Fonction publique - transferts revus en 24 heures : l’ombre des ingérences politiques
Par
Eshan Dinally
Par
Eshan Dinally
Les transferts annoncés le 22 juin dans la Fonction publique ont été revus dès le lendemain par une nouvelle circulaire. Si l’exercice n’est pas inédit dans la Fonction publique, il prend une tournure plus sensible avec l’annexe d’une lettre du Secretary to Cabinet. Celle-ci déplore la pratique habituelle de certains fonctionnaires d’avoir recours à des personnalités politiques pour obtenir un transfert ou maintenir leur posting.
Les transferts annoncés le 22 juin 2026 dans la Fonction publique ont été revus le lendemain. Une nouvelle circulaire, datée du 23 juin, est venue annuler celle de la veille et modifier plusieurs postings de hauts fonctionnaires : « This Office’s circular letter dated 22 June 2026 is hereby canceled ».
Ce n’est pas une première dans l’administration publique que des affectations soient corrigées ou réajustées après publication. Mais, cette fois, l’exercice prend une tournure particulière en raison d’un document annexé à la circulaire du 23 juin.
Cette annexe est une lettre datée du 8 août 2025, signée par le Secretary to Cabinet and Head of the Civil Service. Elle a été adressée aux responsables des ministères et des départements gouvernementaux. Son contenu est sensible : elle met en garde contre le recours à des personnalités politiques par certains préposés administratifs pour obtenir, modifier ou maintenir leur affectation. (Voir encadré)
Dans la circulaire du 23 juin, il est expressément indiqué que la circulaire du 22 juin est annulée. La nouvelle version ne se limite pas à des corrections mineures. Elle revoit plusieurs destinations administratives, maintient certains préposés dans leur ministère initial, ajoute un nom qui ne figurait pas dans la première liste des transferts, et modifie la répartition des postings dans plusieurs ministères.
Les changements les plus importants concernent les Permanent Secretaries. Sur onze cas relevés, cinq postings sont modifiés dans les documents du 22 et du 23 juin. (Voir Tableau.) Un autre élément mérite d’être relevé. Nalini Brinda Vanessa Payneandy ne figurait pas dans la liste des transferts du 22 juin. Elle apparaît pourtant dans la circulaire du 23 juin, avec un posting du Ministry of Arts and Culture vers le Prime Minister’s Office – Defence and Home Affairs Division. Son ajout montre que la nouvelle circulaire ne se contente pas de revoir des affectations existantes. Elle introduit aussi un nouveau mouvement dans la liste.
Au niveau des Deputy Permanent Secretaries, le changement est plus limité. Un cas sur sept est relevé. Les modifications touchent aussi les Temporary Deputy Permanent Secretaries. Sur trente-deux postings, cinq sont revus.
Dans la lettre du 8 août 2025, le Secretary to Cabinet indique qu'il a noté un « recurrent modus operandi » chez certains Senior Officers de l’Administrative Cadre. Il estime que cette pratique est « totally incompatible with the established norms and practices that obtain in the Public Service as per its rules and regulations ».
Le reproche est clairement formulé. Selon la lettre, certains préposés, y compris de jeunes cadres, auraient recours à des personnalités politiques pour tenter d’obtenir ou de maintenir leurs postings après des exercices de redéploiement. Le document évoque ainsi « some Officers, including very junior ones », qui auraient eu « recourse to political personalities with a view to obtaining or maintaining their postings following redeployment exercises ».
Le Secretary to Cabinet qualifie cette pratique de « totally unprofessional ». Il rappelle aussi qu’une fonction publique disciplinée et rigoureuse est essentielle au développement du pays : « a disciplined and rigorous public service is the bedrock of progress and development of the country ».
L’avertissement est également explicite. Il affirme qu’il considérera avec « utmost concern » toute manœuvre similaire à l’avenir et qu’il prendra les mesures appropriées si cette situation se reproduisait. « I shall view with utmost concern and take action as appropriate should any such unacceptable maneuver recur. »
Au-delà de la mise en garde officielle contre les recours aux personnalités politiques, le dossier des postings dans la Fonction publique révèle une réalité plus nuancée. Selon des hauts fonctionnaires interrogés par Le Défi-Plus, les démarches politiques de certains préposés existent bel et bien. « Il ne faut pas être naïf. Certains fonctionnaires entretiennent des liens incestueux avec des politiciens pour protéger leurs intérêts ou sécuriser un posting », confie un ancien haut cadre de l’administration.
Un autre haut fonctionnaire abonde dans le même sens. Selon lui, « le recours aux politiques n’est pas un mythe ». Il estime que certains préposés cherchent parfois à éviter un transfert jugé moins favorable, à rester dans un ministère stratégique ou à se rapprocher d’un centre de décision. « Le Secretary to Cabinet a raison de rappeler les règles », dit-il.
Mais les mêmes intervenants invitent à ne pas réduire tous les changements de postings à des manœuvres personnelles. Dans plusieurs cas, ce ne sont pas les hauts fonctionnaires qui sollicitent les politiques, mais les ministres eux-mêmes qui souhaitent conserver un Permanent Secretary ou un Deputy Permanent Secretary. « Un ministre peut demander à garder un haut fonctionnaire parce qu’il connaît les dossiers, parce qu’il travaille bien, ou parce qu’une relation professionnelle solide s’est construite », explique un ancien Permanent Secretary.
Selon un autre intervenant, cette situation n’est pas toujours liée au copinage politique. « Il y a des cas de proximité malsaine, c’est vrai. Mais il y a aussi des cas où le ministre veut simplement éviter une rupture administrative dans son ministère. »
Pour ces hauts fonctionnaires, la ligne de séparation reste toutefois délicate. « Le problème commence lorsque la relation professionnelle devient une relation d’influence. » D’où, selon eux, l’importance d’un cadre clair : les postings doivent rester une décision institutionnelle, même lorsque les ministres expriment leurs préférences.