Interview

Feroze Lallmahomed, Director of Nursing : «La spécialisation des infirmiers est une nécessité»

Feroze Lallmahomed

Nommé au poste de Director of Nursing, Mahamud Feroze Lallmahomed occupe ses nouvelles fonctions depuis le mercredi 4 septembre.  Selon lui, chaque infirmier/infirmière doit avoir accès à des cours de formation afin de se spécialiser dans un domaine particulier. Le nouveau Director of Nursing soutient qu’il ne tolérera pas les infirmiers qui font preuve d’indiscipline au travail.

Quelles sont vos priorités immédiates en tant que nouveau Director of Nursing ?
J’ai fait de l’éducation et la formation continue du personnel infirmier mon cheval de bataille afin de réaliser la vision du gouvernement qui est d’offrir un service de qualité à la population. Si nous voulons une population en bonne santé, il faut pouvoir prodiguer des soins appropriés dans nos hôpitaux. Une population saine se reflète aussi dans la croissance économique du pays et a contrario, elle sera un fardeau pour l’État. Il est, de ce fait, impératif d’avoir des infirmiers/infirmières bien formés pour répondre aux attentes des patients.

Et sur le long terme ?
Le gouvernement est en train de construire plusieurs hôpitaux spécialisés à l’instar d’un hôpital pour le traitement du cancer. Donc, j’estime qu’à l’avenir, il est impératif d’avoir des infirmiers spécialisés dans différents domaines. Afin de pouvoir travailler des ces « state of the art hospitals », le personnel infirmier doit suivre des cours bien structuré. L’Égypte a exprimé le souhait de former quelques infirmiers mauriciens dans le domaine de l’oncologie et cela aurait été idéal si la grande majorité des infirmiers puissent bénéficier de l’expertise étrangère dans d’autres filières de spécialisation.

Avons-nous un nombre important d’infirmiers spécialisés à Maurice ?
J’ai sous ma responsabilité quelque 5000 employés – infirmiers, infirmières, sages-femmes et Health Care Assistant – à Maurice et aussi ceux de Rodrigues et d’Agaléga. Je peux vous dire que plusieurs d’entre eux détiennent une spécialisation dans un domaine différent tel que la diabétologie, la vaccination ou encore la dialyse. Mais il existe aussi ceux qui reçoivent une formation in situ comme par exemple dans le domaine des soins intensifs. C’est pour cela que j’insiste que les infirmiers doivent pouvoir suivre des cours de diplôme ou de licence dans tel ou tel domaine comme c’est le cas dans les pays développés. La spécialisation des infirmiers est une nécessité aujourd’hui.

Y-a-t-il une utilisation optimale de la Nursing School ?
Nous disposons de deux Nursing Schools, l’une à Pamplemousses et l’autre à Candos. Des cours de formation y sont dispensés tout au long de l’année et actuellement nous mettons l’accent sur l’amélioration des compétences. Plusieurs infirmiers qui étaient titulaires d’un simple certificat ont pu obtenir un diplôme et mon but c’est qu’ils puissent avoir un degré ou même une maîtrise.

J’ai pu constater que les sanctions prises auparavant ont produit un effet dissuasif et nous recevons de moins en moins de plaintes.»

Le rôle de l’infirmier est souvent discrédité mais il est l’intermédiaire entre le patient et le médecin. Quelles sont ses responsabilités ?
Je peux vous dire sans hésitation que l’infirmier est la clé du service public hospitalier puisque c’est lui qui est aux côtés du patient 24 heures sur 24. Lorsqu’une personne va à l’hôpital ou qu’un patient souffre dans une salle, le premier contact qu’il aura c’est avec l’infirmier. Il est aussi celui qui va assurer que chaque patient reçoive le traitement approprié en assurant une ligne de communication avec le médecin traitant. En d’autres mots, l’infirmier agit comme un guide pour le médecin.

Et quid de ses relations avec le médecin ?
L’infirmier doit toujours entretenir des relations cordiales avec le médecin dans un souci d’assurer un meilleur traitement aux patients. Le travail d’équipe doit toujours primer car nul ne peut travailler en isolation.

Quels sont les manquements au niveau du système impliquant le personnel infirmier ?
Il faut admettre qu’en dépit de tous les efforts consentis pour offrir un meilleur service, certains infirmiers/infirmière font l’objet de plaintes de la part du public. La nature de celles-ci est souvent liée à la communication. Il arrive qu’un infirmier puisse avoir un écart de langage vis-à-vis des patients. En tant que Director of Nursing, je ne tolérerai aucun écart de conduite ou des cas d’indiscipline souvent relatifs à la consommation d’alcool sur le lieu du travail.

Comment y mettre un frein ?
Lorsqu’une plainte est reçue, l’Inquiry Panel, au sein duquel je fais partie, étudie le cas et décide de la marche à suivre. Dans certains cas, il n’y a d’autre choix que d’infliger une sanction à l’employé fautif. Mais j’ai pu constater que les sanctions prises auparavant ont produit un effet dissuasif et nous recevons de moins en moins de plaintes. J’ai été nommé par le ministère de la Santé pour faire partie, avec deux autres collègues, d’une Squad qui a pour mission d’effectuer des visites à l’improviste dans les hôpitaux afin d’assurer que les procédures se déroulent selon les normes établies. 

Que faire pour assurer un meilleur service dans les hôpitaux par les infirmiers ?
Le Nursing Council a publié un Code de conduite qui a été approuvé par le cabinet ministériel. Ce document énumère plus de 30 points de la façon dont un infirmier doit se comporter sur son lieu de travail afin de garantir un service irréprochable aux patients. Ainsi, tout écart de conduite est punissable. Les membres du Nursing Council se sont rendus dans chaque hôpital afin de sensibiliser les infirmiers sur le bon comportement et la bonne attitude à adopter sur le lieu du travail. 

Y-a-t-il un manque d’infirmiers à Maurice ?
Non, je ne le pense pas. En principe, il faut un infirmier pour chaque 300 habitants et nous comptons un effectif de quelques 5000 infirmiers. Un simple calcul nous permet de voir qu’on se situe à l’intérieur de cette fourchette. Mais en cas de manque, nous allons certainement procéder à un recrutement. 

En tant que membre du Mauritius Institute of Health (MIH), pouvez-vous nous parler des projets à venir ?
Comme vous le savez, le gouvernement a l’intention de faire construire un hôpital spécialisé en médecine ayurvédique à Côte-d’Or. Ainsi, le MIH compte former encore plus d’infirmier dans cette branche de la médecine. Actuellement, les hôpitaux publics disposent d’un département dédié à la médecine ayurvédique et plusieurs infirmiers ont déjà suivi des cours de formation y relatifs. 

Profil

Mahamud Feroze Lallmahomed, 64 ans, compte 45 années de service dans le domaine de la santé. Il a débuté comme Nursing Officer et a gravi les échelons pour occuper différents postes au cours de sa carrière. Il dit accueillir sa nomination en tant que Director of Nursing avec beaucoup de modestie. « Le dur labeur et le sacrifice finissent toujours par payer », dit-il. En 1982, il fut l’un des premiers infirmiers sélectés pour aller travailler en Arabie saoudite. De 1999 à 2002, il a travaillé à Rodrigues afin de partager son expérience avec les jeunes infirmiers rodriguais. Soulignons que Feroze Lallmahomed est membre exécutif du Mauritius Institute of Health (MIH) et Chaiman du Studies Committee du MIH, nommé par le bureau du Premier ministre.

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