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Greffe rénale - Nicholas Villeneuve Anaudin : «J’ai eu trois vies»

Par Ajagen Koomalen Rungen 
Publié le: 26 avril 2026 à 18:00
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nicolas
Il dit vivre une vie normale, tout en étant conscient que celle-ci peut basculer à tout moment.

À 17 ans, Nicholas Villeneuve Anaudin entamait un combat acharné contre la maladie rénale. Trois greffes plus tard, ce pionnier de la dialyse à Maurice célèbre la vie avec gratitude.

Nicholas Villeneuve Anaudin a 17 ans lorsque sa vie bascule. Nous sommes alors en 1992. À cet âge, où tout semble possible, où les rêves prennent forme, lui se retrouve confronté à une réalité brutale. Une tension artérielle anormalement élevée alerte les médecins. Les examens s’enchaînent, puis le verdict tombe : un grave problème rénal.

« On m’a dit que mes reins ne fonctionnaient plus correctement. À cet âge-là, on ne comprend pas vraiment ce que cela signifie… mais on sent que quelque chose de grave est en train de se passer », raconte-t-il. 

Très vite, son état nécessite une prise en charge lourde. Nicholas devient l’un des premiers Mauriciens à subir des séances de dialyse, une technique encore peu répandue à Maurice à l’époque. Une machine devient alors son lien avec la vie. « La dialyse, c’est survivre… ce n’est pas vivre. Chaque séance est une épreuve. Mais je n’avais pas le choix. »

Face à l’urgence, un élan de solidarité se met en place. Sa mère prend une décision qui changera à jamais le cours de son existence : elle lui donne un rein. Un geste d’amour absolu. Grâce à la contribution et à la générosité des Mauriciens, Nicholas est envoyé à Cape Town pour subir sa première greffe. 

À ce moment-là, il est encore élève au lycée Labourdonnais, avec des rêves d’avenir plein la tête. « Je savais que ce rein venait de ma mère… je portais une partie d’elle en moi. 

Cela m’a donné une force incroyable. » L’opération est un succès. La vie semble reprendre son cours normal. 

Il obtient son baccalauréat et s’envole pour La Réunion pour ses études supérieures. Mais alors qu’il entame son master de gestion, à l’âge de 25 ans, la maladie reprend le dessus. Son corps rejette le rein.

Le retour à la réalité est brutal. Une nouvelle fois, Nicholas se retrouve face à l’incertitude, à la peur… et à la mort. « Quand le rejet a été confirmé, j’ai compris que tout pouvait s’arrêter. J’étais jeune, mais j’ai regardé la mort en face. »

Une seconde greffe devient nécessaire. Cette fois, il reçoit un rein cadavérique. Une nouvelle chance de vivre, mais aussi un nouveau défi.

Je me demande parfois si les autres qui ont commencé la dialyse avec moi sont encore en vie… Moi, je suis toujours là. C’est un miracle.»

Vingt ans plus tard, une troisième greffe est réalisée. « Je dis souvent que j’ai eu trois vies. Beaucoup n’ont même pas cette chance une seule fois. »

Aujourd’hui, à 51 ans, Nicholas Villeneuve Anaudin mène une vie que beaucoup qualifieraient de normale. Il est père de trois enfants âgés de 20, 17 et 16 ans. Une fierté immense pour cet homme qui a longtemps douté de pouvoir un jour fonder une famille. « Mes enfants sont ma plus grande victoire. Quand je les regarde, je me dis que tout ce que j’ai traversé en valait la peine. »

Installé à Mahébourg, il gère aujourd’hui deux entreprises : un restaurant et un spa-lodge. Un parcours entrepreneurial qu’il a construit avec détermination, prouvant que la maladie ne définit pas une destinée. « Je ne voulais pas être vu comme un malade toute ma vie. Je voulais construire quelque chose, être utile, avancer. »

Ce qui surprend le plus chez Nicholas, c’est son énergie. Il fait du sport, mène ses activités avec discipline et garde une hygiène de vie stricte. Pour lui, chaque jour est un cadeau. « Je vis comme un homme normal, mais avec une conscience différente. Je sais que la vie peut basculer à tout moment. »

Son histoire est aussi celle d’un pionnier. À une époque où la dialyse était encore rare à Maurice, il faisait partie des premiers patients à suivre ce traitement. Aujourd’hui, il s’interroge. « Je me demande parfois si les autres qui ont commencé la dialyse avec moi sont encore en vie… Moi, je suis toujours là. C’est un miracle. »

Mais c’est surtout une leçon de vie que Nicholas partage. Celle de la résilience, de la foi en la vie et de la capacité à se relever, encore et encore. « Il ne faut jamais abandonner. Même quand tout semble perdu, il y a toujours une lumière quelque part. »

Son regard sur la vie est empreint de gratitude. Envers sa mère, envers les donneurs anonymes, envers les Mauriciens qui ont contribué à son traitement, mais aussi envers les médecins qui l’ont accompagné dans ce long parcours. Aujourd’hui, Nicholas Villeneuve Anaudin n’est pas seulement un survivant. Il est un symbole d’espoir. Un homme qui a défié les statistiques, repoussé les limites de la médecine et transformé la douleur en force.

Car la vie, aussi fragile soit-elle, peut être extraordinairement puissante.

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