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Gaza : des armes utilisées par Israél auraient fait « disparaître » des milliers de Palestiniens, selon une enquête d’Al Jazeera

Par Defimedia.info
Publié le: 12 février 2026 à 11:49
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Gaza : des armes utilisées par Israél auraient fait « disparaître » des milliers de Palestiniens, selon une enquête d’Al Jazeera

Une enquête d’Al Jazeera révèle l’utilisation à Gaza de munitions thermiques et thermobariques fournies par les États-Unis, capables d’atteindre des températures allant jusqu’à 3 500 °C. Ces armes auraient provoqué la « disparition » de près de 3 000 Palestiniens, sans laisser de corps identifiables.

Ci-dessous un article publié par Al Jazeera sur son site Web le 10 février.

À l’aube du 10 août 2024, Yasmin Mahani arpente les ruines fumantes de l’école al-Tabin, à Gaza-Ville, à la recherche de son fils Saad. Elle retrouve son mari en état de choc, mais aucune trace de l’enfant.

« Je suis entrée dans la mosquée et j’ai marché sur de la chair et du sang », confie-t-elle à Al Jazeera Arabic. Pendant plusieurs jours, elle parcourt hôpitaux et morgues. En vain. « Nous n’avons rien retrouvé de Saad. Même pas un corps à enterrer. C’est ce qu’il y a eu de plus dur. »

Selon l’enquête The Rest of the Story, les équipes de la Protection civile de Gaza ont documenté 2 842 cas de Palestiniens considérés comme « évaporés » depuis le début de la guerre en octobre 2023. Aucune dépouille n’a été retrouvée, seulement des traces biologiques, comme des projections de sang ou de minuscules fragments de chair.

Ces disparitions sont attribuées à l’usage répété d’armes thermobariques et thermiques, aussi appelées bombes à vide ou à aérosol, interdites par le droit international. Ces munitions génèrent une boule de feu massive et un effet de vide, avec des températures dépassant les 3 500 °C.

Un décompte médico-légal glaçant

Mahmoud Basal, porte-parole de la Protection civile, explique que les équipes procèdent par recoupement : le nombre de corps retrouvés est comparé au nombre de personnes présentes lors de la frappe.

« Si une famille nous dit qu’il y avait cinq personnes à l’intérieur et que nous ne retrouvons que trois corps, les deux autres sont considérées comme disparues uniquement après des recherches approfondies ne laissant apparaître que des traces biologiques », précise-t-il.

Quand la chaleur efface les corps

Des experts expliquent que la composition chimique de certaines munitions transforme littéralement les corps humains en cendres en quelques secondes.

Le spécialiste militaire russe Vasily Fatigarov indique que ces armes diffusent un nuage de carburant qui s’enflamme, produisant une explosion prolongée. Des poudres d’aluminium, de magnésium ou de titane sont ajoutées pour augmenter la température, qui peut atteindre entre 2 500 et 3 000 °C.

Le docteur Munir al-Bursh, directeur général du ministère palestinien de la Santé à Gaza, souligne que le corps humain, composé à près de 80 % d’eau, ne peut résister à une telle énergie.

« À ces températures extrêmes, combinées à une pression massive, les fluides bouillonnent instantanément. Les tissus se vaporisent. C’est un processus chimique inévitable », explique-t-il.

Des bombes américaines identifiées

L’enquête cite plusieurs munitions de fabrication américaine utilisées à Gaza :

– la MK-84, une bombe de 900 kg contenant du tritonal, capable de générer jusqu’à 3 500 °C ;
– la BLU-109, utilisée notamment à al-Mawasi, zone pourtant déclarée « sûre », où 22 personnes auraient disparu ;
– la GBU-39, employée lors de l’attaque contre l’école al-Tabin, conçue pour préserver la structure des bâtiments tout en détruisant ce qui se trouve à l’intérieur.

Des fragments de ces armes ont été retrouvés sur des sites où aucun corps n’a pu être récupéré.

« Un génocide mondial, pas seulement israélien »

Pour l’avocate Diana Buttu, professeure associée à l’université Georgetown au Qatar, la responsabilité dépasse Israël.

« C’est un génocide mondial, pas uniquement israélien », affirme-t-elle, pointant du doigt les chaînes d’approvisionnement en armes provenant des États-Unis et d’Europe.

Selon elle, l’usage d’armes incapables de distinguer civils et combattants constitue un crime de guerre au regard du droit international.

Une justice internationale impuissante

Malgré les mesures provisoires ordonnées par la Cour internationale de justice en janvier 2024 et le mandat d’arrêt émis par la Cour pénale internationale contre le Premier ministre israélien en novembre 2024, les frappes se sont poursuivies.

Pour le professeur de droit international Tariq Shandab, le système judiciaire mondial a « échoué face à Gaza ». Il dénonce également le blocus de l’aide humanitaire, qualifié de crime contre l’humanité.

Rafiq Badran, qui a perdu quatre enfants dans le camp de réfugiés de Bureij, n’a pu enterrer que quelques fragments de leurs corps.

« Quatre de mes enfants se sont volatilisés », murmure-t-il. « J’ai cherché partout. Il ne restait rien. Où sont-ils passés ? »


Crédit photo : Al Jazeera

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