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France : après 30 ans d'impertinence, les Guignols s'arrêtent sur Canal+

Crédit photo : Page Facebook Les Guignols

«Vous pouvez éteindre la télévision et reprendre une activité normale» : la voix impertinente des «Guignols», émission emblématique de la grande époque de la chaîne française Canal+, qui déplaisait à son nouveau propriétaire Vincent Bolloré, se taira définitivement à la rentrée.

Après près de trente ans sur la chaîne cryptée française, leur fin a été scellée vendredi 22 juin lors d'un comité d'entreprise, a indiqué la chaîne vendredi à l'AFP. 

Cette parodie grinçante de journal télévisé créée en août 1988, qui attirait dans ses grandes années jusqu'à trois millions de téléspectateurs, était en sursis depuis l'arrivée de l'homme d'affaires Vincent Bolloré à la tête de Canal+ en 2015. Ce dernier avait reproché à la chaîne un abus «de dérision» et une tendance à se «moquer des autres».

Un arrêt "inéluctable"

«On s'en doutait, il y avait des bruits, des démissions», a indiqué vendredi à l'AFP Yves Lecoq, l'un des imitateurs historiques de l'émission (avec les voix du présentateur Patrick Poivre d'Arvor dit  «PPD» ou Jacques Chirac). «J'ai des rendez-vous la semaine prochaine pour des enregistrements des Guignols. J'attends que l'on me dise ce qui va se passer», a-t-il ajouté, précisant qu'il n'avait pas été informé par la chaîne.

«Cela me rend triste. On connaissait l'issue, inéluctable», a déclaré à l'AFP Yves le Rolland, le «chef d'orchestre» des Guignols pendant 21 ans. «Mais c'est comme lorsque vous êtes au chevet de quelqu'un de très malade : c'est horrible, vous ne savez pas si c'est un soulagement, une délivrance».

De nombreux fans partageaient vendredi leur déception sur les réseaux sociaux, les Guignols devenant le sujet le plus commenté sur Twitter en France en début d'après-midi. 

Souvent tournée en ridicule dans l'émission, l'eurodéputée de droite Nadine Morano s'est au contraire réjouie de son arrêt définitif : «Bien fait ! Pas d’enterrement, crémation directe. Ni couronne ni fleur mais une plaque +bêtes et méchants+».

En 2015, Les Guignols n'avaient dû leur survie qu'à une forte mobilisation du public. Le président François Hollande lui-même avait pris position en estimant que «la caricature fait partie du patrimoine» français.

L'émission était revenue fin 2015 dans une nouvelle version diffusée en crypté, plus lisse, avec de nouveaux auteurs et sans PPD à la présentation. Les audiences en chute libre n'avaient pas été sauvées par une nouvelle diffusion en clair à partir de 2016.

Voilà, sans transition

Longtemps présentée en direct juste avant le Journal télévisé de 20H des autres chaînes, copiée dans le monde entier, l'émission a marqué le langage courant avec de nombreuses répliques : l'«Atchao bonsoir» de PPD, le «Mais euuuuh» de l'homme politique François Bayrou ou le «Je peux dire une connerie?» du gardien de but Fabien Barthez.

Née en 1988, l'émission «Les Guignols de l'info» s'est imposée en 1990 à l'occasion de la guerre du Golfe. «Il n'y avait plus qu'une émission avec un discours décalé sur la guerre: les Guignols», selon Yves le Rolland.

L'humour sans tabou de l'émission a souvent causé des scandales et des poursuites: la romancière Françoise Sagan avait notamment été la première à obtenir en justice l'arrêt d'une séquence.

Rançon du succès, l'équipe de Canal+ avait aussi été critiquée pour son influence politique. On lui avait notamment reproché d'avoir favorisé l'élection de Jacques Chirac en 1995 en présentant sa marionnette d'une façon trop sympathique.

Les Guignols étaient une des dernières émission du Canal+ historique. «Le Grand Journal» a disparu après plusieurs remaniements, le «Zapping» a migré sur France Télévisions, et «Le Petit journal» a perdu son présentateur Yann Barthès, parti pour le groupe TF1. Enfin, mardi, Canal+ a perdu les droits de la Ligue 1 de football qu'il détenait depuis 26 ans. Seuls «Groland» et le «Journal du hard» résistent.

© Agence France-Presse