Fabrino Cupidon poignardé par son épouse à Quatre-Bornes - Rajen Munisamy : «C’est eux qui s’occupaient de moi, nous mangions ensemble tous les jours»
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Le Dimanche /L' Hebdo
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Dans la nuit du jeudi 4 juin, une dispute a éclaté entre Fabrino Cupidon et son épouse. Il l’a reproché d’avoir consommé de la drogue synthétique. Une accusation qu’elle a niée et la tension est montée jusqu’à ce qu’elle commette l’irréparable.
Fabrino Cupidon, 38 ans, a quitté Rodrigues il y a de nombreuses années pour s’installer à Maurice. Originaire de Baladirou, il est le père de trois enfants d’une précédente union.
Il y a trois ans, il a fait la connaissance de Neelam Munisamy, 31 ans, une habitante de La Source, à Quatre-Bornes. Peu après, il s’était installé chez elle, dans la demeure familiale qu’elle partageait avec son père.
Malgré des difficultés, comme dans bien des couples, ils avaient construit leur vie ensemble. Après plusieurs années de concubinage, ils avaient officialisé leur union par un mariage civil l’année dernière, une étape importante pour le couple.
Dans un accès de colère, la jeune femme a pris un couteau de cuisine et a porté un coup à son mari. Blessé à la cuisse, Fabrino Cupidon a perdu une quantité importante de sang. Malgré l’intervention des secours, il n’a pas survécu.
Neelam Munisamy répond d’une accusation provisoire de meurtre. Pour son père Rajen Munisamy, le choc est immense. En l’espace de quelques heures, il a perdu un gendre qu’il appréciait et sa fille a été arrêtée.
« J’habitais à Case-Noyale avant de venir vivre ici. Depuis environ trois ou quatre ans, ma fille et Fabrino sont ensemble. Sa famille est à Rodrigues », raconte-t-il avec émotion.
Il garde le souvenir d’un homme calme et respectueux. « Li ti enn garson korek, trankil », confie-t-il.
L’année dernière a été marquée par un événement heureux : le mariage du couple. Mais la famille a aussi traversé une épreuve douloureuse avec le décès de la mère de Neelam.
Depuis ce drame familial, Fabrino et son épouse s’étaient davantage rapprochés de Rajen. Le couple occupait le rez-de-chaussée tandis que le père vivait à l’étage.
« Ils préparaient le dîner et me l’apportaient en haut. Nous mangions ensemble tous les jours. C’est eux qui s’occupaient de moi », relate-t-il, la voix chargée d’émotion.
Discrets et peu connus dans le voisinage, ils menaient une existence tranquille. Jamais il n’aurait imaginé voir son foyer faire la une de l’actualité pour une telle tragédie.
Le soir du drame, Fabrino était monté le voir un peu plus tôt que d’habitude.
« Il avait préparé des saucisses. Ma fille dormait encore. Il est venu me parler un moment. »
Plus tard, Neelam s’est réveillée et elle est montée à son tour voir son père avant de redescendre. Entre-temps, Fabrino était allé dans un commerce du quartier.
Selon la version de la suspecte aux enquêteurs de la police criminelle de Quatre-Bornes, elle a consommé de l’alcool ce soir-là. À son retour à la maison, son époux lui a reproché d’avoir consommé de la drogue synthétique.
« Il m’a accusée d’avoir fumé de la drogue synthétique. Je lui ai dit que non. » Fabrino aurait insisté et cette accusation l’a profondément irritée.
Peu après, alors que son époux se trouvait dans la salle de bains, elle se serait emparée d’un couteau de cuisine. C’est à ce moment que le coup fatal a été porté.
Grièvement blessé, Fabrino Cupidon a tenté de sortir de la maison pour chercher de l’aide. Il s’est effondré peu après.
Rajen Munisamy raconte que sa fille l’a alerté. « Mo tifi inn vinn get mwa. Li dir mwa so missier pa byen. Li dir li ti ena enn kouto dan so lame. »
Vers 23 heures, la police de Quatre-Bornes s’est rendue sur place en compagnie du service d’aide médicale urgente. À leur arrivée, Fabrino Cupidon gisait dans le salon et ils ont constaté sa mort.
L’enquête a rapidement progressé. Lors de son interrogatoire, l’épouse a fait des aveux. L’autopsie a attribué la mort de Fabrino Cupidon à une blessure provoquée par un coup de couteau à la cuisse.
Vendredi, la suspecte a indiqué aux enquêteurs qu’elle avait jeté l’arme utilisée dans un caniveau. La vidéosurveillance du voisinage montre qu’elle est sortie une seconde fois de son domicile ce soir-là pour se débarrasser du couteau.
« Nous la voyions parfois, mais nous ne connaissions pas vraiment son époux. Ils étaient très discrets. Je connaissais surtout la dame, qui a travaillé comme receveuse d’autobus. Elle aurait eu des problèmes liés à la drogue », témoigne un habitant.
À Baladirou, à Rodrigues, la nouvelle a provoqué une onde de choc. Parti très jeune pour Maurice, Fabrino Cupidon y a construit sa vie. Ses proches gardent le souvenir d’un homme apprécié et profondément attaché à sa famille.
« Il a fait sa vie à Maurice. Nous avons appris qu’il s’était marié. Je ne l’ai pas vu depuis longtemps, mais je l’ai vu grandir. C’est très triste pour nous. Sa mère et son père sont inconsolables. Il était l’aîné de la famille », confie une tante.
Ses proches ont entrepris des démarches afin que sa dépouille soit rapatriée à Rodrigues, où sa famille souhaite lui rendre un dernier hommage.