François Eynaud, CEO du groupe Sunlife : «Maurice pourrait bénéficier d’une image de destination sûre»

Par Leena Gooraya-Poligadoo
Publié le: 9 mars 2026 à 13:30
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Depuis le début des tensions au Moyen-Orient, avez-vous observé un impact concret sur les arrivées touristiques à Maurice, notamment en termes d’annulations et de reports ?
Emirates et Saudia Airlines représentent environ 20 % à 22 % de la capacité de sièges aériens vers Maurice. Dans les hôtels Sunlife et Riveo (Shangri-La Le Touessrok et Four Seasons Mauritius), nous avons effectivement enregistré des annulations pour les mois de mars et avril, mais plus de 90 % des clients ont reporté leur voyage à Maurice. Pour Sunlife, nous avons constaté des annulations concernant la période de séjour allant du début du conflit jusqu’à la semaine prochaine. Toutefois, ces annulations sont étroitement liées aux vols annulés, essentiellement depuis Dubaï. À ce jour, aucune annulation n’a été enregistrée concernant les clients arrivant par d’autres vols. Il est encore trop tôt pour dégager une véritable tendance quant au comportement de nos clients face à la situation actuelle. D’autre part, en raison de l’annulation provisoire des vols d’Emirates, nous observons également des extensions de séjour de la part de certains visiteurs.

Si la guerre continue de s’intensifier, dans quelle mesure peut-elle affecter le secteur touristique mauricien ?
Nous n’avons pas encore de visibilité sur la durée du conflit ni sur son impact éventuel sur les intentions de voyage des touristes. Heureusement, Maurice bénéficie de nombreux vols directs depuis ses principaux marchés, contrairement aux Maldives ou aux Seychelles. Nous espérons que l’effet psychologique de ce conflit n’affectera pas la volonté des touristes d’effectuer des voyages long-courriers. Maurice pourrait aussi bénéficier, dans les prochains mois, d’une image de destination sûre, ce qui pourrait jouer en sa faveur.

Une éventuelle hausse des prix du pétrole ou des coûts du transport aérien pourrait-elle freiner la demande touristique vers les destinations lointaines comme Maurice ?
Le prix du pétrole a déjà augmenté dans des proportions raisonnables pour l’instant. Si cette hausse devait s’accentuer, elle pourrait effectivement se répercuter sur le prix des billets d’avion, et plus particulièrement sur les vols long-courriers. Il me semble qu’Air Mauritius pratique relativement peu de couverture (« hedging ») sur le prix du carburant.

Face à ces incertitudes géopolitiques, quelles mesures ou stratégies Maurice devrait-elle privilégier pour renforcer la résilience de son industrie touristique ?
Nous avons eu une réunion cette semaine au salon du tourisme ITB Berlin, réunissant Air Mauritius, la Mauritius Tourism Promotion Authority (MTPA) et plusieurs opérateurs du secteur. C’est pour nous aligner sur les mesures à court terme pour protéger l’industrie touristique. Air Mauritius pourrait ajouter des vols directs vers Paris, mais la compagnie ne pourra pas, à elle seule, compenser la capacité d’Emirates. En revanche, il serait pertinent d’accorder rapidement les droits de vols supplémentaires demandés depuis quelque temps par Turkish Airlines.

Nous espérons également que les touristes européens ne privilégieront pas uniquement les destinations court-courriers pendant l’été, d’autant plus que les vacances en haute saison méditerranéenne sont généralement très coûteuses. Enfin, nous avons suggéré à la MTPA de lancer rapidement des campagnes de visibilité dans tous nos marchés porteurs, y compris les marchés proches disposant de vols directs, comme l’Afrique du Sud, La Réunion, l’Australie et l’Inde.

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