Finale de la Coupe du monde : Joe Sunassee, le Mauricien d’Espagne qui rêve d’un sacre de la Roja
Par
Azeem Khodabux
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Azeem Khodabux
Installé en Espagne depuis quatre ans, Joe Sunassee attend avec ferveur la finale du Mondial et espère voir la Roja décrocher une nouvelle étoile tant attendue dimanche, face à l’Argentine.
À 54 ans, Joe Sunassee porte en lui plusieurs histoires : celle d’un enfant de la rue Magon, à Port-Louis, qui a grandi modestement ; celle d’un jeune Mauricien confronté aux difficultés de l’exil en Angleterre ; et celle d’un homme qui a trouvé un nouveau foyer sous le soleil d’Albatera, dans la province d’Alicante, en Espagne. Installé dans le pays depuis quatre ans, il vit pleinement sa passion pour le football espagnol et attend avec impatience la finale de la Coupe du monde. Entre ses souvenirs de Maurice, la nostalgie de sa famille et son attachement à la Roja, il revient sur son parcours et sur l’aventure humaine qui l’a conduit en Espagne.
Avant de devenir un Mauricien installé en Europe, Joe Sunassee était un enfant qui courait dans les ruelles de Port-Louis, des rêves plein la tête et un ballon aux pieds. Né et ayant grandi à la rue Magon, il garde un souvenir précieux de son enfance passée auprès de sa famille et de ses voisins.
« Dans la cour où nous vivions à Maurice avec mes cousins et cousines de la famille Lamothe, il y avait aussi les voisins Armoudon. Nous étions 22 enfants issus de trois familles. C’était le meilleur moment de ma vie », raconte-t-il avec émotion.
Cette époque était rythmée par des jeux simples : football, dominos, carrom, palangouni ou encore cache-cache. « Nous étions pauvres, mais heureux. Il y avait une vraie innocence. Je souhaite que tous les enfants puissent grandir dans un monde aussi beau, avec cette joie et cette simplicité », confie Joe.
Son parcours scolaire l’a mené au collège St Mary’s, à Rose-Hill, avant son passage à la Special Mobile Force (SMF), à Vacoas, où il faisait partie du Platoon 54. Cette période lui a inculqué la discipline, le respect et le sens de l’effort.
L’histoire de Joe est aussi celle d’une génération de Mauriciens contraints de quitter leur île en quête de nouvelles perspectives. Ses parents s’étaient installés à Londres dans les années 1980, alors qu’il n’avait que huit ans. Pendant plusieurs années, il a vécu à Caroline, Bel-Air, auprès de ses oncles, de ses tantes et de sa grand-mère maternelle.
En 1995, il a finalement rejoint sa mère en Angleterre. À l’époque, il nourrissait d’autres ambitions. « Je voulais étudier le droit ou devenir psychologue, mais ma mère n’avait pas les moyens financiers. La seule solution pour moi était de travailler comme maçon », explique-t-il.
Le changement de vie a été brutal. Quitter le climat tropical de Maurice, les plages et l’ambiance familiale pour affronter le froid britannique n’a pas été facile. « Passer de la SMF et du soleil de Maurice à l’hiver anglais était très difficile. Mais avec de la persévérance, j’ai réussi », souligne-t-il.
Pendant 28 ans, Joe a travaillé comme maçon en Angleterre. Ce métier exigeant lui a permis de bâtir sa vie et d’assurer l’avenir de sa famille.
Depuis quatre ans, Joe vit avec son épouse Shamela à Albatera, une commune de la province d’Alicante. Pour lui, ce choix représente un équilibre entre le climat, la proximité de sa famille et la qualité de vie. « Je me sens vraiment chez moi en Espagne. Le soleil, la mer et la nourriture me rappellent beaucoup Maurice. C’est un endroit où je suis heureux », dit-il.
Sa mère, ses deux frères, sa sœur et ses deux fils vivent toujours en Angleterre. Mais depuis l’Espagne, Joe n’est toutefois qu’à deux heures de vol de sa famille. « C’est aussi pour cette raison que j’ai choisi ce pays », précise-t-il.
Joe insiste surtout sur l’accueil chaleureux des Espagnols. « Ils sont vraiment formidables. Ils vous accueillent comme si vous étiez espagnol. Ils ne regardent pas la couleur de peau ou la différence de langue », raconte-t-il.
Lorsqu’il dit qu’il vient de l’île Maurice, les réactions sont souvent positives. « Les gens sourient. Beaucoup connaissent quelqu’un qui vient de Maurice ou ont déjà visité notre île. On parle d’un paradis et je le dis toujours avec beaucoup de fierté », ajoute-t-il.
Le football occupe une place importante dans la vie de Joe. Depuis 14 ans, il suit avec passion la sélection espagnole. Alors que l’Espagne s’apprête à disputer la finale de la Coupe du monde contre l’Argentine, l’effervescence gagne le pays. « En ce moment, c’est le principal sujet de conversation ici. Il y a des drapeaux partout. Les Espagnols sont heureux, excités et remplis d’espoir », raconte-t-il.
Pour lui, la culture espagnole est aussi marquée par une grande joie de vivre. « Je pensais que les Mauriciens savaient faire la fête, mais en Espagne, c’est fiesta presque toutes les semaines dans les villes et les villages. Les gens profitent vraiment de la vie », explique-t-il.
Il apprécie également ce rythme plus tranquille. « Ici, les gens disent souvent “mañana”. Cela veut dire demain, mais parfois, cela peut être dans une semaine ou un mois. C’est une manière de vivre plus détendue, plus relax », sourit-il.
Dimanche, Joe sera devant son écran ou dans un bar avec ses amis pour suivre la grande finale. Il croit aux chances de l’Espagne, même s’il éprouve beaucoup de respect pour son adversaire. « Mon pronostic est de 2-1 pour l’Espagne. Mais il ne faut jamais oublier Messi. C’est peut-être son dernier match en Coupe du monde et il reste le GOAT », reconnaît-il.
Son joueur préféré est Rodri. Pour Joe, le milieu espagnol incarne l’intelligence et la maîtrise du football moderne. « Tout passe par lui. Il contrôle le jeu, il garde son calme et il mérite encore une fois le Ballon d’or », estime-t-il.
Il se souvient également des moments forts du tournoi. « Le match contre le Cap-Vert était vraiment tendu. Contre la France, cela s’est mieux passé que je ne le pensais. Maintenant, il reste un dernier match et il faut tout donner pour gagner la Coupe », affirme-t-il.
Même s’il soutient l’Espagne, Joe garde une affection particulière pour l’Angleterre, son deuxième pays de cœur. « Ma deuxième équipe est l’Angleterre parce que ma famille y vit et que j’y ai beaucoup d’amis », explique-t-il.
Il reste aussi très attaché à Maurice. Il écoute Radio Plus chaque jour et suit l’actualité de son pays natal. « Tous les présentateurs connaissent mon nom parce que je suis Mauricien de sang et fier de l’être », dit-il.
Au fil des années, il a également rencontré plusieurs artistes mauriciens en Europe, dont Nitish Joganah, Mr Love et Warren Permal. Ces rencontres lui permettent d’entretenir le lien culturel avec son île.
Aujourd’hui, Joe profite d’une nouvelle étape de sa vie. Il ne se considère toutefois pas encore comme retraité. « Je suis trop jeune pour dire cela », plaisante-t-il. Après des années de travail, il savoure désormais un quotidien plus calme.
Pour la finale, il lance un message aux Mauriciens : « Je sais que beaucoup aiment le Brésil, la France ou l’Angleterre, mais dimanche, j’espère que les Mauriciens pourront soutenir l’équipe qui joue le football comme il faut : l’Espagne. ¡Vamos, España! »
Malgré son amour pour la Roja, Joe ne portera toutefois pas le maillot espagnol lors de la finale. « Je suis superstitieux », dit-il avec un sourire. Son soutien à l’Espagne n’en sera pas moins entier.