Grand-Bassin : une décision qui embrase les réseaux sociaux
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Le Défi Quotidien
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La décision d’enlever les canards du lac sacré de Grand-Bassin, prise dans le cadre d’une réflexion institutionnelle sur la préservation du site, a pris une tournure inattendue. Les images de l’opération, devenues virales, ont déplacé le débat du religieux vers l’émotion publique, révélant la tension entre traditions et attachement des visiteurs aux animaux.
Le retrait des canards du lac sacré de Grand-Bassin a suscité une vive vague de réactions sur les réseaux sociaux, provoquant incompréhension et colère chez de nombreux internautes. Des images montrant ces animaux retirés du lac dans des conditions jugées choquantes ont rapidement fait le tour de la Toile dans l’après-midi du mercredi 14 janvier, ravivant un débat sensible autour de la gestion de ce haut lieu spirituel.
Il convient toutefois de rappeler que cette décision ne s’inscrit pas dans une action improvisée. Elle fait suite à une demande formulée lors d’une ‘task force’ officielle consacrée à la gestion et à la préservation du caractère sacré du site. Lors de cette réunion, c’est la Mauritius Sanatan Dharma Temple Federation qui avait officiellement soulevé la question de la présence des canards dans le lac.
Son président, Bhojraj Ghoorbin, avait lui-même pris la parole pour évoquer ce qu’il considérait comme « un problème devenu préoccupant ». Selon lui, la présence des canards posait à la fois une question de respect du caractère sacré du lieu, mais aussi des enjeux liés à l’hygiène et à la cohérence avec les pratiques religieuses. Cette intervention s’était faite dans un cadre institutionnel, avec pour objectif d’alerter les autorités compétentes et de rechercher une solution jugée appropriée, loin de toute volonté de polémique publique.
Aussitôt informé de la situation et de la demande issue de la ‘task force’, le Premier ministre, Navin Ramgoolam, n’a pas tardé à réagir. La décision d’enlever les canards a ainsi été prise dans la foulée. Toutefois, la diffusion des images de l’opération a provoqué une réaction en chaîne inattendue, notamment sur les plateformes numériques.
Sur les réseaux sociaux, de nombreux internautes ont exprimé leur indignation, dénonçant la manière dont les animaux auraient été retirés du lac. Plusieurs commentaires mettent en cause la pertinence de cette décision dans le contexte actuel. « Est-ce que c’était vraiment la priorité du moment ? Les canards n’ont rien fait de mal. Il y a des dossiers bien plus urgents, comme le trafic de drogue », peut-on lire parmi les réactions. D’autres internautes se disent choqués par ce quels perçoivent comme un manque de consultation. « Pauvres petits animaux, c’est horrible de voir comment certaines décisions sont prises sans aucune concertation », écrit un utilisateur.
L’aspect émotionnel ressort également dans plusieurs témoignages. « Mon fils aimait leur donner à manger à chaque fois que nous allions prier. Maintenant, que vais-je lui répondre ? » s’interroge un parent, illustrant l’attachement affectif que certains visiteurs avaient développé envers les canards. D’autres réactions, plus critiques, questionnent la cohérence de la démarche.
Le ministre de l’Agro-industrie, Arvin Boolell, est monté au créneau afin d’apporter des précisions sur la décision d’enlever les canards du lac sacré de Grand-Bassin. Face aux réactions suscitées par les images relayées sur les réseaux sociaux, il affirme que cette mesure n’a pas été prise à la légère, mais qu’elle résulte d’une réflexion approfondie menée au niveau des autorités concernées.
Selon le ministre, les canards retirés du lac ne sont pas des animaux sauvages. « Ces canards ne font pas partie de la faune naturelle du site. Ils ont été introduits au lac sacré avec ‘enn lespri mesanste’ », a-t-il déclaré, estimant que leur présence ne correspondait ni à l’écosystème du lieu ni à son caractère sacré. Arvin Boolell a tenu à faire une distinction claire entre les canards et les autres espèces présentes dans le lac. « Les poissons font partie de l’état naturel du lieu », a-t-il précisé, rassurant ainsi ceux qui craignaient une intervention plus large sur la biodiversité du site. Le ministre a également tenu à rassurer l’opinion publique quant au sort réservé aux canards. Ceux-ci ont été transférés à Curepipe, où ils sont désormais en sécurité. « Ils seront suivis par le département de l’Agriculture », a-t-il assuré.
Après l’enlèvement des canards, les chats présents autour du lac sacré seront également retirés du site. L’information a été confirmée par le directeur de la Mauritius Society for Animal Welfare (MSAW), Tinagaren Govindasami, qui précise que cette opération se fera dans le respect du bien-être animal.
Selon lui, des pièges seront installés afin de permettre la capture des chats présents dans l’enceinte du lieu sacré. Cette opération sera menée de manière progressive et encadrée. « Vu que c’est un lieu sacré, nous allons utiliser du fromage pour les capturer », explique-t-il, soulignant que des méthodes non agressives seront privilégiées afin d’éviter tout stress ou blessure aux animaux.
Une fois capturés, les chats seront transportés vers les installations de la MSAW, où ils seront pris en charge. « Ils seront ensuite emmenés à la MSAW où ils seront en liberté et en sécurité », assure Tinagaren Govindasami. Concernant les chatons, ceux-ci seront confiés à des familles à travers un programme d’adoption, afin de leur offrir un cadre de vie adapté.
Le directeur de la MSAW insiste sur le fait que la protection des animaux demeure une priorité tout au long de cette opération. « Pour l’heure, la sécurité et le bien-être de ces animaux restent notre priorité », affirme-t-il, tout en rappelant que cette intervention vise à concilier le respect du caractère sacré de Grand-Bassin avec une approche responsable de la gestion animale.
La propreté de l’eau du lac sacré demeure une priorité absolue. Propos de Bhojraj Ghoorbin, président de la Mauritius Sanatan Dharma Temples Federation (MSDTF), lors d’une déclaration à la presse le jeudi 15 janvier. Il réagissait à la polémique déclenchée sur les réseaux sociaux à la suite du retrait des canards du lac sacré de Grand-Bassin, également connu sous le nom de Ganga Talao.
Revenant sur les événements ayant mené à cette situation, Bhojraj Ghoorbin a expliqué que la présence des canards au lac ne relevait en aucun cas d’un phénomène naturel. « Nous avons vu circuler sur Facebook une vidéo montrant une jeune fille venant abandonner des canards dans le lac. Au final, nous nous sommes retrouvés avec 14 canards. Par la suite, d’autres personnes sont également venues déposer leurs chats, voire des tortues. Cela n’a aucun sens que des gens abandonnent leurs animaux dans un lieu sacré », a-t-il déclaré.
Le président de la MSDTF a tenu à clarifier une confusion fréquemment observée dans le débat public, en insistant sur la différence entre les cygnes et les canards. « Il ne faut pas faire d’amalgame. Les cygnes sont symboles de pureté et de positivité, alors que les canards sont des animaux carnivores. Nous avons reçu de nombreuses plaintes concernant la présence de canards et de chats sur ce site sacré. C’est pour cette raison que nous maintenons cette décision », a-t-il expliqué.
Bhojraj Ghoorbin a rappelé le caractère hautement spirituel de Ganga Talao, soulignant que l’eau du lac est utilisée par les dévots pour l’accomplissement de leurs prières et rituels. Il a exprimé ses inquiétudes quant à la salubrité de l’eau en présence d’animaux. « Les canards font leurs déjections dans l’eau, et les chats y entrent lorsqu’il y a de grandes foules. Or, c’est cette même eau que nous utilisons pour nos prières. Qui pourrait accepter cela ? » s’est-il interrogé.
En conclusion, le président de la MSDTF a réaffirmé la position des associations socioculturelles, soulignant que la décision prise vise avant tout à préserver la pureté, la sacralité et le respect de ce lieu emblématique du patrimoine religieux mauricien.