Féminicide à Mahébourg : Andriana avait choisi de partir, Mike Lapuante ne l’a pas accepté
Par
Irshaad Olitte
Par
Irshaad Olitte
Andriana Coutequel, 26 ans, a été poignardée à mort par son ex-compagnon à Mahébourg. Mère d’un petit garçon, elle venait de le quitter pour rebâtir sa vie loin de la violence.
Le 23 février, deux jours avant de mourir sous les coups de son ex-compagnon Mike Lapuante, Electra Andriana Coutequel avait posté un message sur Facebook : « Quand le cœur fait son choix, l’esprit ne fait qu’obéir. » Elle est partie avec le secret de ces mots. Mais selon toute vraisemblance, Andriana voulait vivre. Respirer. Être heureuse. Elle n’en a pas eu le temps.
Andriana avait 26 ans, un sourire que tout le monde remarquait, et un petit garçon de six ans qu’elle avait eu d’une précédente union. Derrière ce sourire, sa tante Marie le sait aujourd’hui, il y avait beaucoup de souffrance. « Son sourire cachait beaucoup de souffrance. Li ti fatige, li’nn bien sibir », confie-t-elle. Andriana endurait. Jusqu’au moment où elle a décidé que c’était fini.
Sa relation avec Louis Jean Mike Lapuante, 37 ans, habitant Belle-Mare, avait commencé en 2022. Mais les comportements de cet homme, déjà condamné dans le passé pour vol avec violence et attentat à la pudeur, étaient devenus insupportables. Alors, il y a peu, Andriana avait pris ses affaires et quitté la maison de Belle-Mare pour retourner vivre chez ses parents, à Cité Balance, Plaine-Magnien. Elle avait fait son choix. Elle avait tourné la page. Lui, non.
Ce mercredi 25 février, Mike Lapuante l’a contactée une dernière fois. Un rendez-vous à la gare routière de Mahébourg, le bus stand de la ligne Curepipe. Il s’y est présenté avec un couteau dont la lame mesurait dix centimètres.
Une fois sur place, il l’a entraînée vers le front de mer. Des témoins les ont vus ensemble. Puis, la situation a dégénéré. Andriana était résolue : la rupture était consommée. Mike Lapuante n’a pas digéré.
De retour dans le bus stand, il a sorti son couteau. Andriana a tenté de se défendre. Face à un homme armé, elle a été réduite à l’impuissance. Il lui a porté des coups au visage, à l’abdomen, à d’autres parties du corps. Elle s’est effondrée et s’est vidée de son sang sous les yeux des gens présents, pétrifiés d’horreur.
« Kan mo’nn tann kriye mo’nn al gete. Nou’nn fer tou nou posib, nou’nn al get lapolis ek lanbilans. Nou’nn pran madam-la swin, me malerezman li’nn perdi so lavi », témoigne l’un d’eux. L’autopsie pratiquée par les médecins légistes Shaila Prasad Jankee et Ananda Sunnassee a attribué son décès à un coup fatal porté au cœur.
Après le meurtre, Mike Lapuante a pris la fuite. Une opération policière d’envergure a été déclenchée. En fin d’après-midi, la Criminal Investigation Division de Mahébourg, sous la supervision de l’assistant surintendant Callychurn et de l’inspecteur St Mart, l’a localisé et arrêté. Il a conduit les enquêteurs jusqu’à l’endroit où il avait caché l’arme. Lors de son interrogatoire, il a avoué les faits. Il a été inculpé provisoirement de meurtre devant le tribunal de Mahébourg.
La police était dans l’attente de son interrogatoire détaillé pour établir le mobile de ce féminicide. Mais dans la nuit du jeudi, alors qu’il était détenu au poste de police de Grand Bois, il a demandé à se rendre aux toilettes et a tenté de se suicider avec des lacets. La police est intervenue à temps. Il est désormais admis à l’unité de soins intensifs de l’hôpital de Rose-Belle, sous surveillance policière.
Pour ceux qui aimaient Andriana, le choc est total, la douleur immense. « Monn gagne faible letemp monn tan sa… Repose en paix, mo cousine, to pas merite sa », écrit Jean Baptiste. Sandy, elle, peine à trouver ses mots : « To ti 1 zoli fam, to ti ena la joie de vivre, to pa ti mérite li. Nous espérons que la justice triomphera pour toi. » Et Laetichia, qui n’arrive toujours pas à y croire : « Mo cousine, li difficile pou acept to depart. Couma pou ale explik sa to fielle ki so marraine in aller. Repose toi, mo cousine, to pou mari mank nu. »
Sa tante Marie, elle, n’a qu’une demande : « Nou le lazistis pou li ek ki santans-la li sever. Depar Andriana, se enn gran pert pou nou lafami. Li ti nou zanfan. »
Le féminicide repose sur une réalité criminologique précise, expliquait Me Mokshda Pertaub, avocate et présidente de l’ONG M Power, dans le cadre du dossier sur le féminicide paru dans l’édition de Le Dimanche/L’Hebdo du 11 janvier 2026. « Il désigne le meurtre d’une femme, parce qu’elle est une femme, souvent dans un contexte de contrôle, de domination et de violences conjugales. Dans la majorité des cas à Maurice, les victimes sont tuées par un conjoint ou ex-conjoint, souvent au moment où elles cherchent à quitter la relation. »
Ainsi, pour elle, il ne s’agit pas de meurtres « ordinaires », mais de crimes liés à des rapports de pouvoir et à des normes patriarcales.
De son côté, la ministre de l’Égalité des genres, Arianne Navarre-Marie, a annoncé que le féminide, terme jusqu’ici absent de nos lois, sera clairement défini dans le prochain Domestic Abuse Bill.
Face à une série noire de trois féminicides en moins de deux mois, la ministre de l’Égalité des genres, Arianne Navarre-Marie, annonce un renforcement des dispositifs de protection et des campagnes de sensibilisation.
Qualifiant le féminicide d’Electra Andriana Coutequel de « fatalité qui refuse de reculer », la ministre Navarre-Marie a fustigé une hausse alarmante des violences domestiques depuis le début de l’année. « Trois cas en si peu de temps, c’est inacceptable », a-t-elle martelé.
L’engagement du gouvernement se traduira par un renforcement des mesures préventives et des dispositifs de protection ; une intensification des campagnes de sensibilisation nationales ; et une lutte accrue contre le cycle de l’impunité.