Mise à jour: 11 janvier 2026 à 12:09

Faute d'accord commercial avec Washington, l'Inde court après de nouveaux marchés

Par Defimedia.info
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Travailleurs indiens a Tamil Nadu

L'Inde cherche à conclure des accords commerciaux tous azimuts pour conquérir de nouveaux marchés et atténuer les conséquences de la surtaxe de 50% imposée par les Etats‑Unis, avec lesquels les négociations restent dans l'impasse.

L'entrée en vigueur, fin août, de droits de douane exorbitants décidés par Donald Trump en représailles aux achats de pétrole russe par New Delhi, a porté un sérieux coup aux exportations du pays le plus peuplé de la planète.

Le gouvernement indien a rapidement réagi, selon des experts, en accélérant sa stratégie de diversification.

Quatre accords ont été paraphés en 2025, dont un traité de libre-échange avec le Royaume-Uni, et des discussions sont en cours avec l'Union européenne, l'Union économique eurasiatique, le Mexique, le Chili et le Mercosur.

Si elles aboutissent, le pays sera lié "avec presque toutes les grandes économies", souligne le centre de réflexion Global Trade Research Initiative, établi à New Delhi.

L'objectif est de "répartir le risque" dans un "environnement commercial mondial plus fragmenté" et non à simplement "se détourner des Etats-Unis", son premier partenaire commercial, affirme Ajay Srivastava, fondateur du GTRI.

"Tout s'est accéléré" après les sanctions américaines, note auprès de l'AFP Biswajit Dhar, du Conseil pour le développement social - un groupe de réflexion -, pour qui l'Inde n'a d'autre choix que d'"élargir ses débouchés" en signant des accords commerciaux.

- "En passe d'aboutir" -

Les accords importants permettront de doper les secteurs à forte main-d'œuvre qui souffrent des surtaxes américaines, estiment les exportateurs.

Ainsi, l'accord conclu avec le Royaume‑Uni en juillet 2025 - qui doit entrer en vigueur cette année - doit permettre de doubler les exportations vers ce marché,  selon le Conseil indien de promotion des exportations textiles.

Un accord commercial avec l'UE, dont la signature était annoncée pour la fin 2025, serait le "plus grand de ce type au monde" d'après la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, attendue à New Delhi fin janvier.

"Il est en passe d'aboutir dans les prochaines semaines", a assuré cette semaine Jean-Noël Barrot, le ministre français des Affaires étrangères.

Par ailleurs, "une intensification de la coopération en matière de commerce et d'investissement" figure au menu de l'entretien prévu lundi en Inde entre le chancelier allemand Friedrich Merz et le Premier ministre Narendra Modi, a indiqué le cabinet de ce dernier.

La stratégie indienne repose aussi sur des pays plus modestes.

L'accord signé en décembre entre l'Inde et Oman - dont les échanges ont représenté moins de 11 milliards de dollars l'an dernier - constitue "une porte d'entrée vers les marchés plus vastes du Moyen-Orient et de l'Afrique", a relevé le groupe de services financiers Nomura.

Et celui conclu avec la Nouvelle-Zélande a sécurisé 20 milliards de dollars d'investissements étrangers. Ses termes ont aussi traduit une volonté de compromis de New Delhi en matière agricole, un secteur sur lequel achoppent les négociations avec les Etats‑Unis.


- Accord "primordial" -

"Qui dit que nous ne pouvons pas être flexibles ?", s'interroge sous couvert d'anonymat un responsable du ministère indien du Commerce, auprès de l'AFP.

Si les exportateurs assurent noter une percée sur de nouveaux marchés, ils restent prudents sur le fait qu'elle puisse compenser leur recul aux Etats-Unis.

Les exportations de produits indiens à l'international ont toutefois progressé de 19% en novembre  2025, un rebond inattendu après une baisse en octobre, porté notamment par l'électronique et la pêche.

"La diversification a bel et bien eu lieu. Nous avons augmenté nos exportations vers l'UE et la Chine, deuxième et troisième marchés après les Etats-Unis", affirme KN Raghavan, de l'Association indienne des exportateurs de produits de la mer.

Pour autant, un accord avec Washington demeure selon lui absolument "primordial".

Si les importations mensuelles indiennes de pétrole russe ont diminué en décembre à 1,2 million de barils par jour, selon la plateforme de données commerciales Kpler, difficile de savoir si ce recul suffira à la Maison Blanche.

Pour les exportateurs, la quête de nouveaux marchés reste essentielle.

"Il est préférable de ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier", souligne Pankaj Chadha, président du Conseil de promotion des exportations d'ingénierie.

AFP

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