Géopolitique - Chagos : l’accord de rétrocession suspendu au veto de Washington

Par Patrick Hilbert
Publié le: 27 janvier 2026 à 10:57
Image
chagos
Un traité vieux de 60 ans liant Londres et Washington consacre la souveraineté britannique sur l’archipel.

La rétrocession des Chagos à Maurice, signée en mai dernier, mais déjà plombée par des retards successifs, dépend désormais explicitement du feu vert de Washington. Et de la volonté du président américain de revenir sur un traité stratégique vieux de six décennies.

La rétrocession de l’archipel des Chagos à Maurice, annoncée par Londres comme un accord clé pour sécuriser l’avenir de la base militaire conjointe de Diego Garcia, est désormais explicitement conditionnée à l’accord des États-Unis. Durant le week-end, le gouvernement britannique a reconnu que le processus ne peut aboutir sans une renégociation préalable du traité de 1966 liant Londres et Washington. Un aveu qui place la décision finale entre les mains de l’administration américaine.

Selon The Times, le leader de Reform UK, Nigel Farage, affirme que l’équipe du président américain Donald Trump « ne soutiendra pas l’accord de Keir Starmer sur les Chagos », ajoutant que l’administration américaine estime que le retour des îles à Maurice « n’est pas dans leur intérêt ».

De son côté, The Independent rapporte que le gouvernement travailliste a admis que l’accord risque de s’effondrer si Donald Trump refuse de modifier ce traité vieux de 60 ans, qui consacre la souveraineté britannique sur l’archipel. La législation permettant de mettre en œuvre l’accord – qui devait être débattue à la Chambre des Lords hier, lundi – a été retardée, après des avertissements selon lesquels elle pourrait entrer en conflit avec le traité de 1966 conclu avec les États-Unis.

Alors que Keir Starmer avait obtenu le soutien américain l’an dernier, la position de Washington a brutalement changé. En février, lors d’une visite à Washington, le président américain avait assuré ce dernier qu’il était « enclin à aller dans le sens de votre pays » et qu’il avait « le sentiment que cela allait très bien se passer ». Mais la semaine dernière, Donald Trump a opéré un revirement spectaculaire, qualifiant l’accord « d’acte de grande stupidité » sur sa plateforme Truth Social. Une déclaration qui a provoqué une onde de choc à Downing Street, mais aussi à Port-Louis où un tel revirement n’était pas attendu.

Dans une lettre envoyée vendredi soir, les ministres britanniques ont concédé qu’il ne serait pas possible de ratifier l’accord sur les Chagos « sans la coopération des États-Unis » pour revoir le traité de 1966. Cette réponse faisait suite à une interpellation de Lord Callanan, porte-parole des Affaires étrangères de l’opposition à la Chambre des Lords, qui demandait si l’accord serait légal en l’absence de modification du texte existant. La ministre chargée de l’Afrique, Lady Chapman, a confirmé qu’une ratification était impossible « sans que le droit interne pertinent et les arrangements internationaux soient en place ».

Un porte-parole du gouvernement britannique a déclaré durant le week-end : « Le gouvernement reste pleinement engagé en faveur de l’accord visant à sécuriser la base conjointe Royaume-Uni–États-Unis de Diego Garcia, qui est vitale pour notre sécurité nationale. » Il a également accusé certains pairs de faire preuve d’un comportement « irresponsable et imprudent », estimant que leur rôle est de contrôler la législation « et non d’interférer avec nos priorités de sécurité nationale ».

Selon The Telegraph, la rétrocession ne pourra, de toute façon, pas intervenir avant plusieurs semaines. Le débat prévu à la Chambre des Lords a été reporté après que les conservateurs ont averti que le projet pourrait violer le traité de 1966. Lord Callanan a rappelé, dans une lettre envoyée dimanche à Lady Chapman que la loi britannique impose un délai minimum de 21 jours de séance parlementaire entre la présentation d’un traité amendé et sa ratification. Même si le texte revenait devant le Parlement rapidement, il ne pourrait être formellement adopté « avant le 7 mars au plus tôt ».

La pression politique s’intensifie. Dame Priti Patel, secrétaire aux Affaires étrangères du cabinet fantôme, a dénoncé ce qu’elle qualifie de « reddition des Chagos à 35 milliards de livres », accusant le gouvernement de « tromper le public et le Parlement ». Selon elle, « cette reddition par notre Premier ministre faible est totalement inutile, met en danger notre sécurité et notre défense, et remet notre territoire souverain et l’argent des contribuables à un allié de la Chine ».

À Downing Street, on affirme que le projet de loi sera reprogrammé et qu’il est « pleinement conforme au droit international », tout en reprochant aux conservateurs de « jouer à des jeux parlementaires ». Whitehall, siège traditionnel du gouvernement du Royaume-Uni, indique que responsables britanniques et américains « continuent de travailler ensemble pour s’assurer que les arrangements nécessaires soient en place pour l’exploitation future de la base ».

Publicité
À LA UNE
defi quotidien