Face aux critiques du leader de l’Opposition - Michaël Sik Yuen : «Nous avons respecté le contrat avec le CEB»
Par
Fabrice Laretif
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Fabrice Laretif
Face aux critiques de Joe Lesjongard sur le dossier de l’huile lourde, Michaël Sik Yuen défend les décisions de la STC et retrace l’évolution des contrats d’approvisionnement énergétique.
Le ministre du Commerce, Michaël Sik Yuen, a tenu une conférence de presse, le mercredi 7 mai 2026, à Ébène, afin de répondre aux déclarations du leader de l’Opposition, Joe Lesjongard, concernant le dossier de l’approvisionnement en huile lourde. Le ministre affirme avoir voulu « rétablir les faits » après les interrogations soulevées la veille.
Le 6 mai, Joe Lesjongard avait exprimé des réserves sur l’avenir du contrat attribué à Sahara Energy Limited, alors que des discussions seraient en cours avec l’Inde dans le cadre d’un accord de gouvernement à gouvernement (G2G) pour l’approvisionnement en produits pétroliers. Il s’était notamment demandé pourquoi un contrat avait été renouvelé pour une année supplémentaire alors que des négociations étaient déjà engagées avec les autorités indiennes.
Michaël Sik Yuen a détaillé les circonstances ayant conduit à la prolongation du contrat. Selon lui, le Bid Evaluation Committee s’est réuni le 15 janvier dernier et a décidé d’accorder une extension de deux mois au contrat de Sahara Energy Limited. Le ministre explique qu’un conflit ayant éclaté par la suite a perturbé l’embarquement d’une cargaison destinée à Maurice. Il ajoute qu’un appel d’offres lancé le 9 mars a reçu quatre soumissions, avec des « premiums » de 227 dollars, 232 dollars et 369 dollars. « C’est excessivement cher », a-t-il déclaré, en soutenant que les autorités avaient dû agir dans un contexte de forte pression sur les marchés énergétiques.
Le ministre du Commerce reconnaît cependant que le secteur connaît plusieurs difficultés, mais affirme que son ministère et la State Trading Corporation (STC) travaillent à rétablir la situation.
Michaël Sik Yuen a également retracé l’historique des contrats pétroliers conclus par l’État mauricien depuis 2006. Il rappelle qu’un accord G2G avait alors été signé entre le gouvernement travailliste et l’Inde. Dans ce cadre, la compagnie indienne Mangalore Refinery and Petrochemicals Limited (MRPL) était chargée de fournir à Maurice de l'essence, du diesel, du Jet A1, du marine gas oil et de l'huile lourde. Cet arrangement a perduré jusqu’en 2014.
Le gouvernement suivant avait ensuite maintenu ce système en renouvelant annuellement le contrat jusqu’au 31 juillet 2019. Depuis cette date, les approvisionnements se font à travers des appels d’offres internationaux. Le ministre a indiqué que PetroChina International avait obtenu les deux premiers contrats lancés après 2019, avant que BB Energy DMCC ne décroche le troisième. Coral Energy DMCC a, pour sa part, remporté plusieurs contrats consécutifs.
Michaël Sik Yuen souligne toutefois que lors du troisième contrat attribué à cette société, son offre n’était pas la moins élevée. Il rappelle également que Coral Energy DMCC a changé de nom en juillet 2024 pour devenir 2Rivers DMCC.
Le ministre affirme qu’après l’arrivée du gouvernement, la STC a lancé un appel d’offres en décembre 2024 pour l’approvisionnement en huile lourde couvrant la période du 1er avril 2025 au 31 mars 2026. Cependant, au même moment, 2Rivers DMCC a été sanctionnée par le Royaume-Uni. Selon Michaël Sik Yuen, la société a parallèlement informé la STC qu’elle ne pourrait honorer les trois cargaisons restantes prévues dans son contrat.
« C’était une première dans l’histoire de la STC », a déclaré le ministre Sik Yuen, évoquant une situation de « panique » au sein de l’organisme public. Face à cette situation, la STC a lancé un Emergency Tender pour assurer une livraison urgente. Quatre soumissionnaires y ont participé et Sahara Energy Limited a présenté l’offre la moins chère. La compagnie a également remporté un second appel d’offres d’urgence.
Michaël Sik Yuen a aussi répondu aux critiques formulées par Joe Lesjongard au sujet de la facturation de la STC envers le Central Electricity Board (CEB). Le leader de l’Opposition avait laissé entendre que la STC avait facturé le CEB à un tarif plus élevé. Une affirmation rejetée par le ministre.
« Cette information est fausse. Il ne maîtrise pas le sujet », a lancé Michaël Sik Yuen.
Le ministre rappelle que la STC et le CEB avaient signé un accord le 23 janvier 2023, entré en vigueur le 1er février de la même année et valable jusqu’au 31 janvier 2026. « Nous avons respecté le prix et le contrat à ce propos », a-t-il insisté. Il précise également que toute entreprise obtenant un contrat doit fournir des garanties de performance. Selon lui, 2Rivers DMCC devait présenter une garantie de 5 millions de dollars et aurait remboursé 1,3 million de dollars à la STC dans le cadre des appels d’offres.
Le ministre du Commerce a aussi évoqué les finances de la STC. Il affirme que l’organisme avait enregistré un déficit de Rs 3,7 milliards sous l’ancien gouvernement. « Nous avons réalisé Rs 3,5 milliards de bénéfices », a-t-il soutenu, ajoutant que la STC devrait de nouveau afficher des bénéfices à la clôture du prochain exercice financier, le 30 juin.
Michaël Sik Yuen a également élargi ses critiques au bilan économique du MSM. Il a évoqué la dépréciation de la roupie et la hausse du coût de la vie. Selon lui, le taux de change du dollar américain est passé de Rs 29 en 2014 à Rs 47 aujourd’hui. Le ministre affirme toutefois que la monnaie est « stable » depuis l’arrivée du nouveau gouvernement.
Il a, par ailleurs, cité les dossiers BAI, Betamax et Silver Bank pour dénoncer la gestion de l’ancien régime, tout en estimant que les interventions publiques de Joe Lesjongard font perdre des points au MSM.
Le ministre du Commerce a indiqué que Mangalore Refinery and Petrochemicals Limited (MRPL) ne souhaite plus entendre parler de Maurice concernant le fuel oil. Selon Michaël Sik Yuen, les autorités mauriciennes ont sollicité le gouvernement indien afin qu’une autre compagnie soit identifiée pour assurer l’approvisionnement du pays. Il précise qu’aucun accord G2G n’existe actuellement pour le fuel oil, bien que des discussions soient en cours. Le ministre affirme également que Maurice recherche une garantie de sécurité d’approvisionnement. L’Inde pourrait fournir essence et diesel à partir du mois d’août.
Le ministre du Commerce affirme que la STC est prête à réduire au maximum sa marge bénéficiaire sur certains produits de base afin de favoriser la concurrence et proposer des prix plus accessibles au public. Michaël Sik Yuen soutient que l’organisme privilégie les appels d’offres par souci de transparence, malgré une exemption existante.
Prix premium
Stockage de la STC
Fioul
« Si on compare notre stock à celui du début de la guerre, nous avons un stock complet. Nous avons des navires prévus en mai et juin, entre autres », a soutenu le ministre.