Fonction publique : la suspension de la «Sunday Allowance» met le feu aux poudres
Par
Sharone Samy
Par
Sharone Samy
La suspension de l’allocation dominicale par le PRB provoque la colère des syndicats. Dénonçant une décision unilatérale et injuste, ils craignent une dégradation du service public et du climat social.
La suspension de la « Sunday Allowance » dans le dernier rapport du Pay Research Bureau (PRB) provoque une onde de choc au sein de la fonction publique. Justifiée par une situation financière jugée délicate, cette mesure a immédiatement suscité une levée de boucliers syndicale. Plusieurs organisations dénoncent une décision unilatérale, prise sans concertation préalable, et dont les conséquences pourraient se faire sentir bien au-delà des seuls travailleurs directement concernés. Un comité devrait prochainement se pencher sur la question (voir encadré), mais dans l’intervalle, le climat social se tend.
Cette allocation concernait jusqu’ici une frange bien définie de la fonction publique. Le secteur public compte en effet trois catégories de travailleurs : les « normal workers », les « roster workers » et les « shift workers ».
Ces deux dernières catégories y étaient éligibles en raison de la nature particulière de leurs horaires de travail. Les bénéficiaires sont majoritairement des officiers des services essentiels, appelés à travailler le dimanche afin d’assurer la continuité du service public, parfois dans des contextes d’urgence ou de forte pression opérationnelle.
Dans les faits, le travail dominical s’inscrit dans l’organisation même de nombreux services de l’État. Police, pompiers, personnel hospitalier, services de secours ou encore certaines unités techniques fonctionnent selon des régimes de rotation qui ne tiennent pas compte du calendrier classique de la semaine de travail. La « Sunday Allowance » visait ainsi à reconnaître cette contrainte particulière, tout en garantissant la disponibilité des effectifs durant les jours traditionnellement consacrés au repos.
Pour les syndicats, la suppression de cette allocation donne l’impression d’une décision à double vitesse, déconnectée de la réalité du terrain. Ils rappellent que le travail dominical ne relève pas d’un choix personnel, mais d’une obligation professionnelle imposée par les exigences du service public. La « Sunday Allowance », soulignent-ils, s’inscrivait dans un système global visant à garantir un service approprié au public, y compris durant les week-ends et les jours fériés.
La Government Services Employees Association (GSEA) figure parmi les organisations les plus critiques. Son président, Prakash Balukram, déplore une décision prise sans consultation préalable avec les partenaires sociaux. Une méthode qu’il juge inacceptable, compte tenu de l’impact direct sur les conditions de travail de milliers de fonctionnaires concernés par les régimes de rotation et de permanence. Selon lui, les « shift workers » sont régulièrement appelés à travailler à des heures atypiques, souvent dans des contextes d’urgence. La GSEA représente notamment des catégories telles que les soldats du feu, directement touchés par la suspension de la « Sunday Allowance ».
« Cette allocation n’a jamais été uniquement une motivation monétaire. Elle permettait d’assurer un service adéquat même durant les jours de congé. Aujourd’hui, c’est un droit que l’on enlève à certains travailleurs », insiste Prakash Balukram. Il estime que l’effort demandé aux fonctionnaires est disproportionné, d’autant plus que ces derniers sont déjà soumis à des contraintes importantes liées à la nature de leurs fonctions. Le syndicat appelle le gouvernement à revoir sa position et annonce qu’il poursuivra ses démarches afin d’obtenir une révision de la décision.
L’argument budgétaire avancé par le PRB cristallise les critiques syndicales. Le Mauritius Labour Congress (MLC) est monté au créneau à son tour. Son président, Haniff Peerun, réclame ouvertement la démission du directeur du PRB et demande l’organisation, dans les plus brefs délais, d’une nouvelle réunion tripartite réunissant les syndicats, le ministre de la Fonction publique, le ministre des Finances et l’ensemble des parties concernées.
Pour Haniff Peerun, la suspension de la « Sunday Allowance » équivaut à un retrait d’un droit acquis. Il juge l’argument financier non seulement insuffisant, mais profondément injuste. « Suspendre la ‘Sunday Allowance’ en invoquant la situation financière est une insulte. Lorsqu’il s’agit des membres du gouvernement, il y a de l’argent. Lorsqu’il s’agit des travailleurs, on leur demande de faire des concessions », déplore-t-il.
Selon lui, cette allocation agit comme un véritable facteur incitatif, permettant de maintenir la motivation des fonctionnaires appelés à travailler le dimanche, parfois dans des conditions difficiles. Il avertit que cette décision risque de freiner le fonctionnement des services publics et d’engendrer des conséquences plus graves à moyen terme. « En apportant ce changement, on risque non seulement de ralentir le service, mais aussi de créer des dysfonctionnements durables », soutient-il.
Les inquiétudes sont particulièrement vives dans le secteur de la santé, déjà confronté à des défis structurels. Amarjeet Seetohul, président de la Ministry of Health Employees Union (MHEU), met en garde contre l’impact potentiel de la suspension de la « Sunday Allowance » sur un système fragilisé par un manque de personnel. Selon lui, geler cette allocation revient à mettre en péril tout un service destiné au public, alors même que les établissements de santé doivent assurer une présence continue, y compris les week-ends. « Nous faisons déjà face à un déficit de ressources humaines.
Avec cette décision du PRB, de nombreuses questions se posent. Nous ne sommes pas d’accord du tout », affirme-t-il. Il estime que la continuité du service dépend aussi de la reconnaissance des contraintes imposées aux travailleurs, et que retirer la « Sunday Allowance » risque d’aggraver les difficultés de mobilisation du personnel.
Alors que les syndicats multiplient les prises de position, la question de la « Sunday Allowance » s’impose désormais comme un dossier social sensible, révélateur des tensions entre impératifs budgétaires et réalités opérationnelles. Au-delà de la seule allocation dominicale, c’est l’équilibre du travail dans la fonction publique qui est en jeu, ainsi que la capacité de l’État à garantir un service de qualité à la population. Dans l’attente des conclusions du comité annoncé et d’éventuelles discussions tripartites, les organisations syndicales préviennent qu’elles resteront mobilisées.
Les autorités ont annoncé la mise en place d’un comité consultatif chargé de réexaminer la mesure. Les recommandations de ce comité seront ensuite transmises à un High Powered Committee, qui tranchera sur la suite à donner.