Gaz ménager : Maurice dispose de deux mois de stock
Par
Fabrice Laretif, Sharone Samy
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Fabrice Laretif, Sharone Samy
À Maurice, la hausse du prix du gaz ménager relance les interrogations sur les stocks disponibles. Les autorités et les opérateurs assurent qu’ils maîtrisent la situation et qu’il y a un approvisionnement régulier.
Alors que le prix de la bonbonne de gaz de 12 kg est passé de Rs 190 à Rs 250, la question du niveau des stocks à Maurice suscite l’attention. Les autorités se veulent toutefois rassurantes quant à la disponibilité du produit sur le marché local.
Intervenant sur les ondes de Radio Plus le 2 avril, le ministre du Commerce, Michaël Sik Yuen, au micro de Sarvesh Bhugowandeen, a indiqué que le stockage de gaz devrait atteindre 62 jours sous peu. Cette projection prend en compte les arrivages en cours et à venir. Un débarquement était d’ailleurs en cours le même jour, permettant de porter le volume disponible à 16 960 tonnes métriques.
Dans la continuité de cet approvisionnement, un autre navire transportant du gaz est attendu le 4 avril. Ces éléments vont-ils contribuer à maintenir un niveau de stock jugé suffisant pour répondre à la demande nationale ?
Du côté des acteurs liés à la distribution et à la régulation, le discours converge. Suttyhudeo Tengur, président de l’Association pour la protection de l’environnement et des consommateurs et membre du conseil d’administration de la State Trading Corporation (STC), affirme que la situation n’est pas alarmante. Selon lui, Maurice dispose d’un bon stockage, renforcé par l’acquisition récente d’infrastructures auparavant détenues par Pétredec.
Selon lui, il n’y a pas de pénurie de gaz ménager. Il précise que l’approvisionnement du pays se fait principalement via le continent américain, ce qui limite l’impact direct des tensions géopolitiques au Moyen-Orient. Il explique que la hausse du prix de la bonbonne s’explique plutôt par des facteurs logistiques, notamment le coût du fret et les contraintes liées au transbordement.
Suttyhudeo Tengur évoque également le comportement des consommateurs. Il indique qu’aucun phénomène de « panic buying » n’a été observé. Les habitudes d’achat restent globalement inchangées, les ménages continuant à acquérir leurs bonbonnes selon leurs besoins habituels. Il attire toutefois l’attention sur un usage détourné du gaz ménager par certains automobilistes. Il qualifie cette pratique de frauduleuse.
Au niveau des stations-service, le constat est similaire. Bhimraj Sunnassee, propriétaire d’une station, confirme que les livraisons se poursuivent normalement. Les distributeurs assurent l’approvisionnement sans interruption et aucune plainte liée à un manque de gaz n’a été enregistrée.
Concernant l’impact de la hausse des prix, il observe une certaine acceptation de la part des consommateurs. Certains auraient anticipé en remplissant des bonbonnes vides, sans pour autant créer de déséquilibre sur le marché. Un autre opérateur partage cette analyse, estimant qu’une disponibilité continue du produit reste préférable à une situation de rupture susceptible d’encourager un marché parallèle.
La conjoncture économique se durcit et les inquiétudes se multiplient. Entre crise énergétique mondiale, flambée des prix du carburant et pression croissante sur les finances publiques, Maurice fait face à une situation jugée préoccupante par plusieurs observateurs. Dans un contexte marqué par la guerre au Moyen-Orient et ses répercussions sur le marché pétrolier, certains n’hésitent plus à parler d’une période critique, aux allures de déjà-vu post-Covid.
Dans ce contexte, Parvez Dookhy dresse un constat sans détour. « Nous entrons dans le rouge et dans le noir. Il va de soi que l’actuel gouvernement n’a pas les compétences nécessaires pour faire face à la situation, situation qui est devenue encore plus compliquée depuis la guerre au Moyen-Orient », affirme-t-il.
L’observateur pointe également ce qu’il considère comme des failles structurelles dans la gestion économique. « Il n’y a pas dans ce gouvernement un économiste à la hauteur de l’enjeu pour assumer les fonctions de ministre de l’Économie. Je le dis souvent, mais il n’y a pas un ministère de l’Économie au sein du gouvernement. Il n’y a que les finances, d’ailleurs toujours assumées par le Premier ministre. Par conséquent, l’économie est un secteur qui est abandonné complètement et nous en faisons lourdement les frais », soutient-il.
Dans un contexte international de plus en plus instable, il estime que les répercussions pourraient s’étendre à plusieurs secteurs clés. « La guerre s’est élargie dans le Moyen-Orient, touchant ainsi plusieurs pays et impactant considérablement la circulation aérienne et maritime. Il y aura forcément un impact sur le tourisme mauricien », prévient-il.
Pour sa part, l'économiste Ibrahim Malleck évoque une situation « anormale » et appelle à une prise de conscience rapide. Selon lui, la guerre impacte directement Maurice et impose un changement de comportement. « Dans les premières semaines de la guerre, nous avons vu l’Inde et l’Asie prendre des décisions pour survivre dans ces moments difficiles. Le rationnement de l’essence, le Work From Home, les cours en ligne ont déjà été décidés bien avant que les choses prennent de l’ampleur. Certains pays ont dû injecter une partie de leurs investissements en or dans leur économie afin que leurs devises puissent absorber les effets de ces tensions. »
Il regrette un manque d’anticipation au niveau local. « Dans des moments semblables, il faut anticiper pour avoir des systèmes prêts à être déployés pour absorber les effets. » Et il se montre sans détour sur les perspectives : « La réalité est bel et bien présente : les prix vont augmenter, il n’y a pas à sortir de là. L’inflation va nous secouer. »
Pour l’économiste, la résilience devient désormais incontournable. « La situation qui vient va exercer une pression sur nos devises, il nous faut faire des efforts. Nous importons autour de 70 % de ce que nous consommons. Il faut prendre des décisions, certes difficiles, mais si nous voulons passer ce cap, il faut agir vite et non attendre qu’il ne soit trop tard. »