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Fermeture de la pâtisserie Chez Christian : la fin d’un rêve sucré 

À 60 ans, Christian Onno tire sa révérence. N’ayant personne pour lui succéder, le pâtissier a pris la décision de fermer sa dernière boutique à Curepipe. Trois décennies de savoir-faire s’achèvent après avoir marqué plusieurs générations.

Christian Onno a fermé les portes de sa pâtisserie après 31 ans.
Christian Onno a fermé les portes de sa pâtisserie après 31 ans. 

Il a accompagné des milliers de Mauriciens dans les moments les plus importants de leur vie. Chez Christian, sa pâtisserie, était une référence dans son domaine depuis trois décennies. Fatigué, Christian Onno a choisi de baisser le rideau définitivement, pour vivre et profiter de sa famille. Ce sont 47 ans de dévotion et de partage qu’il laisse derrière lui. « Avec ma femme Bianca, nous avions déjà pris cette décision il y a deux ans, encouragés par nos trois enfants qui ne vivent pas à Maurice. Ils me disaient : ‘Papa tu vas finir en fauteuil roulant’ », confie-t-il. Mais il ne voulait rien entendre, son quotidien étant rythmé par sa passion dévorante pour la pâtisserie. Son entêtement lui avait valu, il y a dix ans, de se retrouver avec des artères bouchées. Toutefois, cette mauvaise expérience ne l’avait pas arrêté.

Le pâtissier a accompagné les grands événements de la vie de plusieurs générations.
Le pâtissier a accompagné les grands événements de la vie de plusieurs générations. 

Tombé dans le gâteau à 13 ans 

Christian Onno n’a que 13 ans lorsqu’il découvre ce qui deviendra son art. Pendant les vacances scolaires, il travaille dans une pâtisserie et apprend les ficelles du métier. Après le collège, c’est alors une évidence pour lui de se lancer dans le domaine. « J’ai gravi les échelons, travaillé dans des hôtels de Beachcomber, notamment au Méridien. Un jour, un de mes supérieurs de l’époque m’a dit : ‘Christian, faites-vous valoir’. J’ai fini par me jeter à l’eau en 1990. Je voulais mettre mon savoir-faire au service des Mauriciens. » 

Il ouvre sa première affaire avec son épouse, à La Louise, avant de déménager plus tard dans le centre-ville de Quatre-Bornes. « À l’époque, les gens connaissaient seulement les ‘gâteaux français’. J’ai révolutionné la pâtisserie. Il m’a fallu non seulement introduire certains produits, mais aussi les faire accepter des Mauriciens. J’ai eu l’occasion de faire plusieurs démonstrations et présentations et j’ai remporté plusieurs concours », souligne-t-il. Peu après, Christian Onno ouvre une pâtisserie à Curepipe. 

Il a remporté plusieurs médailles et trophées au cours de sa carrière.
Il a remporté plusieurs médailles et trophées au cours de sa carrière.

Travailler à son compte implique de multiples contraintes, notamment au niveau des horaires. « Il m’arrivait de commencer à travailler à 2 heures du matin pour finir à 23 heures. J’avais très peu d’heures de sommeil et parfois je ne dormais pas. J’ai consacré littéralement toute ma vie à mes clients », dit-il la voix empreinte d’émotion. 

Il se remémore tant de souvenirs, encore plus après avoir posté un message sur Facebook pour annoncer la fermeture de Chez Christian. « Parfois, je faisais les choses comme un cheval de course, je n’arrêtais jamais de courir. Je me rappelle le jour de la première communion de mon fils aîné, Frédéric. J’avais énormément de travail et j’étais le dernier à entrer dans l’église. À peine arrivé, j’ai dû ressortir par la petite porte, la tête baissée, car je devais honorer les commandes de plusieurs parents juste après la cérémonie. »  

Le propriétaire de Chez Christian compte 47 ans  de métier.
Le propriétaire de Chez Christian compte 47 ans 
de métier.

Victime de son succès

Christian Onno le dit lui-même, il a été victime de son succès. Il a travaillé jusqu’à pas d’heure au détriment de sa santé et parfois de sa famille. Le peu de temps passé avec ses proches était précieux. « Les gens me sollicitaient souvent, même dans la rue. Un jour, alors que nous étions en voyage à Dubaï et que nous espérions un peu de tranquillité, je tombe sur une cliente dans les dunes du désert qui me rappelle de ne pas oublier sa commande », raconte-t-il avec humour. 

Le pâtissier se faisait un devoir de toujours innover et refusait rarement une commande. « Combien de fois j’ai eu des clients qui, la veille de leur mariage, cherchaient de l’aide car ils n’avaient pas de gâteau ! Ou des maris qui me disaient : ‘Monn blye laniverser mariaz, mo pou gagn divors’ ! » Reproduction du Taj Mahal, chaussures, ordinateur, caméléon : à un stade de sa carrière, Christian Onno s’est mis à réaliser uniquement des gâteaux figuratifs en trois dimensions. Chaque nouvelle requête était pour lui un challenge. Malgré l’épuisement, la satisfaction en valait la chandelle.

Pour le moment, il ne souhaite pas avoir de projets. Il préfère se reposer et profiter de sa retraite. « Je ne vais pas mentir et dire que la pâtisserie ne va pas me manquer, mais je sais que je dois m’arrêter. »


Conséquence de la pandémie

Forcé de lever le pied il y a dix ans en raison de problèmes de santé, Christian Onno n’avait conservé que la pâtisserie de Curepipe qu’il gérait avec son épouse. Même si la pandémie n’en est pas la cause directe, la fermeture de Chez Christian est toutefois liée à la crise économique provoquée par la Covid-19. « La pandémie nous a fait réaliser que notre secteur n’est pas essentiel. Les gens peuvent se passer de gâteau. Un gâteau est un luxe et nous l’avons senti pendant le confinement quand nous étions fermés. » 

Le commerçant confie avoir été choqué par l’augmentation des prix des produits de base. Chaque année, fait-il remarquer, le beurre augmente, mais cette année il a augmenté quatre fois plus. « Les amandes qui coûtaient Rs 150 sont passés à Rs 220. Quand nous ajoutons Rs 5 sur le prix d’un gâteau, les clients sont mécontents. Comment lutter contre ça ? », demande-t-il. 

 

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