Farzan Talebi, directrice de Diamond Laser Centre : «Vieillir n’est pas un défaut, c’est une étape de la vie»

Par Fateema Capery
Publié le: 8 mars 2026 à 14:00
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Les femmes de plus de 50 ans sont de plus en plus nombreuses à s’intéresser aux soins esthétiques. Farzan Talebi, directrice du Diamond Laser Centre, partage son expérience et son regard sur cette évolution.

Vous avez constaté ces dernières années une augmentation des demandes de traitements esthétiques chez les femmes de plus de 50 ans à Maurice ?
Oui, absolument. Ce qui a changé, ce n’est pas seulement le nombre, mais aussi leur état d’esprit. Beaucoup d’entre elles sont plus informées, plus ouvertes et plus disposées à investir en elles-mêmes. On observe une prise de conscience croissante : les soins de la peau et les traitements esthétiques ne sont pas réservés uniquement aux femmes plus jeunes. 
Les femmes de 50 et 60 ans aujourd’hui sont actives, engagées professionnellement, visibles socialement, et elles souhaitent que leur apparence extérieure reflète l’énergie et les capacités qu’elles ressentent intérieurement.

Quelles sont les préoccupations les plus fréquentes exprimées par les femmes de 50 ou 60 ans lorsqu’elles viennent dans votre centre ?
Les préoccupations les plus fréquentes concernent le relâchement de la peau, la pigmentation, une texture irrégulière et la perte de fermeté. Les changements hormonaux affectent souvent l’élasticité et l’hydratation de la peau, ce qui peut donner au visage un air plus fatigué que ce que la personne ressent réellement.

Au-delà des préoccupations physiques, il existe souvent une dimension émotionnelle plus profonde. Beaucoup de femmes me disent : « Je ne me reconnais plus » ou « Je veux simplement paraître plus fraîche ». Il est rarement question de vouloir avoir à nouveau 30 ans. Il s’agit plutôt de retrouver de l’éclat et de la confiance.

Les filtres, les images retouchées et les standards irréalistes créent l’illusion que le vieillissement devrait être invisible»

Pensez-vous que certaines femmes sont motivées par la confiance en elles, ou existe-t-il aussi une pression sociale pour « paraître plus jeune » ?
C’est une combinaison des deux. Beaucoup de femmes souhaitent sincèrement se sentir confiantes et à l’aise dans leur peau. En même temps, nous ne pouvons pas ignorer que la société accorde une grande valeur à la jeunesse.

À Maurice, comme dans de nombreuses cultures, les femmes portent souvent certaines attentes quant à leur apparence, notamment dans les environnements professionnels et sociaux. Une partie de cette pression peut venir de la comparaison, que ce soit avec des collègues, des amies ou même des membres de la famille.

Mon rôle est de les aider à réfléchir à leur motivation. Si la décision vient d’un désir de prendre soin de soi et de se respecter, c’est sain. Si elle vient de la peur de vieillir ou de la comparaison, nous en parlons ouvertement.

Les réseaux sociaux promeuvent souvent la jeunesse comme idéal de beauté. Quel impact cela a-t-il sur les attentes des femmes plus mûres ?
Les réseaux sociaux ont clairement intensifié l’attention portée à la jeunesse. Les filtres, les images retouchées et les standards irréalistes créent l’illusion que le vieillissement devrait être invisible.

Pour les femmes mûres, cela peut parfois générer de la frustration. Elles comparent une peau réelle à une peau filtrée. Mais je vois aussi un aspect positif : beaucoup de femmes sont aujourd’hui mieux informées sur les traitements et les soins de la peau parce que l’information est plus accessible.

Le défi consiste à faire la distinction entre le fantasme marketing et des attentes réalistes et saines. Vieillir est naturel. La peau peut être améliorée, mais elle ne peut pas ou ne devrait pas être « effacée ».

Lorsque les femmes peuvent définir la beauté selon leurs propres termes, c’est là que l’on parle de véritable émancipation»

Où situez-vous la limite entre le bien-être et la pression à effacer les signes naturels du vieillissement ?
Pour moi, la limite se situe dans l’intention et la modération. Prendre soin de soi de manière saine consiste à améliorer ce qui existe déjà : améliorer la qualité de la peau, soutenir le collagène, corriger la pigmentation et restaurer l’équilibre. Cela respecte l’harmonie du visage.

La pression à effacer le vieillissement conduit souvent à des traitements excessifs ou à des attentes irréalistes. Lorsqu’une personne souhaite transformer complètement son visage ou supprimer chaque ligne, c’est à ce moment-là que je prends le temps de faire une pause dans la conversation.

Vieillir n’est pas un défaut. C’est une étape de la vie. Mon approche consiste à adoucir, rafraîchir et maintenir, pas à transformer quelqu’un en une version différente de lui-même.

Les traitements esthétiques peuvent-ils être perçus comme une forme d’émancipation pour les femmes de plus de 50 ans ?
Absolument. Lorsqu’ils sont réalisés de manière responsable, les traitements esthétiques peuvent être très valorisants. Beaucoup de femmes de plus de 50 ans ont passé des années à donner la priorité à leur famille, à leur carrière et à leurs responsabilités. Choisir d’investir en elles-mêmes peut être une affirmation forte de leur valeur personnelle.

Au Diamond Laser Centre, je mets toujours l’accent sur la consultation et l’information. Nous discutons des résultats réalistes, de la santé de la peau et de l’entretien à long terme. Mon objectif n’est pas de lutter contre l’âge, mais d’aider les femmes à être la meilleure version d’elles-mêmes à chaque étape de la vie.

L’émancipation se produit lorsqu’une femme repart en se sentant confiante, pas lorsqu’elle devient méconnaissable.

Pensez-vous que la société devrait redéfinir sa vision de la beauté après 50 ans ?
Oui, je le crois sincèrement. La beauté après 50 ans est liée à l’expérience, à la confiance et à l’individualité. Les lignes et la texture de la peau racontent une histoire, celle d’une vie vécue.

La société doit normaliser le vieillissement visible tout en respectant le droit d’une femme à recourir à des soins esthétiques si elle le souhaite. La conversation devrait évoluer de l’« anti-âge » vers le « vieillissement en bonne santé ».

Lorsque les femmes peuvent définir la beauté selon leurs propres termes – que cela inclue des traitements ou non –, c’est là que l’on parle de véritable émancipation.

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