Fourniture d’eau : une unité géante de dessalement alimentée à l’énergie solaire dans le Nord
Par
Patrick Hilbert
Par
Patrick Hilbert
Pour faire face aux pénuries récurrentes et à la demande croissante dans le Nord, les autorités envisagent la mise en place d’une grande unité de dessalement alimentée à l’énergie solaire, capable de renforcer durablement l’approvisionnement en eau potable.
Le gouvernement veut franchir un nouveau cap dans sa stratégie de sécurisation de l’approvisionnement en eau avec un projet d’usine de dessalement alimentée à l’énergie solaire dans le Nord de Maurice. Cette infrastructure, dont la production est estimée entre 10 000 et 50 000 mètres cubes (m³) d’eau par jour, pourrait alimenter entre 50 000 et 250 000 personnes, selon les niveaux de consommation domestique moyens observés à Maurice.
Dans une réponse écrite déposée au Parlement, le ministre de l’Énergie et des Services publics, Patrick Assirvaden, à une question de Babita Thannoo, députée de Rezistans ek Alternativ, explique que cette unité est envisagée dans un contexte de « variabilité importante des précipitations » et de « périodes prolongées de sécheresse » observées ces dernières années. Le dessalement est désormais considéré comme « une option afin de compléter les sources conventionnelles d’approvisionnement en eau » dans les régions confrontées à des pénuries récurrentes.
Le projet cible principalement le Nord, une région où la demande en eau continue de croître sous l’effet de l’expansion résidentielle, commerciale et touristique. Selon le ministre Assirvaden, l’objectif est de mettre sur pied « une usine de dessalement à grande échelle alimentée à l’énergie solaire », avec une capacité de production variant entre 10 000 et 50 000 m³ par jour.
Concrètement, un volume de 10 000 m³ représente environ 10 millions de litres d’eau par jour. Sur la base d’une consommation moyenne de 200 litres d’eau par personne et par jour, cette capacité pourrait couvrir les besoins d’environ 50 000 personnes, soit près de 12 000 à 15 000 foyers. À pleine capacité, soit 50 000 m³ par jour, l’usine pourrait théoriquement desservir jusqu’à 250 000 personnes, représentant plus de 60 000 foyers.
Le ministère avait lancé, en septembre 2025, un appel international à manifestation d’intérêt pour la réalisation d’une étude de faisabilité concernant ce projet. Sur 14 offres reçues, quatre ont été retenues comme étant conformes.
« Mon ministère est en discussion avec des responsables du ministère de l’Eau du Royaume du Maroc concernant des pistes de collaboration dans le domaine du dessalement. En sus, l’assistance des autorités saoudiennes a été proposée, compte tenu de leur vaste expérience dans l’exploitation et la gestion d’usines de dessalement à grande échelle », affirme le ministre.
L’étude de faisabilité devrait permettre de déterminer l’emplacement des futures usines de dessalement ainsi que le modèle financier à adopter. Une fois ces éléments finalisés, les procédures en vue de l’obtention d’un permis EIA seront enclenchées. « À la suite de consultations avec les principales parties prenantes, un appel d’offres sera finalisé et transmis à ces quatre soumissionnaires avant la mi-mai 2026 », indique le ministre dans sa réponse parlementaire. Le projet fait également partie du plan Marshall du ministère visant à mobiliser des ressources hydriques additionnelles à l’échelle nationale.
L’étude de faisabilité devra notamment déterminer l’emplacement exact des installations, le modèle financier à adopter ainsi que les solutions techniques permettant de limiter la consommation énergétique. Le consultant retenu devra « proposer des technologies économes en énergie et optimiser l’utilisation des énergies vertes afin d’assurer un fonctionnement autonome de l’usine ».
La question environnementale figure également parmi les enjeux majeurs du projet. Le consultant devra proposer « les mesures ou technologies les plus adaptées pour l’évacuation de la saumure », ce résidu salin produit par le processus de dessalement, tout en tenant compte des zones écologiquement sensibles du littoral nord.
Aucune licence EIA n’a été demandée à ce stade. Le ministre Patrick Assirvaden précise que les procédures environnementales seront enclenchées une fois l’étude de faisabilité complétée. Celle-ci devrait durer environ douze mois.