Flambée des prix des métaux précieux : une chaîne à Rs 45,000, une alliance à Rs 38,000

Par Christina Vilbrin
Publié le: 31 janvier 2026 à 14:00
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  • La vente des bijoux a baissé d’environ 30 % 

Ces derniers mois, l’or et l’argent battent tous les records, entraînant une forte hausse des prix des bijoux. Résultat : certains consommateurs achètent moins, d’autres se tournent vers les bijoux comme investissement, tandis que l’inquiétude gagne les bijouteries.

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Les raisons derrière la flambée des prix de ces deux métaux 

Valeurs refuges par excellence, l’or et l’argent enregistrent depuis plusieurs mois une nette accélération de leurs cours, portée par un regain de tensions géopolitiques et par les inquiétudes économiques mondiales. Pour l’or, cette hausse s’explique aussi par les achats soutenus des banques centrales, notamment de la Chine, qui a réduit ses avoirs en dette américaine pour renforcer ses réserves en métal jaune. À cela s’ajoute un mouvement de dédollarisation, marqué par le recul du dollar dans les échanges internationaux au profit des monnaies locales, ainsi qu’une demande mondiale record, dépassant les 5 000 tonnes en 2025, un niveau inédit selon le Conseil mondial de l’or. Du côté de l’argent, la flambée des prix s’inscrit dans un rattrapage par rapport à l’or, après une longue période de sous-évaluation. Métal industriel stratégique, il est indispensable à des secteurs clés comme l’électronique, les semi-conducteurs, les batteries et le photovoltaïque. Cette forte demande, combinée à un déficit structurel du marché, où la demande mondiale excède l’offre depuis plusieurs années, alimente la hausse de ses cours.


Un recul dans les prix ce vendredi après l’annonce de Trump 

Entre jeudi et vendredi, l’or et l’argent ont reculé après l’annonce imminente par Donald Trump du futur président de la Réserve fédérale américaine. Les marchés redoutent la nomination de Kevin Warsh, un ancien gouverneur de la banque centrale américaine perçu comme plus « hawkish », ce qui a renforcé le dollar et déclenché une vague de prises de bénéfices sur les métaux précieux. L’or a ainsi perdu plus de 6 % vendredi et l’argent près de 15 %, après avoir atteint des niveaux records plus tôt dans la semaine, indique-t-on dans la presse internationale vendredi matin. 


Parole aux bijoutiers et fournisseurs 
Ratish Sooklaul, directeur de G. Sooklaul Bijou D’or : « La vente des bijoux a baissé de 30 % » 

Ratish Sooklaul, directeur de G. Sooklaul Bijou D’or, explique que la hausse continue des prix de l’or et de l’argent a eu un impact conséquent sur les ventes de bijoux. Cette situation est d’autant plus compliquée avec l’entrée en vigueur de la mesure sur la TVA (Ndlr : depuis le 1er octobre 2025, le seuil d’enregistrement obligatoire à la TVA est passé de Rs 6 millions à Rs 3 millions de chiffre d’affaires annuel). « Du coup, le bijou, qu’il soit petit ou grand, coûte plus cher. En conséquence, les ventes ont baissé d’environ 30 % », indique Ratish Sooklaul. Les clients qui achètent le font principalement par nécessité, notamment pour des fiançailles, des mariages ou des anniversaires, plutôt que pour le plaisir ou le luxe. Parallèlement, il observe une augmentation du nombre de personnes qui se tournent vers les bijoux comme forme d’investissement, soit une croissance entre 10 % et 20 %. « Pour ces clients, l’or reste une valeur refuge. Ils préfèrent acheter des bijoux que de placer leur argent en banque », souligne Ratish Sooklaul.

Dhilesh Neergheen, propriétaire de la Bijouterie D. Neergheen : « Certains clients échangent leurs anciens bijoux contre de nouveaux modèles » 

Dhilesh Neergheen, propriétaire de la Bijouterie D. Neergheen, affirme que la clientèle rencontre de plus en plus de difficultés pour acheter des bijoux en or, en raison de la flambée des prix. « Le 16 janvier, le gramme d’or se négociait à Rs 7 203,68, avant de grimper à Rs 8 477 le 29 janvier. Aujourd’hui, le prix est redescendu à Rs 7 999, mais reste à un niveau élevé », indique-t-il.  Ce qui pèse fortement sur les ventes. « Celles-ci ont fortement diminué, car de nombreux clients n’ont tout simplement plus les moyens d’acheter des bijoux. Face à cette situation, certains choisissent d’apporter leurs bijoux en or qu’ils possèdent déjà à la maison afin de les échanger contre de nouveaux modèles, en ne payant que la différence, ce qui permet de limiter les dépenses », remarque Dhilesh Neergheen.

Sadhna Sokhal, présidente du Jewellery Advisory Council : « Certaines bijouteries ferment, mais d’autres ouvrent également » 

Sadhna Sokhal, vice-présidente de la Manufacturers Jewellers Association et présidente du Jewellery Advisory Council, explique que les prix de l’or ont toujours connu des hausses. « Mais, ces derniers temps, la hausse de l’or est devenue très médiatisée. Ce phénomène mondial échappe à tout contrôle local : il est donc impossible d’en tenir les bijoutiers mauriciens pour responsables. Ils doivent simplement composer avec cette réalité », fait-elle ressortir. 

Comment s’en sortent les bijoutiers ? « Certaines bijouteries ferment, certes, mais d’autres ouvrent également. La situation n’est pas alarmante, mais cela ne signifie pas pour autant que le secteur n’est pas affecté : les ventes ont bel et bien reculé, notamment sous l’effet de la forte hausse des prix de l’or », avance Sadhna Sokhal. 

Elle souligne, toutefois, que l’or reste profondément ancré dans la culture mauricienne. « Mariages, fiançailles et occasions spéciales continuent de donner lieu à des achats en or. Les Mauriciens n’ont pas cessé d’acheter, mais ils achètent différemment : moins en quantité, parfois avec une logique d’investissement. L’or demeure en effet l’un des rares investissements tangibles que l’on peut porter, conserver chez soi, voir prendre de la valeur et échanger en cas de besoin », explique-t-elle. 

Elle insiste également sur le fait que ce n’est pas seulement l’or ou l’argent qui coûtent plus cher. « Il y a eu une hausse généralisée des prix, qu’il s’agisse de l’or, des billets d’avion, des hôtels ou même des produits de base, mais les consommateurs s’ajustent », souligne-t-elle.

Sadhna Sokhal ajoute que la TVA affecte doublement le secteur, en plus de l’augmentation des salaires et des coûts opérationnels. « Cette accumulation de facteurs réduit les marges bénéficiaires, limite les capacités d’investissement, freine l’embauche et complique l’agrandissement des entreprises. Travailler avec des marges en baisse n’est jamais une situation saine », reconnaît-elle.

Elle se prononce, par ailleurs, pour un changement de mentalité chez les consommateurs. « Autrefois, offrir une chaîne, une bague ou un bracelet en or était un réflexe culturel dans toutes les communautés. Aujourd’hui, on critique sans cesse le prix de l’or tout en achetant sans hésiter téléphones, vêtements, sacs ou autres biens, au détriment des bijoux dont la valeur ne cesse de grimper. Il est temps de prendre conscience de ce choix », conseille Sadhna Sokhal. 

S. Ramjany, directeur de Silver Bar : « Plus le prix de l’or monte, plus la TVA augmente » 

« Les prix des métaux précieux évoluent tellement vite qu’ils affectent le pouvoir d’achat des consommateurs et ont un gros impact sur le secteur des bijoutiers à Maurice », déplore S. Ramjany, directeur de Silver Bar, fournisseur de l’or et de l’argent. Au lieu d’acheter des sets de bijoux, explique-t-il, les clients privilégient désormais une bague et des boucles d’oreilles. « Par ailleurs, plus le prix de l’or monte, plus la TVA augmente, ce qui accentue l’impact sur les prix. Du coup, cela encourage les Mauriciens qui partent à l’étranger à acheter des bijoux à l’étranger au lieu d’avoir recours au savoir-faire mauricien », conclut S. Ramjany.


L’évolution des prix des bijoux à Maurice
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évolution des prix des bijoux à Maurice


 

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