Frappes américano-israéliennes : une quinzaine de Mauriciens actuellement en Iran
Par
Patrick Hilbert
Par
Patrick Hilbert
Face à l’escalade militaire en Iran, Port-Louis privilégie la protection de ses ressortissants et sa neutralité historique, tandis que l’ancien ministre Nando Bodha appelle le gouvernement à s’affirmer sur l’enjeu stratégique de Diego Garcia.
Ils sont une quinzaine de Mauriciens actuellement en Iran. Depuis les frappes menées samedi par les États-Unis et Israël contre la République islamique, leur situation est devenue la préoccupation centrale des autorités mauriciennes. « Ce qui nous concerne davantage, ce sont nos citoyens en Iran. Nous leur demandons de prendre les précautions nécessaires », a déclaré le ministre des Affaires étrangères, Ritish Ramful.
Le ministère a diffusé un communiqué officiel faisant état d’une « situation sécuritaire incertaine » en Iran, conseillant vivement à tous les Mauriciens de différer tout voyage vers ce pays en raison de l’escalade des menaces. Les missions diplomatiques mauriciennes à l’étranger, précise le communiqué, « se tiennent prêtes à entrer en contact avec les ressortissants qui pourraient se trouver en détresse ».
Une ligne d’urgence (+230 405 2576) est mise à la disposition des Mauriciens concernés. La cellule de crise du ministère peut également être contactée par courriel aux adresses suivantes : [email protected] et [email protected].
Sur le plan diplomatique, Port-Louis observe, mais ne tranche pas. Face à une escalade militaire qui engage trois puissances – les États-Unis, Israël et l’Iran –, Maurice maintient sa ligne traditionnelle de neutralité. « Maurice a toujours gardé une posture de neutralité. Nous n’entrons pas dans des conflits entre les puissances. Cela a toujours été le cas », a affirmé Ritish Ramful. Le ministre a été explicite sur les raisons de cette posture : « Maurice est un petit pays vulnérable, ce qui ne nous permet pas de prendre parti. »
Le ministre a souligné que ce dossier concerne avant tout « Israël, les États-Unis et l’Iran », ajoutant que Port-Louis « observe la situation et suit la position de la communauté internationale » avant de prendre toute décision. Une prudence calculée, pour un petit État qui, face aux convulsions du Moyen-Orient, choisit de protéger ses citoyens sans s’exposer sur la scène internationale.
Mais pour l’ancien ministre des Affaires étrangères Nando Bodha, cette retenue appelle une lecture plus stratégique, et une mise en garde. Son analyse des événements est tranchée : « Il est clair que l’opération conjointe israélo-américaine avait été décidée depuis longtemps. Les manœuvres diplomatiques de ces derniers jours, dans un certain sens, n’étaient qu’un paravent pour bien préparer leur stratégie militaire. »
Il pointe également le rôle de Diego Garcia, où se trouve la base militaire anglo-américaine, affirmant qu’« une partie de l’armada mise en place vient de Diego Garcia ». Un constat qui, selon lui, « rappelle aux Américains, aux Britanniques et au monde que l’océan Indien est devenu la zone la plus stratégique au monde ».
C’est précisément là que Nando Bodha juge le silence de Port-Louis le plus problématique. Dans un contexte où Diego Garcia – territoire mauricien au cœur de l’archipel des Chagos – se retrouve au centre de l’échiquier militaire mondial, l’ancien chef de la diplomatie mauricienne appelle à une prise de parole ferme et publique du Premier ministre Navin Ramgoolam sur la question du bail de 99 ans lié à la base.
« Diego Garcia est notre territoire et nous devons nous prononcer d’une voix claire pour affirmer notre position », martèle-t-il. Et d’interpeller directement le chef du gouvernement : « En tant que chef du gouvernement, Navin Ramgoolam doit monter au créneau. Je ne comprends pas pourquoi il ne s’adresse pas aux médias internationaux pour rassurer et montrer que l’on peut nous faire confiance concernant le bail. C’est à lui de le dire, et cela devrait faire le tour du monde. »
Pour Nando Bodha, le moment est trop stratégique pour que Maurice se contente d’observer. Le Premier ministre, estime-t-il, devrait prendre son bâton de pèlerin pour rassurer aussi bien Londres que Washington.
Les autorités iraniennes ont demandé samedi aux habitants de Téhéran de quitter la ville. « Prenez, si possible, et tout en gardant votre calme, la direction d’autres villes », ont-elles écrit dans un message envoyé sur les téléphones iraniens, après de nouvelles frappes conjointes américano-israéliennes contre la capitale et plusieurs grandes villes du pays. Toutes les universités ont été fermées jusqu’à nouvel ordre.