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Fonction publique et politique : débats ouverts autour des interdictions

Radhakrishna Sadien. Radhakrishna Sadien.

Un fonctionnaire ne peut faire de la politique active. Pourtant, les exemples de fonctionnaires ou d’employés de corps paraétatiques qui bafouent cette règle se multiplient. Faut-il s’en débarrasser ?

Deux employés de corps paraétatiques se sont affichés ouvertement cette semaine à une réunion de la régionale No 13 du Mouvement socialiste militant (MSM). Récemment, il y a eu le cas de l’ASP Manoj Luchan, numéro deux du Passeport and Immigration Office (PIO) et de Gilles L’Entêté, Managing Director de la National Housing Development Company (NHDC), présents à la réunion du comité central du MSM. Sans compter le cas de Bilal Ramkissoon, officier de la SMF, vu aux côtés de Navin Ramgoolam récemment. Si Zouberr Joomaye estimait, dans une déclaration au Défi Quotidien, qu’il était temps de lever les interdictions concernant la participation des fonctionnaires aux activités politiques, d’autres sont d’avis qu’il faudrait lâcher du lest au bas de la pyramide.

Le syndicaliste Radhakrishna Sadien est d’avis qu’il faudrait notamment autoriser les fonctionnaires à participer aux élections des collectivités locales. « J’avais écrit au gouvernement il y a quelques années pour demander de considérer cela, raconte-t-il. Avec le vieillissement de la population il faudrait permettre aux fonctionnaires de participer aux élections villageoises par exemple. » Selon le syndicaliste, il faudrait une restriction sur la participation aux élections nationales du personnel administratif, « mais les techniciens devraient pouvoir participer ».

Le syndicaliste souligne également le fait que certains fonctionnaires sont actifs sur la scène politique, s’affichant dans des comités centraux des partis politiques, sans pour autant être sanctionnés. « C’est injuste ! s’indigne-t-il, soit on ferme la porte pour tout le monde, soit on l’ouvre en grand ! »

Mahend Gungapersad est également bien placé pour parler du sujet. Il a fait carrière dans l’enseignement et a été le recteur de la Rabindranath Tagore SSS avant de se lancer dans la politique active en 2014 avec le Parti travailliste. Il estime également que pour ceux qui se trouvent au somment de la hiérarchie de la Fonction publique, l’interdiction devrait être maintenue. « Si une personne s’affiche ouvertement, on pourra penser qu’elle a un ‘bias’ politique quand elle prendra des décisions, explique-t-il, je crois que pour les hauts gradés, ceux qui tiennent les leviers décisionnels, devraient se tenir à l’écart de la politique. Mais pour les autres, je ne vois pas de raison. » Mahend Gungapersad prend exemple sur sa propre expérience : pendant qu’il était recteur, il ne pouvait afficher de couleurs politiques, sinon chaque décision prise aurait été teintée par la couleur politique.

Tout le monde n’est pas du même avis cependant. Un ancien haut fonctionnaire, aujourd’hui à la retraite qui n’a pas souhaité garder l’anonymat, explique son opposition à cette idée : « N’importe quel fonctionnaire a le droit d’assister à un meeting politique. Ce qui lui est interdit, c’est de manifester son soutien en soulevant des pavillons par exemple. Cela doit être préservé, car l’allégeance du fonctionnaire est envers l’État. ». Il argue qu’un fonctionnaire qui affiche ses couleurs politiques ouvertement risque d’avoir un impact négatif sur son travail, courant notamment le risque que chacune de ses décisions soit commentée sous la perspective de son soutien à tel parti ou un autre.