Finances publiques : Moody’s constate une amélioration des comptes de Maurice
Par
Christina Vilbrin
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Christina Vilbrin
Maurice a amorcé lors du dernier Budget un redressement de ses finances publiques. Dans un « Issuer Comment » publié le 4 mai, Moody’s Ratings note « des progrès concrets en matière d’assainissement budgétaire », malgré un contexte difficile marqué par l’échec de l’accord sur les Chagos ou encore les tensions inflationnistes liées à la guerre au Moyen-Orient.
Maurice, noté Baa3 avec une perspective négative, poursuit un redressement graduel de ses finances publiques. L’agence estime que le gouvernement commence à remettre de l’ordre dans les finances publiques, avec une gestion du Budget 2026 qui s’améliore progressivement à l’approche de sa clôture le 30 juin. « La consolidation budgétaire montre des premiers signes de progrès, même si elle ne suit pas encore pleinement les objectifs fixés par le gouvernement », indique Moody’s.
Le déficit public s’est nettement réduit, passant de 9,3 % à environ 5,5 % du PIB, porté par une hausse des recettes et un meilleur contrôle des dépenses. Mais l’agence de notation reste prudente. Elle anticipe un déficit toujours élevé, autour de 6,5 % du PIB, en raison de plusieurs contraintes structurelles. Elle met en avant « l’absence des recettes liées aux Chagos, la persistance de coûts d’intérêts élevés et un environnement défavorable sur le marché pétrolier », susceptible d’alimenter les tensions sur l’inflation, les taux et la demande sociale. Dans ce contexte, la trajectoire budgétaire de Maurice apparaît en amélioration, mais encore fragile, entre consolidation progressive et contraintes externes persistantes.
Moody’s souligne également la pression persistante sur le service de la dette, malgré un léger reflux des taux. Les rendements des bons du Trésor sont retombés autour de 4 %, après avoir atteint 4,5 % à 5 % mi-2025. Toutefois, « la charge globale d’intérêts demeure élevée », en raison de la lente revalorisation de la dette ancienne et du poids de l’endettement accumulé en 2025.
Les recettes publiques
Croissance des recettes : + 7,8 %
Les raisons : Cette progression dépasse la croissance du PIB, tirée notamment par l’impôt sur le revenu (+ 15,8 %) et les subventions.
Vs
Les dépenses publiques
Dépenses totales : -3,9 %
Les raisons : Les dépenses ont reculé de 3,9 %, traduisant une discipline budgétaire. Mais cette amélioration est partiellement effacée par la hausse des charges d’intérêts, en forte progression de 23,4 %.
*Pour la période de juillet 2025 à février 2026.
…l’accord sur les Chagos : « Les performances budgétaires se sont révélées en deçà des attentes, en raison de l’échec de l’accord entre le Royaume-Uni et Maurice concernant l’archipel des Chagos, après le retrait du soutien des États-Unis. Lors de la préparation du Budget 2026, les autorités anticipaient des recettes annuelles d’environ Rs 10 milliards (soit 1,3 % du PIB de 2025) liées à cet accord. »
…la guerre au Moyen-Orient : « Les tensions géopolitiques au Moyen-Orient constituent également un facteur de risque pour l’économie et les finances publiques mauriciennes. Le panier d’importations du pays est sensible à la hausse des prix du pétrole, lequel représente environ 4 % de l’indice des prix à la consommation et 23 % des importations de biens en 2025. Dans un scénario défavorable, une hausse durable des prix de l’énergie pourrait se transmettre à l’inflation domestique via l’augmentation des coûts de transport, affectant l’ensemble des biens importés. Une hausse prolongée des prix du pétrole pourrait également peser sur la demande touristique, constituant un risque pour les recettes publiques. »
…le tourisme : « Cependant, le secteur touristique demeure résilient. Au premier trimestre 2026, les arrivées touristiques ont atteint 348 000 visiteurs, dépassant la moyenne de 342 000 enregistrée sur la période 2023-2025. La majorité des touristes proviennent d’Europe, notamment de France (Aa3, perspective négative). Les vols directs entre l’Europe et Maurice évitent les zones de conflit, tandis que les liaisons indirectes ont été réorganisées afin de contourner l’espace aérien du Moyen-Orient. Ainsi, le trafic à l’aéroport de Plaisance demeure globalement stable par rapport aux années précédentes. »