Gavin Glover : «Le contexte géopolitique peut influencer le dossier Chagos»

Par Kinsley David
Publié le: 7 mars 2026 à 10:00
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L’attorney General Gavin estime que certains amalgames visent à semer le doute.
L’attorney General Gavin estime que certains amalgames visent à semer le doute.

La guerre au Moyen-Orient pourrait-elle influencer l’avenir du dossier Chagos ? La question a été abordée dans l’émission « Au cœur de l’info », animée par Ashna Nuckcheddy-Rabot le vendredi 6 mars. L’Attorney General Gavin Glover a répondu aux nombreuses interrogations entourant les discussions en cours, évoquant les conséquences possibles du contexte géopolitique, la question de la souveraineté mauricienne, ainsi que les enjeux diplomatiques et économiques pour le pays.

La situation internationale, marquée par la guerre au Moyen-Orient, pourrait avoir des répercussions indirectes sur plusieurs dossiers stratégiques, dont celui des Chagos. Invité de l’émission « Au cœur de l’info », l’Attorney General Gavin Glover a reconnu que ce contexte de tensions complique inévitablement les discussions en cours. « Évidemment, la guerre complique les choses. Les récents développements géopolitiques peuvent éventuellement créer certaines tensions et influencer les positions des divers protagonistes du dossier Chagos », souligne-t-il, avant de préciser que le Premier ministre britannique, qui avait initialement refusé que les bases militaires britanniques soient utilisées pour des frappes offensives, a indiqué se préparer à des frappes à caractère défensif.

Pour Gavin Glover, cette posture démontre que les choses évoluent et que Londres continue de s’inscrire dans le respect du droit international, une approche que Maurice partage également. Mais cette situation pourrait avoir des conséquences sur le calendrier prévu pour certains engagements financiers liés aux discussions autour de Diego Garcia.

« Il est clair et net que nous n’aurons pas le premier paiement à partir de juin 2026 », indique-t-il, précisant que le ministère des Finances travaille déjà sur des alternatives. Toutefois, il insiste sur un point essentiel : l’accord autour des Chagos ne se limite pas à une question financière. « La priorité des priorités a toujours été la souveraineté des Chagos », souligne l’Attorney General. « Nous ne devons pas être hypocrites non plus : l’aspect financier joue aussi un rôle. Mais comme l’a dit le Premier ministre récemment, la dignité n’a pas de prix », avance-t-il.

Selon lui, les évolutions de la position des États-Unis et du Royaume-Uni, sur lesquelles Maurice n’a aucun contrôle, obligent le gouvernement à observer attentivement la situation avant de prendre toute décision. « Tout dépendra de la tournure des événements », explique-t-il, rappelant que le Premier ministre a évoqué l’existence d’autres options si nécessaire.

Prudence

Gavin Glover insiste néanmoins sur la prudence qui guide la démarche mauricienne. Maurice, dit-il, ne cherche ni confrontation ni escalade diplomatique. « Nous ne pouvons pas nous engager dans des conflits là où ce n’est strictement pas nécessaire », fait-il comprendre.

Malgré les incertitudes, les discussions se poursuivent. « Nous sommes en communication constante avec les Britanniques », précise-t-il, notamment sur les protocoles liés aux discussions avec les États-Unis. Le processus reste donc en cours, comme l’a également confirmé Downing Street dans un communiqué récent.

Pour l’Attorney General, certaines interprétations circulant dans l’espace public déforment cependant la réalité du dossier. « Quand j’entends les imbécilités que certains racontent, cela me met hors de moi, pas seulement en tant qu’Attorney General mais aussi en tant que citoyen. On ne peut pas piétiner la dignité de notre pays », martèle-t-il.

Il estime que certains amalgames visent à semer le doute, notamment auprès du président américain Donald Trump. Selon lui, ces discours ignorent la position constante de Maurice, qui repose avant tout sur la souveraineté du territoire.

L’Attorney General a également réagi aux actions de Misley Mandarin, qu’il juge provocatrices. Évoquant le fait que ces derniers ont brandi des drapeaux étrangers sur le territoire mauricien, il a rappelé que « cela peut constituer un acte de trahison punissable par la loi mauricienne ». Le gouvernement, affirme-t-il, observe la situation et agira « en temps et lieu ».

Autres priorités nationales

Concernant la communication autour du dossier, l’idée d’organiser une conférence de presse à Londres pour clarifier certains points a été envisagée. Toutefois, Gavin Glover rappelle que le gouvernement doit également gérer plusieurs autres priorités nationales, dont la préparation du Budget 2026.

Dans ce contexte mouvant, il estime que les États-Unis pourraient également reconsidérer certaines perceptions géopolitiques. « Avec la situation actuelle, les Américains comprendront que Maurice n’est pas proche de la Chine, comme certains le craignent, mais plutôt aligné avec les pays occidentaux et avec l’Inde », soutient-il. Il note par ailleurs que les déclarations de Donald Trump semblent parfois se référer à une vision dépassée de la situation. « Dans son esprit, l’accord a déjà été conclu. Peut-être n’a-t-il pas les bonnes informations », dit-il.

Sur le plan régional, Gavin Glover est également revenu sur la décision de Maurice de rompre ses relations diplomatiques avec les Maldives. Selon lui, ce pays avait initialement exprimé son soutien à la revendication mauricienne sur les Chagos avant de changer de position, un revirement que l’Attorney General attribue à l’influence de certains courants politiques.

Quant aux critiques affirmant que Maurice aurait dû signer rapidement l’accord avant l’arrivée de Donald Trump à la présidence, Gavin Glover les rejette catégoriquement : « Impossible. Nous venions de prendre le gouvernement. On ne peut pas entrer tête baissée dans un accord sans en connaître tous les aboutissants. » Selon lui, même si l’accord avait été signé, rien ne garantit que les développements géopolitiques récents n’auraient pas malgré tout modifié la situation.

Dans l’attente

Pour l’heure, le gouvernement mauricien reste donc dans l’attente. « Nous avons beaucoup de questions auxquelles nous n’avons malheureusement pas encore de réponses », reconnaît-il.

Malgré les incertitudes, Gavin Glover affirme que Maurice continue de compter sur la bonne foi du gouvernement britannique, tout en restant prudent. « Il ne faut pas mettre la charrue avant les bœufs. Nous avons déjà appris que les choses peuvent changer très vite », fait-il ressortir.

Dans un contexte international instable, il lance enfin un appel à la vigilance collective : « Tout ce qui se passe en ce moment devrait inquiéter tous les Mauriciens. »

Une chose reste néanmoins constante, conclut-il : « Quel que soit le gouvernement, le mantra du pays reste la paix et la liberté. »

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