Fonction publique : reprise sous le signe de la réforme et de la grogne
Par
Ruquyya Kurreembokus
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Ruquyya Kurreembokus
Près de 90 000 fonctionnaires reprennent le travail ce lundi 5 janvier, dans un contexte marqué par de vastes ambitions de réforme de l’État et des frustrations persistantes liées au rapport du Pay Research Bureau.
Le gouvernement a engagé une réforme d’envergure fondée sur une vision d’administration citoyenne, transparente et performante. Une stratégie de réforme publique pour 2025-2029 a été présentée, mettant l’accent sur la digitalisation. Elle prévoit un système national de gestion électronique des documents, une plateforme numérique pour le « Scheme of Service » et un outil digital d’évaluation de la performance.
L’inauguration, en mars 2025, de l’Institut Atal Bihari Vajpayee pour le service public et l’innovation permettra de former jusqu’à 20 000 fonctionnaires par an. Cette initiative s’inscrit dans la même dynamique que les partenariats internationaux, notamment avec la Chine, centrés sur la formation en intelligence artificielle et en réforme administrative.Toutefois à la reprise du travail, le climat reste mitigé, surtout après la publication du rapport du Pay Research Bureau en décembre dernier. Celui-ci prévoit un réajustement salarial, mais avec un paiement limité à 50 % dès ce mois-ci, la totalité devant être versée à partir de 2027, en raison des contraintes budgétaires.
« Il y a ce sentiment de mécontentement généralisé dans la fonction publique après le rapport du PRB. On a donné l’impression que les fonctionnaires sont bien lotis, mais quand on a parcouru le rapport, force est de constater que le réajustement salarial ne reflète pas le cas », confie Radhakrishna Sadien, négociateur syndical de la State and Other Employees Federation. Cependant, il insiste que les fonctionnaires continueront à assumer leurs responsabilités comme ils l’ont toujours fait.
Position plus ferme encore chez Prakash Baluckram, président de la Government Services Employees Association : « Le PRB doit être payé dans sa totalité », affirme-t-il, assurant que son syndicat poursuivra la mobilisation. Il précise toutefois qu’au-delà de cette bataille, les fonctionnaires continuent de servir avec sérieux et dévouement. Il souligne également que les officiers de divers services essentiels ont répondu aux attentes pendant la période festive, permettant aux Mauriciens de célébrer Noël et le Nouvel An sereinement.
De son côté, Narendranath Gopee, de la Federation of Civil Service and Other Unions, souligne que le syndicat a pris bonne note de l’annonce du Premier ministre concernant la réforme de la performance des fonctionnaires. Il affirme que « la performance des hauts fonctionnaires doit désormais être scrutée, car ceux au bas de la hiérarchie suivent leurs instructions ». Il appelle également à rétablir le lien entre l’administration composée de hauts cadres, le syndicat et les fonctionnaires. « Les relations industrielles solides sont essentielles pour l’amélioration de la productivité », fait ressortir le syndicaliste.
Entre réformes structurelles ambitieuses et tensions salariales persistantes, la fonction publique aborde 2026 à un tournant décisif, où la concrétisation des promesses sera scrutée de près.