Greffe rénale : le jour où Zayn est devenu un enfant comme les autres
Par
Reshad Toorab
Par
Reshad Toorab
À 9 ans, Zayn revit grâce au sacrifice de sa mère. Atteint d’une grave malformation rénale, il a reçu un rein de Fardeena. Récit d’un combat héroïque pour la vie.
Il y a des matins où Fardeena regarde son fils partir à l’école et doit retenir ses larmes. Zayn a 9 ans. Il porte son cartable sur le dos, comme tous les enfants. Pas de couches. Pas de protection. Juste un enfant qui marche vers l’école.Un geste banal. Pour elle, c’est un miracle.
Fardeena a 29 ans. Elle élève seule ses deux garçons, Zayn et Noor, 6 ans, dans la région de Caroline. Elle travaille comme pompiste à Bel-Air. Une vie simple, discrète, rythmée par le travail et les responsabilités qu’elle assume avec discrétion. Jusqu’au jour où la maladie de son fils aîné a progressivement envahi chaque recoin de leur quotidien.
Tout commence avant même la naissance de Zayn. À huit mois de grossesse, les médecins évoquent une anomalie lors d’un contrôle médical. Les explications restent floues, les mots imprécis. Rien ne laisse encore présager la longue bataille à venir.
Le 17 février 2016, Zayn naît à l’hôpital de Flacq. Mais l’instant de bonheur est rapidement éclipsé par l’inquiétude. Le ventre du nouveau-né est anormalement gonflé, rempli de liquide. Transfert d’urgence à l’hôpital de Rose-Belle.
Pour Fardeena, c’est une plongée brutale dans l’univers médical, fait de termes techniques, de couloirs froids et de décisions urgentes. « On me parlait d’opération, de danger, mais je ne comprenais pas tout. J’avais juste peur », confie-t-elle.
À seulement 23 jours de vie, Zayn subit sa première opération. Les médecins découvrent que sa vessie ne fonctionne pas normalement : il est incapable d’uriner. Un tube est alors installé dans son abdomen pour permettre l’évacuation de l’urine directement depuis les reins.
Pour la jeune mère, voir son nourrisson relié à des sondes est une épreuve presque insoutenable. Elle se souvient du sentiment d’impuissance, de ces nuits passées à veiller, à espérer sans vraiment comprendre.
Zayn grandit ainsi, entre médicaments, contrôles réguliers et hospitalisations. À un an et demi, une nouvelle intervention est tentée pour retirer la sonde et permettre une miction normale. Un espoir fragile renaît.
Mais à l’âge de trois ans, le diagnostic tombe enfin : Zayn souffre d’un « megabladder », une malformation congénitale grave. L’urine reste bloquée dans la vessie, reflue vers les reins et provoque des infections urinaires répétées. La fièvre devient fréquente, les hospitalisations se succèdent, et les reins commencent à se détériorer.
Peu à peu, les médecins constatent que le rein gauche est faible depuis la naissance. Le rein droit, longtemps préservé, commence à montrer des signes d’épuisement. « Quand on m’a dit que ses reins s’abîmaient, j’ai compris que rien ne serait jamais simple », raconte Fardeena.
À six ans, un nouveau verdict tombe : Zayn devra porter une sonde urinaire de façon permanente. L’enfant grandit avec un corps contraint, soumis à des soins constants. Il va à l’école, mais porte des couches. Il dort sur des protections. Il apprend très tôt à composer avec la différence.
À l’hôpital du Nord, où il est suivi, Zayn devient un visage familier. Sa mère l’accompagne partout, souvent seule. « Il ne se plaignait jamais. Mais je voyais sa fatigue, sa douleur », dit-elle.
Face à l’aggravation de l’état de santé de son fils et à l’absence de solutions locales, Fardeena décide de se tourner vers l’OMCA Foundation. Pour elle, cette démarche marque un tournant. L’organisation accepte rapidement de prendre Zayn en charge et organise son transfert en Inde pour un diagnostic approfondi.
Nous donnons la vie à nos enfants. Donner un rein, ce n’est rien comparé à cela»
En 2024, après de longues démarches administratives et une série d’examens spécialisés, le verdict tombe, sans appel : le rein gauche de Zayn est totalement détruit. Le rein droit ne fonctionne plus qu’à 15 %. L’enfant est en insuffisance rénale sévère. Sans intervention rapide, sa vie est en danger.
La seule option reste une greffe de rein. Fardeena se propose immédiatement comme donneuse. « C’était évident. Je n’ai même pas réfléchi », dit-elle.
Mais un obstacle surgit : les groupes sanguins ne sont pas compatibles. Des séances de plasmaphérèse sont nécessaires. Zayn subit également cinq séances de dialyse, une épreuve éprouvante pour un corps si jeune.
Le 3 avril 2025, mère et fils quittent Maurice pour l’Inde. Ils partent seuls, sans entourage, avec leurs peurs et leurs espoirs. Pendant des mois, ils attendent, se préparent, affrontent l’incertitude.
Le 30 septembre 2025, la greffe a lieu. L’opération dure près de six heures. Le rein de Fardeena est prélevé et transplanté à son fils. Lorsqu’elle se réveille, affaiblie, une seule pensée l’habite : savoir si Zayn va survivre.
Les jours suivants sont décisifs. Le rein commence à fonctionner. L’urine s’écoule normalement. Les médecins se montrent prudemment optimistes. Au cours des mois qui suivent, aucune complication majeure n’est relevée. Le 11 décembre 2025, ils rentrent à Maurice.
Zayn reprend progressivement une vie d’enfant. Il retourne à l’école sans couches. Il dort sans protection. Des gestes simples, longtemps impossibles, deviennent enfin normaux. « Quand je l’ai vu partir à l’école comme les autres, j’ai pleuré », confie sa mère.
Aujourd’hui, Fardeena vit avec les séquelles de l’opération. La fatigue est présente, les douleurs aussi. Mais aucun regret. « Nous donnons la vie à nos enfants. Donner un rein, ce n’est rien comparé à cela », dit-elle.
Elle tient à exprimer sa profonde gratitude envers l’OMCA Foundation, dont l’intervention a été déterminante. Sans l’accompagnement de l’organisation, le diagnostic en Inde et la suite du traitement n’auraient peut-être jamais été possibles.
Le suivi médical de Zayn sera à vie. Les traitements sont coûteux. Les contrôles indispensables. Mais Fardeena avance, portée par une conviction inébranlable : l’amour d’une mère peut aller jusqu’à donner une partie d’elle-même pour permettre à son enfant de vivre.