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Fabrice Bauluck : un dernier round pour l’histoire

Par Ajagen Koomalen Rungen , Azeem Khodabux
Publié le: 12 avril 2026 à 20:00
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fabrice
Sur le ring, Fabrice Bauluck impose sa rigueur et son expérience, forgées au fil de presque trente ans de compétition.

Trente ans de ring, plusieurs titres mondiaux, une famille construite dans l’ombre des entraînements. À 38 ans, Fabrice Bauluck s’apprête à disputer son dernier championnat du monde de kick-boxing. Portrait d’un homme qui a fait de sa passion une vie entière.

Dans la salle d’entraînement, la chaleur est étouffante. Les coups résonnent avec une régularité presque hypnotique. Fabrice Bauluck répète ses enchaînements, concentré, précis, comme si chaque mouvement devait être parfait. À 38 ans, après trois décennies sur le ring, il s’entraîne encore avec la même intensité qu’à ses débuts. La flamme, visiblement, est intacte.

Pourtant, ce championnat du monde prévu l’année prochaine sera le dernier. Une décision mûrement réfléchie, assumée avec la sérénité de celui qui a tout donné et qui sait reconnaître le bon moment. « Il faut savoir s’arrêter », explique-t-il simplement. Avant cela, un seul objectif : finir en beauté.

Rien ne le prédestinait à devenir l’un des sportifs mauriciens les plus titrés de sa génération. Enfant, Fabrice Bauluck joue au football, comme beaucoup d’autres. En parallèle, à 10 ans, il franchit les portes de la salle de kick-boxing. « Au début, je regardais seulement », se souvient-il. « Puis je suis tombé amoureux de ce sport. »

À 16 ans, il participe à ses premiers championnats du monde. « J’ai toujours aimé les défis. » La même année, il décroche son premier titre. 

« Gagner à 16 ans, c’était incroyable. C’était aussi un honneur pour mon pays », raconte-t-il, une émotion encore perceptible dans la voix. 

Ce premier sacre ouvre la voie à une carrière jalonnée de succès : champion du monde junior en 2004 et 2006, puis champion du monde senior en 2013 et 2017. Une trajectoire rare, dans un sport qui use les corps et les esprits.

L’intelligence du ring 

Ce qui frappe, en écoutant Fabrice Bauluck parler de kick-boxing, c’est l’absence totale de références à la violence ou à la brutalité. Pour lui, ce sport est avant tout une affaire de tête. « Ce n’est pas juste frapper », insiste-t-il. « C’est réfléchir, analyser, anticiper. Il faut de l’intelligence, de l’endurance et savoir gérer la pression. »

Presque trente ans de compétition lui ont appris que le corps seul ne suffit pas. 

« Chaque combat était différent, il fallait toujours s’adapter. » Une philosophie forgée aussi dans les moments de doute, ceux que peu de champions avouent volontiers. « Il y a des moments difficiles, où tu veux arrêter. Mais tu continues. » Il marque une pause, puis ajoute : « Le corps fatigue, mais le mental reste fort. » Deux phrases qui résument, mieux que n’importe quel palmarès, ce que la compétition enseigne vraiment.

Cette résilience, il l’a aussi puisée dans l’adversité physique, notamment cette blessure à la cornée de l’œil qui aurait pu tout arrêter. « J’ai guéri, et je suis revenu plus fort. » La formule pourrait sonner comme un cliché si elle n’était pas portée par une carrière qui en atteste concrètement.

« Après le sport, il y a la famille. C’est là que je trouve mon énergie. » Derrière le champion, il y a, en effet, une vie construite patiemment, loin des projecteurs. Kelyane, sa compagne, est entrée dans sa vie : elle est la belle-sœur de l’un de ses anciens coachs de sélection. 

« Elle me comprend, elle me soutient », dit-il. Une présence discrète mais centrale, sans laquelle les sacrifices du haut niveau auraient sans doute pesé autrement.

Leurs deux enfants – un fils de 14 ans et une fille de 7 ans – sont aujourd’hui ses plus grands supporters. « Je veux qu’ils soient fiers de moi », confie-t-il. « Mes enfants, c’est ma motivation. » Son fils commence à comprendre les exigences du haut niveau ; sa fille, elle, admire simplement le courage de son père. « Leur regard me donne de la force. »

Et puis il y a les petites choses, celles qui révèlent l’homme derrière le titre. Le macaroni au fromage, les lentilles, le poulet-frites – « mon préféré » - consommé avec un plaisir coupable entre deux périodes de régime, bien qu’il ne soit pas un amoureux de la nourriture. 

« Même si je dois faire attention, j’aime me faire plaisir », dit-il avec le sourire. 

Les promenades avec son chien quand il a besoin de calme. La musique pour se concentrer avant un entraînement. 

Transmettre, l’autre combat 

Depuis plusieurs années déjà, Fabrice Bauluck est aussi coach. Un rôle qu’il n’a pas choisi par défaut, mais par vocation. « J’aime transmettre », affirme-t-il. Dans la salle, il accompagne les jeunes, les pousse à se dépasser, leur apporte ce que plus de deux décennies de compétition lui ont enseigné : la discipline, la gestion de la pression, le sens du rebond après une défaite. « Il faut croire en eux, les pousser à se dépasser. »

L’après-carrière, il y pense sans angoisse. « Je veux entraîner les jeunes, partager mon expérience. Il y a beaucoup de potentiel à Maurice. » Développer le kick-boxing sur l’île, faire émerger de nouveaux champions, c’est le projet qui donnera un sens à la retraite sportive.

À l’aube de ce dernier championnat du monde, Fabrice Bauluck regarde trente ans de carrière avec une sérénité qui force le respect. Pas de nostalgie excessive, pas de regrets. « Je n’ai aucun regret », affirme-t-il. « Les titres passent, les valeurs restent. » Respect, discipline, persévérance : des principes qu’il a incarnés sur le ring et qu’il s’efforce de transmettre à ses enfants comme à ses élèves.

Chaque séance d’entraînement est désormais chargée d’une émotion particulière. « Je savoure chaque moment. » Non pas parce que la fin approche, mais parce qu’il a appris, au fil des années, à ne rien tenir pour acquis. « Tu tombes, tu te relèves. Tu n’abandonnes jamais. » Une leçon de sport, certes. Mais surtout une leçon de vie.

Un dernier combat. Une dernière victoire, si possible. Et puis une nouvelle vie qui commence, toujours dans la même salle, toujours avec les mêmes valeurs, mais de l’autre côté du ring. « Si mon parcours peut motiver quelqu’un, alors j’ai réussi », conclut-il, avec la modestie tranquille de celui qui n’a plus rien à prouver, mais encore tout à donner.

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