant que ce soit une conséquence positive.