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Gina Sookun : la CEO de la maison en tôle

Par Ajagen Koomalen Rungen 
Publié le: 8 mars 2026 à 17:40
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Gina Sookun a transformé ses sacrifices de mère en tremplin pour l’avenir de ses fils.

Entre l’usine et une petite cuisine, Gina Sookun a sacrifié ses jours pour l’éducation de ses fils. Portrait d’une mère courage dont la détermination a transformé un destin modeste en réussite.

Une chambre. Une cuisine. Une maison en tôle. Le soir, après le travail, Gina Sookun rentre dans cette maison. Elle prépare à manger. Elle s’assoit avec ses fils. Et elle leur parle. Pas de la journée difficile, pas des fins de mois qui ne bouclent pas, pas de l’inquiétude qui ne la quitte jamais vraiment.

Elle leur parle de l’école. Des études. De ce que ça ouvre comme portes. Elle leur dit que ce n’est pas parce qu’on vit dans une maison en tôle qu’on y restera toujours. Elle le leur dit une fois. Dix fois. Cent fois. Autant de fois qu’il faut.

Pendant ce temps, son mari Ramdath, qu’elle a épousé le 29 mars 1992, est malade. Les complications de santé sont arrivées autour de ses 42 ans. Laboureur de profession, il ne peut plus travailler régulièrement. Gina est allée chercher de l’emploi. Les gens lui ont dit de rester à la maison. Elle n’a pas écouté. 

« Si je ne travaillais pas, comment allions-nous vivre ? Comment allions-nous manger ? »

Elle commence par travailler dans une usine, puis plus tard dans la cantine d’une école. Les journées sont longues et parfois éprouvantes, mais elle garde toujours en tête son objectif : offrir une meilleure vie à ses enfants. « Je me suis toujours dit que je devais être forte. Je n’avais peut-être pas eu la chance de poursuivre mes études, mais je voulais que mes enfants aient toutes les opportunités que moi je n’avais pas eues. »

Née dans une fratrie de six filles, Gina grandit dans un foyer modeste. Son père travaillait comme soudeur, tandis que sa mère était femme au foyer. Dès son jeune âge, elle comprend la valeur du travail et de la persévérance. « Nous n’avions pas beaucoup de moyens, mais mes parents nous ont appris l’importance du respect et du courage dans la vie », confie-t-elle avec émotion.

Dans la chambre unique, dans la cuisine simple, il ne manque jamais une chose. Les encouragements. La conviction répétée chaque soir que demain peut être différent. L’amour d’une mère qui travaille de ses mains pour que ses fils travaillent de leur tête. « J’ai toujours répété à mes enfants que l’éducation est la clé de la réussite. Même si nous n’avions pas beaucoup d’argent, je voulais qu’ils se concentrent sur leurs études. »

Avinash, malvoyant, écoute. Malgré son handicap, il travaille. Il se distingue. Il décroche une bourse. Il devient lauréat. « Quand mon fils est devenu lauréat, j’ai pleuré. Toutes les difficultés, tous les sacrifices… tout en valait la peine. » Aujourd’hui âgé de 26 ans, il est avocat, réalisant ainsi un rêve que sa mère avait nourri pendant des années.

Ramdath ne verra pas ça. Il s’est battu contre la maladie pendant des années, avant de s’éteindre il y a sept ans. Gina a porté ce deuil comme elle a porté tout le reste, en continuant. Krishna, le second fils âgé de 19 ans, vient d’obtenir d’excellents résultats au HSC. Il suit le chemin de son frère. Pour Gina, ces succès représentent bien plus que des résultats scolaires. « Ce sont les preuves que le travail et la détermination peuvent changer une vie. »

Gina Sookun a 57 ans. Elle regarde ses fils et elle sait que rien n’a été vain. Ni les années à l’usine. Ni les soirs dans la petite cuisine. Ni les mots répétés inlassablement dans la chambre unique de la maison en tôle. « Je dis souvent que je suis la CEO de ma propre vie. J’ai pris mes décisions et j’ai choisi de me battre pour mes enfants. Le plus important pour moi, c’est de voir mes enfants réussir et être heureux. C’est ma plus grande richesse. »

Dans le regard de Gina Sookun, on lit la fierté d’une mère, mais aussi la force d’une femme qui a refusé de se laisser définir par les difficultés. « En tant que femme, je voulais montrer que nous pouvons être fortes, travailler et soutenir notre famille. »

Une femme simple, comme ces milliers d’autres qui, dans l’ombre, construisent l’avenir de leur famille.

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