Publicité
Publicité

Face au changement climatique : Rs 257 milliards pour sauver l’avenir de Maurice

Par Patrick Hilbert
Publié le: 15 février 2026 à 11:30
Image
cote
Les zones côtières seront particulièrement exposées aux intempéries.
  • La Banque mondiale alerte sur une perte de PIB jusqu’à 4 % d’ici 2050

5,6 milliards de dollars (Rs 257 milliards selon le taux de change du jour) pour sauver l’avenir. Un rapport de la Banque mondiale sur Maurice appelle à des investissements massifs pour contrer les effets du changement climatique et booster une croissance résiliente et durable.

Publié la semaine dernière par le Groupe de la Banque mondiale, le Country Climate and Development Report: The Republic of Mauritius (CCDR) analyse les défis climatiques et de développement auxquels fait face l’île Maurice. Ce document de 120 pages, daté de février, met en lumière les vulnérabilités structurelles du pays et propose des stratégies pour un développement résilient et durable. 

Basé sur des modélisations économiques et sectorielles, le rapport souligne que les risques climatiques pourraient réduire le PIB de 2,4 à 4,1 % d’ici 2050, si aucune action n’est prise. Il insiste sur la nécessité d’intégrer les engagements climatiques dans les politiques nationales pour atténuer ces impacts et favoriser une croissance inclusive.

Le rapport identifie trois priorités interdépendantes pour atteindre une croissance résiliente et durable : aborder les vulnérabilités structurelles qui entravent la transformation économique, renforcer les institutions et la gouvernance climatique, et mobiliser des financements pour des investissements en adaptation et mitigation. Selon les estimations, un scénario de développement aspirationnel pourrait nécessiter 5,6 milliards de dollars US (valeur actuelle nette) en investissements supplémentaires entre 2026 et 2050, soit 4,2 milliards (Rs 192,8 milliards) pour des mesures climatiques et 1,4 milliard (Rs 63,3 milliards) pour des réformes structurelles complémentaires.

Hausse de la température moyenne et cyclones réguliers et plus intenses

Maurice, en tant que petite île en développement, fait face à des vulnérabilités structurelles qui freinent sa transformation économique. Le rapport note que « les vulnérabilités structurelles entravent la transformation économique », soulignant des défis comme la dépendance à des secteurs vulnérables tels que le tourisme et l’agriculture, ainsi qu’une exposition accrue aux chocs externes. Ces facteurs sont exacerbés par le changement climatique, qui impose « un fardeau significatif sur le développement ».

Parmi les constats clés, le rapport projette une augmentation des jours avec un indice de chaleur supérieur à 35 °C d’ici la fin du siècle, ainsi qu’une exposition accrue aux cyclones, aux inondations, principalement sur les côtes. Maurice émet des gaz à effet de serre (GES) via les secteurs de l’énergie, des transports et de l’agriculture, forêt et autres usages des terres (AFOLU). Ses engagements en matière de réduction des émissions et d’énergies renouvelables sont comparables à ceux de ses pairs, mais leur mise en œuvre reste incomplète.

Un scénario de chocs composés plausibles – combinant cyclones, inondations et sécheresses – pourrait entraîner une chute du PIB de 10 % et une augmentation de la pauvreté de 3 points de pourcentage en une seule année. Le rapport modélise que « le changement climatique pourrait abaisser le PIB de 2,4 à 4,1 % d’ici 2050 », avec des impacts distributionnels marqués : la pauvreté augmenterait davantage dans les régions rurales sous des scénarios chauds, humides ou secs. De plus, les impacts sur la productivité du travail, dus à des maladies liées au climat, pourraient réduire la production dans des secteurs comme l’agriculture et la construction.

Impacts sectoriels du changement climatique

Le CCDR examine les implications du changement climatique dans des secteurs clés, révélant des pertes potentielles significatives. Dans le tourisme, qui représente une part majeure de l’économie, le rapport prévoit un choc sur les revenus du tourisme de loisir de 2041 à 2050, dû à la hausse des températures de surface de la mer, à la perte de couverture corallienne et à la dégradation des écosystèmes marins. Il indique que « les changements de température de surface de la mer, de couverture corallienne et de tourisme de récifs » pourraient réduire les potentiels de capture de poissons jusqu’à 20 %.

Pour la pêche et l’économie océanique, les projections montrent une diminution de 10 à 30 % d’ici 2050, particulièrement pour l’île Rodrigues. Le secteur énergétique, dominé par les combustibles fossiles, pourrait nécessiter une transition accélérée : « la décarbonisation accélérée est estimée nécessiter un supplément de 0,5 à 1,1 milliard de dollars US, c’est-à-dire de Rs 23 milliards à Rs 50,5 milliards (sur le scénario habituel d’ici 2050), selon que le mazout ou le Gaz Naturel Liquéfié est utilisé pour équilibrer la production d’énergie ».

Augmentation des risques et perte de productivité

Les infrastructures sont exposées aux inondations fluviales, pluviales et côtières, avec des dommages estimés à des milliards de dollars d’ici 2050. Dans l’agriculture et l’eau, les chocs de production des cultures pluviales pourraient atteindre -5 % en moyenne de 2041 à 2050 sans adaptation. Le rapport met en garde contre une augmentation des risques d’érosion sous des scénarios secs, chauds ou humides, et souligne des pertes de productivité du travail dues à des maladies comme le paludisme ou la dengue.

Enfin, le capital humain est affecté par des chocs de productivité sectoriels, avec des pertes estimées à 1-2 % dans l’agriculture et jusqu’à 5 % dans la construction. Ces constats soulignent que sans intervention, les inégalités pourraient s’aggraver, particulièrement pour les ménages pauvres.

Pour contrer ces risques, le rapport propose un chemin de croissance durable qui « peut renforcer la résilience et favoriser l’innovation ». Il recommande de renforcer les institutions climatiques, notamment via la mise en œuvre de la Loi sur le changement climatique (Climate Change Act) et le renforcement du Comité sur le changement climatique. Pour la gestion des risques de catastrophe, il suggère d’améliorer les systèmes d’alerte précoce, entre autres.

Dans les secteurs, des mesures spécifiques sont avancées. Pour le tourisme, promouvoir un « tourisme durable, résilient au climat et à haute valeur » inclut la protection des écosystèmes marins et la diversification vers l’écotourisme. Pour la pêche, développer des « pêcheries résilientes, écosystèmes marins et économie océanique » via une gestion intégrée des zones côtières.

L’accélération de la transition énergétique vise un mix énergétique avec plus d’énergies renouvelables d’ici 2035, réduisant la dépendance aux fossiles. Pour les infrastructures, « construire la résilience via les infrastructures, la protection côtière et la gestion des inondations » inclut des investissements dans des systèmes de drainage et des protections naturelles comme les mangroves.

Dans l’agriculture et l’eau, la Banque mondiale propose des réformes tarifaires de l’eau pour une distribution plus équitable, réduisant l’incidence relative des subventions pour les ménages riches. Le rapport analyse que sous des scénarios d’augmentation des tarifs, « l’incidence relative et absolue de la subvention à l’eau sous deux scénarios d’augmentation tarifaire » pourrait mieux cibler les vulnérables.

Sur le plan macroéconomique, des mesures d’adaptation pourraient réduire la perte de PIB due au climat d’au moins un tiers. Un scénario de développement résilient délivrerait un PIB et un bien-être plus élevés que le scénario habituel (BAU), avec un coût fiscal modeste. Le rapport estime que « les mesures d’adaptation pourraient abaisser l’impact économique du changement climatique ».

Financement et recommandations

Le financement est crucial : le rapport identifie un besoin de 5,6 milliards de dollars US (Rs 257 milliards) en investissements, dont la majorité proviendrait du secteur privé. Il propose de « débloquer la capacité du secteur financier pour les investissements climatiques », via des fonds verts et des paiements pour services écosystémiques (PES). Selon les estimations, « le financement du secteur financier et les PES pourraient générer suffisamment de financement climatique pour combler l’écart de financement climatique de Maurice ».

Parmi les 10 recommandations prioritaires pour les quatre prochaines années, figurent la mise en œuvre d’une unité de financement climatique, la réforme des tarifs de l’eau, et l’accélération de la transition énergétique. Le rapport conclut que « les finances publiques devraient agir comme un catalyseur », en mobilisant le privé pour combler les écarts.

Quelle est votre réaction ?
0
0
Publicité
À LA UNE
hebdo-3501
Publicité
Publicité