Extension du Price Stabilisation Fund : Riz, farine et gaz parmi les priorités
Par
Leena Gooraya-Poligadoo
Par
Leena Gooraya-Poligadoo
L’annonce de l’extension du Price Stabilisation Fund devrait apporter un certain soulagement. Riz, farine, grains secs, produits d’hygiène de base ou encore gaz ménager figurent parmi les priorités évoquées afin de mieux protéger le pouvoir d’achat des ménages face aux fluctuations des prix et aux tensions internationales.
Le Conseil des ministres a donné son feu vert à une série de mesures destinées à atténuer les effets du conflit au Moyen-Orient sur l’économie mauricienne. Parmi celles-ci, l’extension de la liste des produits éligibles au Price Stabilisation Fund occupe une place centrale. Selon le ministre du Commerce, Michael Sik Yuen, cette mesure vise à atténuer les fluctuations des prix et à préserver le pouvoir d’achat des consommateurs dans un contexte de hausse du coût de la vie. « Dans les semaines à venir, nous présenterons une nouvelle liste de produits éligibles au Price Stabilisation Fund. Les discussions sont toujours en cours quant aux produits qui y seront inclus », précise-t-il.
Pour Suttyhudeo Tengur, président de l’Association pour la protection de l’environnement et des consommateurs (APEC), cette décision est pertinente mais doit être appliquée avec discernement. Selon lui, les produits à privilégier sont ceux qui ont un impact direct sur le panier de la ménagère. « Les priorités devraient porter sur le riz, la farine, les légumineuses ainsi que le gaz ménager », souligne-t-il. Ces produits, dit-il, largement consommés par les ménages à revenus faibles et moyens, sont particulièrement sensibles aux hausses de prix liées aux perturbations internationales. Un ciblage efficace permettrait ainsi de maximiser l’impact social de la mesure.
Du côté de la Consumers’ Eye Association (CEA), la mesure est également bien accueillie. Son secrétaire, Claude Canabady, insiste toutefois sur la nécessité d’une approche participative. Il propose notamment de recueillir l’avis des consommateurs directement à la sortie des grandes surfaces. « Cela permettrait de prendre en considération la voix du peuple », explique-t-il, estimant qu’un tel exercice, même non scientifique, offrirait des indications précieuses sur les besoins réels de la population. Cette démarche, poursuit-il, pourrait contribuer à renforcer la légitimité des décisions prises et à mieux adapter la liste des produits subventionnés aux réalités du terrain.
Les opérateurs du secteur de la grande distribution voient également d’un bon œil cette initiative. Vicky Hanoomanjee, CEO de SaveMart, souligne que cette mesure contribuera à limiter la volatilité des prix et à stabiliser les étals. Il met néanmoins en garde contre les défis opérationnels. « Il est important que cette mesure soit accompagnée d’un mécanisme efficace et rapide afin d’éviter les décalages entre les coûts d’approvisionnement et les prix de vente », affirme-t-il. Il insiste aussi sur un enjeu clé : la disponibilité des produits. « Si les marges deviennent insuffisantes face à la hausse des coûts d’importation, certains opérateurs pourraient réduire leurs approvisionnements, entraînant des ruptures en rayon », soutient-il.
Selon lui, il serait pertinent de prioriser des produits essentiels du quotidien tels que le riz, les huiles alimentaires, le lait en poudre, les conserves, ainsi que certains produits d’hygiène de base. « Ces catégories représentent une part significative du panier moyen de nos clients et sont particulièrement sensibles aux hausses de prix. Une couverture élargie et bien ciblée permettrait ainsi de mieux répondre aux réalités du marché et de soutenir durablement les consommateurs », recommande-t-il.
Du côté des importateurs, le constat est similaire. Sonny Wong, COO d’Innodis, indique que toute initiative visant à soutenir le pouvoir d’achat est la bienvenue. « Il est bon de rappeler toutefois que les différents acteurs de la chaîne, que ce soient les fabricants, les distributeurs ou les détaillants, ont déjà consenti des efforts importants ces dernières années pour contenir les hausses de prix », fait-il valoir.
Face à la hausse continue du coût de la vie, plusieurs pistes sont avancées pour mieux protéger les consommateurs au-delà du Price Stabilisation Fund. Pour Suttyhudeo Tengur, ce mécanisme reste insuffisant à lui seul. « Le Price Stabilisation Fund ne peut, à lui seul, contenir durablement l’augmentation du coût de la vie », affirme-t-il. Il recommande en priorité un renforcement de la surveillance du marché afin de lutter efficacement contre les abus de prix et les pratiques spéculatives. « Nous avons besoin de subventions ciblées qui permettraient de mieux protéger les ménages vulnérables sans alourdir excessivement les finances publiques », dit-il.
Par ailleurs, la diversification des sources d’approvisionnement, selon lui, est essentielle pour limiter l’exposition aux chocs externes. À plus long terme, il appelle à « une réflexion plus structurelle » axée sur la production locale et la constitution de stocks stratégiques. De son côté, Claude Canabady propose une réforme de la TVA. « Il est grand temps de penser à introduire deux niveaux de taxe sur la valeur ajoutée », soutient-il. Il suggère soit une baisse du taux sur les produits de base, soit une taxation plus élevée, entre 15 % et 20 %, sur les produits de luxe. « C’est un pas dans la bonne direction », fait-il ressortir.