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Géraldine Aliphon : battante jusqu’à son dernier souffle

Géraldine Aliphon

La directrice d’Autisme Maurice, Géraldine Aliphon, n’est plus. Le cancer fulgurant qui l’a emportée à 44 ans, le jeudi 25 février, plonge dans l’affliction son mari et ses deux enfants, ainsi que l’ONG. Combattante exceptionnelle, elle respirait la joie de vivre.

Une femme dévouée à la tâche, une mère d’exception. C’est ainsi que de nombreuses personnes qui l’ont côtoyée la décrivent. Il y a deux semaines, Géraldine Aliphon est diagnostiquée d’un cancer à un stade avancé. Littéralement terrassée par cette maladie incurable, elle a combattu du mieux qu’elle pouvait jusqu’à pousser son dernier souffle le jeudi 25 février. La nouvelle est tombée comme un couperet pour sa famille, accablée par sa perte.

Un tournant en 2012 : Géraldine quitte la force policière pour se consacrer à son fils Evans, qui est autiste. Elle était devenue maman pour la première fois en 2002 en donnant naissance à son aînée, Anaïs.
Un tournant en 2012 : Géraldine quitte la force policière pour se consacrer à son fils Evans, qui est autiste. Elle était devenue maman pour la première fois en 2002 en donnant naissance à son aînée, Anaïs.

Le combat d’une vie

Géraldine Aliphon
Depuis toute petite, elle était intriguée par l’uniforme de la force policière. Elle sera la première femme à occuper le poste de dessinateur au sein de la Soco.

Attirée par l’uniforme et guidée par l’envie d’aider les autres, à l’âge de 20 ans elle intègre la police comme constable au poste de Curepipe. Deux ans plus tard, elle intègre le Scene of Crime Office (Soco) comme dessinatrice de scène de crime. Elle était alors la première femme à occuper ce poste. Une étape de sa vie qui a forgé son caractère. Dans un entretien donné en 2016 à Le Dimanche/L’Hebdo, elle raconte son vécu des émeutes de Kaya et des scènes de crimes macabres.

C’est dans la cour de la Special Mobile Force, alors qu’elle est en formation dans la force policière, qu’elle fait la rencontre de son mari Mike. Les deux se marient en décembre 2000, quatre ans après leur rencontre.
Peu après, Géraldine accouche d’Anaïs, son aînée, et, quelques années plus tard, d’Evans. Et puis, c’est le choc : le petit garçon est diagnostiqué d’autisme sévère à l’âge de deux ans et demi. Géraldine voit son monde s’écrouler, mais elle réalise très vite qu’elle est seule maîtresse de son destin. Elle décide de laisser derrière elle ses 16 années de carrière dans la force policière pour se consacrer à l’enfant. Elle rassemble autour d’elle des amis et des parents dont les enfants sont atteints d’autisme pour fonder l’école d’Autisme Maurice en 2012. Elle n’y sera pas seulement parente, mais aussi militante.

Aux prises avec cette situation difficile, elle verra toutefois grandir l’amour de son fils, aujourd’hui âgé de 16 ans. Être à la fois directrice et parent d’enfant autiste donnera une autre dimension à son travail.

Géraldine agira comme une passerelle entre l’association et les parents. Une vraie complicité s’établira avec eux. Elle laisse derrière elle un fils indépendant, fruit de son courage et de sa patience.

Elle avait déclaré dans un entretien : « Je n’ai jamais perdu espoir, malgré les obstacles et les épreuves auxquels j’ai dû faire face. J’ai une mission à accomplir... Mon combat, je vais le livrer jusqu’à mon dernier souffle. » Elle tiendra parole.


Mike Aliphon, son époux : « Sa famille était primordiale »

Fin des années 90, Géraldine fait la rencontre de Mike Aliphon dans la cour de la Special Mobile Force à Vacoas. Après quatre ans, ils se marient. La cérémonie a lieu le 12 décembre 2000.
Fin des années 90, Géraldine fait la rencontre de Mike Aliphon dans la cour de la Special Mobile Force à Vacoas. Après quatre ans, ils se marient. La cérémonie a lieu le 12 décembre 2000.

Ils étaient complices et partageaient tout. Mike Aliphon et son épouse Géraldine n’avaient pas peur des épreuves de la vie. « Sa famille était primordiale, ses enfants étaient le summum de sa vie et c’est eux qui nous unissaient », raconte son époux. Ils avaient célébré leurs 20 ans de mariage en décembre 2020. « Lorsque nous avions formé l’association, j’ai décidé de me mettre en retrait, même si j’en étais aussi membre.

Son père, son pilier. Géraldine le perd en 2008, le jour de son anniversaire de mariage. Le 12 décembre sera à la fois une date de joie et de tristesse pour Géraldine Aliphon.
Son père, son pilier. Géraldine le perd en 2008, le jour de son anniversaire de mariage. Le 12 décembre sera à la fois une date de joie et de tristesse pour Géraldine Aliphon.

Toutefois, je suivais tout de près et j’étais son guide. Elle gérait l’association comme elle s’occupait de sa famille. » Aujourd’hui, Mike explique que leur fils Evans est autonome à 60 % et c’est aussi grâce à elle. « Pour lui expliquer que sa mère était malade, j’ai dû l’emmener à l’hôpital et lui dire ‘maman boubou’. Lorsqu’il l’a vue sur son lit de mort, Evans pensait qu’elle dormait encore. Nous allons graduellement lui annoncer qu’elle n’est plus là, tout en nous assurant que cela ne laissera pas de séquelles. »


Cynthia Payendee, sa collègue : « Elle gérait son équipe de manière exceptionnelle »

Sa collègue, son bras droit et sa sœur de cœur, Cynthia Payendee travaillait à ses côtés depuis cinq ans. Elle garde des souvenirs d’une battante, d’une mère extraordinaire. « C’était une étoile tombée du ciel, sa place était dans le ciel. Mais elle s’en est allée en nous léguant un héritage : Autisme Maurice. Nous avons le devoir de poursuivre le travail qu’elle a commencé », confie Cynthia. « Je retiens d’elle une mère dévouée pour le bien-être de ses enfants. » soutient-elle.

Toute l’équipe d’Autisme Maurice est atterrée. « Elle gérait son équipe de manière exceptionnelle et c’était très agréable de travailler avec elle. Elle nous remontait le moral. Ce n’était pas une corvée d’aller au travail chaque jour, car l’on se motivait mutuellement tous les jours. »

Le Dimanche/L’Hebdo avait consacré la rubrique « Ma Vie En Images » à Géraldine Aliphon dans l’édition du 3 au 9 juin 2018. Alors âgée de 42 ans, elle expliquait que son destin était déjà écrit. Elle avait partagé quelques photos immortalisant certains événements importants de sa vie.

 

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