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Fonds publics dans les comptes de Silver Bank : les Rs 907 M « extrêmement difficiles » à récupérer

Par Patrick Hilbert
Publié le: 28 avril 2026 à 12:00
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silver bank
La Silver Bank est sous receivership depuis le 30 mars 2026.

À la suite des révélations de Navin Ramgoolam, le recouvrement des dépôts publics semble désormais compromis. Entre siphonnage international et créances toxiques, les autorités admettent que la récupération sera « extrêmement difficile ».

Près de Rs 907 millions de fonds publics restent exposés dans les comptes de Silver Bank, placée sous receivership le 30 mars 2026. Les perspectives de recouvrement apparaissent très limitées, au regard de l’ampleur des créances toxiques. C’est ce qui ressort d’une réponse écrite du Premier ministre Navin Ramgoolam, déposée récemment au Parlement, en réponse à une question de Joanna Bérenger, en complément d’éléments déjà communiqués le 7 avril. Le Défi Quotidien apprend de sources proches du dossier que cet argent sera « extrêmement difficile » à récupérer.

Selon les données transmises par la Banque de Maurice, les dépôts d’organismes publics et parapublics s’élevaient à environ Rs 907 millions au 28 février 2026. Dans le détail, Rs 523 millions proviennent du COVID-19 Projects Development Fund, Rs 158 millions de la National Insurance Co. Ltd, Rs 132 millions de la NIC General Insurance Co. Ltd, Rs 58 millions de la municipalité de Curepipe et Rs 36 millions du Sugar Insurance Fund Board.

Cette exposition intervient dans un contexte financier extrêmement dégradé. Dès mars 2024, le premier rapport du conservateur faisait état de prêts non performants atteignant « environ Rs 8,1 milliards sur un portefeuille total de Rs 8,3 milliards ». Autrement dit, la quasi-totalité des crédits accordés par la banque était considérée comme douteuse.

Deux ans plus tard, les montants récupérés restent marginaux. « À ce jour, seul un montant relativement faible d’environ Rs 209 millions a été recouvré », précise la réponse parlementaire, dont Rs 47 millions auprès d’un client non résident et Rs 162 millions auprès d’emprunteurs locaux. Ce niveau de récupération, inférieur à 3 % des créances identifiées, laisse présager des pertes massives, y compris pour les fonds publics engagés.

Dans sa réponse du 7 avril, le Premier ministre avait déjà dressé un tableau accablant de la situation. Il soulignait notamment l’absence de comptes audités pour 2022 et 2023, Silver Bank ayant été « incapable de nommer un auditeur externe », ces derniers refusant « au vu des informations défavorables graves concernant Prateek Gupta dans l’affaire Trafigura ».

Le chef du gouvernement avait également dénoncé les conditions d’octroi, en 2021, d’une participation majoritaire dans la banque : « 75 % des actions à une personne sans aucune expérience bancaire […] ce n’était rien de moins qu’une transaction scandaleuse et très suspecte », en référence à Ginni Gupta, actionnaire principale et épouse de Prateek Gupta. Le 11 juin 2021, le Conseil d’administration de la Banque de Maurice avait approuvé l’acquisition des actions de BanyanTree Bank par les actionnaires de Silver Bank.

Des flux financiers sous haute surveillance

Au-delà de la gouvernance, les révélations sur les flux financiers aggravent les incertitudes quant aux chances de recouvrement. Un audit interne a mis en lumière des prêts d’environ Rs 7,7 milliards accordés à des sociétés liées à Prateek Gupta, ainsi que des transferts de fonds vers des entités associées. Le Premier ministre évoquait « un cas classique de conspiration institutionnelle au plus haut niveau […] pour détourner l’argent des déposants ».

Les investigations en cours confirment l’ampleur du préjudice. Selon les éléments communiqués, environ Rs 7,9 milliards auraient été « siphonnés et transférés vers plusieurs entités dans différentes juridictions ». Des procédures internationales ont été engagées, notamment via Interpol et des demandes d’entraide judiciaire avec plusieurs pays.

Dans ce contexte, la décision de la Banque de Maurice de mettre fin à la période de conservatorship et de nommer un receiver marque un tournant. Elle acte l’échec des tentatives de reprise, malgré des discussions prolongées avec des investisseurs potentiels entre 2024 et 2026.

Le Premier ministre souligne également que Silver Bank « a complètement ignoré les instructions de la Banque de Maurice », malgré des lettres de mise en garde, des exigences de recapitalisation et des restrictions sur l’octroi de prêts. Par ailleurs, il rappelle que « seulement après un changement de gouvernement » en janvier 2025, une déclaration a été faite à la police concernant une possible conspiration.

L’écart entre les montants engagés, les créances douteuses et les faibles sommes récupérées alimente désormais les inquiétudes quant au sort des Rs 907 millions de fonds publics. Au vu des chiffres disponibles et de la dispersion internationale des fonds, leur récupération apparaît, à ce stade, hautement incertaine.
 

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