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Face aux réticences américaines - Chagos : Ritesh Ramful en mission «déminage» à Washington

Par Patrick Hilbert
Publié le: 21 avril 2026 à 10:47
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Ritesh Ramful, ministre des Affaires étrangères, a rencontré le Deputy Secretary of State, Christopher Landau, pour convaincre sur la sincérité de Maurice sur le dossier Chagos.

À Washington, le ministre Ritesh Ramful tente de lever les doutes américains sur l’accord Chagos. Objectif : contrer le lobbying britannique qui présente Maurice comme un allié stratégique de la Chine.

Le gouvernement mauricien poursuit ses efforts diplomatiques autour du dossier des Chagos. Le ministre des Affaires étrangères, Ritesh Ramful, a été envoyé à Washington avec une mission spéciale de persuasion. En déplacement dans la capitale américaine depuis jeudi, il a rencontré vendredi le Deputy Secretary of State américain, soit le numéro deux de la diplomatie américaine, Christopher Landau, afin de défendre la position de Maurice et dissiper les réticences persistantes autour de l’accord en discussion avec le Royaume-Uni. Il a aussi rencontré des membres de sénateurs américains opposés à l’accord de rétrocession de l’archipel des Chagos à Maurice.

Ritesh Ramful, dans une déclaration au Défi Media Group, rappelle que « le dossier est bloqué au niveau des Anglais car les Américains ont des doutes sur la nécessité de ce deal ». Il évoque un contexte marqué par des perceptions défavorables à Maurice, alimentées notamment par des actions de lobbying menées à Washington par certains députés conservateurs britanniques et membres du parti britannique d’extrême droite Reform. Ces derniers présentent Maurice comme un allié stratégique de la Chine ou de l’Iran. 

Il y a quelques jours, le gouvernement britannique a annoncé qu’il gelait le deal entre Maurice et le Royaume-Uni sur le dossier des Chagos, les États-Unis s’étant prononcés contre cet accord. L’aval de Washington est primordial pour les Britanniques, qui cogèrent une base militaire sur Diego Garcia.

Face à ces allégations, le chef de la diplomatie mauricienne affirme avoir apporté des clarifications « avec des points concrets à l’appui ». Il souligne notamment que « Maurice est le seul pays africain qui n’a pas signé le Belt and Road Initiative chinois », ajoutant que les relations avec Pékin se limitent aux domaines commercial et culturel. « À aucun moment Maurice n’entretient de relations de défense et de sécurité avec la Chine. Ces coopérations existent en revanche avec d’autres partenaires, notamment l’Inde et la France », précise-t-il.

Ritesh Ramful rapporte que son interlocuteur américain « n’a aucun doute dessus », ce dernier ayant reconnu que certaines initiatives politiques ont contribué à « fausser la perception ». Dans cette optique, le ministre entend poursuivre son travail de persuasion auprès des décideurs américains. Une réunion a d’ailleurs eu lieu lundi avec des collaborateurs de sénateurs républicains, certains exprimant encore des réserves sur le dossier. « J’essaie de les convaincre que ce deal est dans l’intérêt des Britanniques, de Maurice et bien sûr des États-Unis. »

Le ministre souligne également que la stratégie actuelle privilégie la voie diplomatique. « Sur le dossier, il n’y a pas le choix. Soit on agit par la voie diplomatique, soit par la voie judiciaire si nécessaire, mais là on suit la voie diplomatique pour convaincre les Américains de l’importance de ce deal sur les Chagos. »

Parallèlement, les discussions se poursuivent avec le Royaume-Uni. Une délégation du Foreign, Commonwealth and Development Office (FCDO), désormais dirigée pour ce dossier par Robbie Bulloch, doit tenir une session de travail avec les autorités mauriciennes le 22 avril à Port-Louis. « Ils vont nous briefer sur la prochaine étape, car le gouvernement britannique nous a toujours assuré qu’il irait de l’avant sur le deal. Peut-être qu’ils vont nous indiquer la marche à suivre », indique Ritesh Ramful.

Un autre sujet a été abordé lors de la rencontre à Washington avec le Deputy Secretary of State américain : l’inclusion de Maurice sur une liste américaine de pays soumis à des frais de visa élevés, allant de 5 000 à 15 000 dollars américains. Le ministre conteste cette décision, affirmant qu’« il n’y a eu que deux Mauriciens qui ont ‘overstayed’ » et qu’« il n’y a aucune raison justifiable de placer Maurice sur une telle liste ». Selon lui, Christopher Landau s’est montré réceptif et a demandé à ses services de réexaminer le dossier. « Donc nous sommes maintenant en attente. »

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